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«Lucifer», une abeille cornue (mais inoffensive) découverte par hasard en Australie

Alors qu’elle étudiait une fleur sauvage en voie de disparition en 2019, une chercheuse australienne est tombée sur une curieuse abeille, qui s’est révélée être une nouvelle espèce très rare et menacée d’extinction.

Cette espèce a été baptisée «Lucifer» en raison de ses deux petites cornes sur sa tête. ( Dr Kit Prendergast . Curtin University)
Publié le 11/11/2025 à 12h14

Des cornes noires, un nom diabolique, et un penchant pour le pollen extrêmement rare. Une drôle d’abeille a été dénichée en Australie par une chercheuse en écologie de la pollinisation, Kit Prendergast, a-t-elle relaté lundi 10 novembre dans la revue scientifique Journal of Hymenoptera Research.

Sa découverte remonte à 2019, dans l’immense Etat australien d’Australie-Occidentale, au sud-ouest de l’île continent. La scientifique était alors en expédition pour mener une étude sur les insectes qui vivent autour d’une plante en danger critique d’extinction, lorsqu’elle a capturé quelques abeilles.

«Porteur de lumière»

En les analysant, Kit Prendergast a remarqué un curieux détail. «L’une des abeilles indigènes collectées lors de cette visite a immédiatement attiré mon attention, rapporte-t-elle dans The Conversation. La femelle avait de grandes cornes semblables à celles d’un diable». Après avoir examiné l’ADN du petit insecte, elle a réalisé qu’il s’agissait bel et bien d’une nouvelle espèce, jamais décrite auparavant. «Si certaines abeilles ont des cornes ou des pointes, aucune n’a des cornes aussi grandes et légèrement recourbées que celle-ci», assure-t-elle.

La chercheuse baptise l’abeille Megachile lucifer, en raison de son apparence singulière. «Lucifer signifie également «porteur de lumière» en latin, souligne-t-elle auprès de The Conversation, et j’espère que cette nouvelle espèce mettra en lumière les merveilles de nos abeilles». Plus prosaïquement, Kit Prendergast était aussi en train de regarder la série Lucifer, de Netflix, lorsqu’elle a fait sa découverte, rapporte l’université de Curtin, où elle exerce.

Plus surprenant encore, ses recherches ont révélé qu’une abeille mâle collectée sur le même site «était son partenaire, mais qu’il n’avait pas de cornes». Soit le contraire de ce qui est observé dans la plupart des espèces animales, «où les mâles sont généralement plus armés», fait-elle savoir.

Se défendre et récolter le pollen

Alors pourquoi la femelle est-elle dotée d’un tel attribut, et surtout, est-elle dangereuse ? Kit Prendergast tente d’y apporter un début de réponse : ces petites cornes pourraient servir de mécanisme de défense, à récolter du pollen ou du nectar, ou à collecter des matériaux tels que la résine pour les nids. Rien, en revanche, sur une quelconque menace pour l’homme – comme toute abeille, les «Lucifer» se contentent de butiner et de se défendre si elles se sentent en danger.

En réalité, c’est plutôt le contraire. Comme partout ailleurs, le changement climatique causé par nos émissions de gaz à effet de serre perturbe son habitat et son garde-manger. «Comme la nouvelle espèce a été découverte dans la même petite zone que la fleur sauvage menacée, les deux pourraient l’être», développe la chercheuse. Le faible nombre d’individus identifiés et sa zone de distribution restreinte laissent donc penser qu’elle est en danger d’extinction.

D’autant plus que le site australien où elle a été dénichée se trouve dans une région soumise à l’exploitation minière, donc dans un paysage fortement modifié par l’homme. «De nombreuses sociétés minières ne recensent toujours pas les abeilles, ce qui signifie que nous passons peut-être à côté d’espèces, notamment celles qui jouent un rôle crucial dans la préservation des plantes et des écosystèmes menacés, déplore la scientifique. Nous risquons de les perdre avant même de connaître leur existence».

Dans les années suivants sa découverte, Kit Prendergast est retournée étudier cette même zone. La plante sauvage n’était pas en fleurs, la petite «Lucifer» n’a pas été observée et beaucoup moins d’insectes ont été recensés. En parlant de sa découverte au grand public et en baptisant cette nouvelle abeille, la scientifique australienne espère que cela permettra «de lui accorder une attention particulière en matière de conservation». «L’Australie compte plus de 2 000 espèces d’abeilles indigènes, rappelle la chercheuse. Elles contribuent à la santé de nos écosystèmes et jouent un rôle crucial dans la pollinisation des fleurs sauvages.»

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