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Feu à volonté

«Protégé ou non, l’éleveur aura le droit à un tir de défense» contre les loups: le gouvernement va assouplir les règles d’abattage

Les éleveurs, auparavant autorisés à tirer sur les canidés uniquement en cas de dernier recours après avoir protégé leurs troupeaux, auront bientôt le droit de les abattre sans conditions.

1 082 loups ont été dénombrés en France en 2025. (Jean-Christophe Verhaegen/AFP)
Publié aujourd'hui à 18h08

Peut-on, à ce stade, parler encore d’«espèce protégée» ? Depuis plusieurs années, les loups ne cessent d’essuyer les tirs des éleveurs et des politiques françaises et européennes, qui assouplissent sans arrêt leur statut de protection et les règles permettant de les abattre. Ce lundi 16 février, les ministres de l’Agriculture, Annie Genevard, et de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, ont annoncé l’autorisation de tirer sur un loup ayant attaqué un troupeau, même si ce dernier n’est pas protégé.

Une nuance importante : jusqu’à présent, les tirs ne pouvaient survenir qu’en cas de dernier recours, et à condition que le troupeau attaqué soit d’ores et déjà protégé par des clôtures spécifiques. Cette contrainte, qui visait à «inciter les éleveurs à se protéger», n’est «plus pertinente au moment où le loup attaque de nouveaux territoires, par définition peu protégés», a justifié ce lundi Annie Genevard. «Protégé ou non, l’éleveur aura le droit à un tir de défense», a-t-elle ajouté lors d’une visite en Haute-Marne, département marqué par des attaques décuplées après l’installation récente d’une meute de loups.

Outre l’éleveur, les agents des brigades mobiles d’intervention spécialisées et les louvetiers pourront également effectuer des tirs «de prélèvement» (c’est-à-dire abattre des loups) et mener des battues «pour défendre aussi des élevages non protégés», a précisé la ministre. «Le statu quo face à une telle prédation […], ça n’est pas possible», a renchéri Mathieu Lefèvre à ses côtés. Interrogé, le cabinet du ministre délégué a souligné que cette «nouveauté» figurerait dans le futur arrêté, attendu «dans les prochaines semaines».

11 000 animaux d’élevages attaqués en 2025

Les territoires fréquentés par le loup se sont continuellement étendus en dix ans, passant de moins de 10 départements à plus de 60, et les flambées d’attaques sont un sujet sensible sur fond de colère agricole. En Haute-Marne, 800 animaux d’élevage ont été tués en 2025 et 124 depuis le 1er janvier, selon la ministre. En France, le nombre d’animaux d’élevage tués est reparti à la hausse avec 11 445 victimes entre janvier et octobre 2025, contre 10 524 sur l’année 2024 et 10 614 en 2023. Le gouvernement prévoit toutefois que l’éleveur bénéficiant d’une intervention contre le loup «s’engage à protéger son élevage dans l’année qui suivra».

En outre, l’indemnisation, qui cesse actuellement après deux attaques si les animaux ne sont pas protégés, se poursuivra à la seule condition que l’éleveur soit «engagé dans une démarche de protection, […] même si celle-ci n’est pas encore terminée». «On est allé aussi loin en matière de réglementation que nous le pouvions : si nous voulons aller plus loin, il faut en passer par la loi», a prévenu Annie Genevard, évoquant la prochaine loi d’urgence agricole, qui doit notamment se pencher sur le sujet de la prédation des troupeaux.

«Il y a une avancée, on aura plus de souplesse pour pouvoir protéger nos bêtes», a réagi Lucette Nivert, éleveuse de moutons à Lanques-sur-Rognon (Haute-Marne). «Tant que le loup sera là, qu’il va attaquer, nous faire vivre l’enfer, ça ne sera pas vivable», a-t-elle estimé.

Les ministres ont en outre confirmé qu’ils autorisaient en 2026 l’abattage de 21 % des 1 082 loups dénombrés en France, avec «la possibilité d’activer les 2 % supplémentaires» prévus, soit l’autorisation de tuer jusqu’à 248 loups. En 2025, le quota était de 19 %, soit 190 loups tués. Cette mesure avait déjà été annoncée le 10 janvier sous pression des syndicats agricoles. Les huit départements alpins et pré-alpins, où vivent la majorité des loups en France, avaient exhorté début février le gouvernement à relever «significativement» ce quota en le faisant passer à 30 %, soit 325 loups.

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