Arachnophobes, passez votre chemin. Au fin fond d’une grotte située à la frontière entre la Grèce et l’Albanie, des scientifiques ont découvert une gigantesque toile d’araignée, abritant pas moins de 110 000 de nos amies à huit pattes. Dans un environnement aux conditions extrêmes, deux espèces que l’on supposait solitaires ont uni leurs forces pour réaliser cet exploit.
Le lieu a été creusé par l’action corrosive de l’acide sulfurique, d’où son nom «Sulfur Cave». La toile de 106 mètres carrés qu’elle abrite pourrait être la plus grande jamais observée à ce jour, rapporte une étude scientifique publiée mi-octobre dans la revue Subterranean Biology.
Mégacolonie unique
Bravant le noir absolu de la cavité, les chercheurs ont pu distinguer des milliers de toiles en entonnoir tissées côte à côte le long d’un passage étroit. Basées sur des données moléculaires et morphologiques, les analyses ont permis d’identifier que les architectes appartenaient à deux espèces distinctes : Tegenaria domestica (Agelenidae), que l’on retrouve habituellement dans les maisons, et Prinerigone vagans (Linyphiidae), adepte des zones humides.
Avec environ 70 000 individus de la première espèce et 40 000 de la seconde, les arachnides forment dans cette grotte une mégacolonie, que le biologiste à l’université Sapientia de Transylvanie et coauteur de l’étude István Urák décrit comme «un cas unique de deux espèces cohabitant au sein de la même structure de toile en aussi grand nombre». Les scientifiques s’attendraient normalement à ce que les Tegenaria domestica s’attaquent aux Prinerigone vagans, mais le manque de lumière dans la grotte pourrait nuire à la vision des araignées, selon l’étude.
«Plasticité génétique remarquable»
Loin de leur habitat familier, les araignées ont dû s’adapter et se nourrissent principalement de moucherons, qui eux-mêmes dévorent des sécrétions provenant de bactéries. Un ruisseau riche en soufre alimenté par des sources naturelles traverse la grotte, remplissant la caverne de sulfure d’hydrogène et aidant les microbes, les moucherons et leurs prédateurs à survivre, expliquent les chercheurs.
Ce régime alimentaire a modifié le microbiome des arachnides : les données moléculaires ont révélé que les araignées vivant dans la grotte étaient génétiquement différentes de leurs cousines à l’extérieur, ce qui suggère que les cavernicoles se sont adaptées à leur environnement sombre.
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«Certaines espèces présentent une plasticité génétique remarquable, qui ne se manifeste généralement que dans des conditions extrêmes. De telles conditions peuvent susciter des comportements qui ne sont pas observés dans des circonstances normales», souligne István Urák, qui appelle à protéger la colonie malgré les difficultés dues à la localisation de la caverne entre deux pays. A voir s’ils se battront pour la garde d’une caverne grouillant d’araignées.




