Une nouvelle étude publiée ce vendredi 12 décembre soutient que les ours polaires seraient en train d’évoluer génétiquement afin de faire face au réchauffement climatique. D’après les chercheurs britanniques de l’université d’East Anglia, les ursidés vivant dans le sud-est du Groenland (où les températures sont plus élevées) auraient des gènes différents de ceux présents dans le Nord-Est. Ces modifications leur permettraient «de s’adapter plus facilement à des habitats plus chauds», défend l’autrice principale, Alice Godden, dans The Conversation.
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Les images d’ours polaires affamés sont l’un des symboles des conséquences de la hausse des températures. Cet animal emblématique du pôle Nord dépend de la banquise pour chasser, et donc pour se nourrir. Dans l’Arctique, où la température grimpe quatre fois plus vite que dans le reste du monde, le premier été sans glace de mer pourrait survenir dès les années 2030. Ainsi, on estime que les ours polaires pourraient disparaître d’ici la fin du siècle.
Régime alimentaire
Mais que se passerait-il si les ursidés parvenaient à modifier leur ADN assez rapidement ? «A condition que ces ours polaires puissent trouver suffisamment de nourriture et de partenaires de reproduction, cela suggère qu’ils pourraient potentiellement survivre aux nouveaux climats difficiles», souligne la scientifique britannique, qui affirme que cela «pourrait les aider à éviter l’extinction».
Pour parvenir à de telles conclusions, les chercheurs ont analysé des échantillons de sang prélevés sur des ours polaires vivant dans les deux régions du Groenland. Les températures dans le Nord-Est sont plus basses et régulières, tandis que dans le Sud-Est, l’environnement est beaucoup plus chaud, avec de fortes fluctuations de température. Ils ont alors comparé leurs ADN, en particulier les gènes liés au stress thermique, au vieillissement et au métabolisme.
Résultat : la hausse des températures dans le Sud-Est semble entraîner une forte augmentation de l’activité des gènes dans l’ADN des ours polaires qui y vivent, c’est-à-dire qu’ils évoluent plus rapidement. Notamment en ce qui concerne les graisses, ce qui pourrait les aider à survivre en période de disette. Les ours polaires du Sud-Est ont également un régime alimentaire plus riche en végétaux, contrairement à ceux du Nord-Est, qui continuent de se nourrir principalement de phoques.
Efforts de conservation
«Cette découverte est importante, dit Alice Godden, car elle montre, pour la première fois, que les ours polaires vivant dans la partie la plus chaude du Groenland [réécrivent] rapidement leur propre ADN, ce qui pourrait constituer un mécanisme de survie désespéré face à la fonte de la banquise.» Les auteurs de l’étude indiquent que ces changements pourraient nous aider à comprendre comment les ours polaires pourraient s’adapter, à identifier les populations les plus menacées et à orienter les futurs efforts de conservation.
Interview
La prochaine étape consistera à examiner d’autres populations d’ours polaires – il en existe 20 dans le monde –, afin de voir si des changements similaires sont observables. Ces recherches pourraient contribuer à protéger les ours de l’extinction. Mais les scientifiques ne sont pas aveugles, et soulignent qu’il faut avant tout freiner l’accélération du réchauffement climatique, en réduisant les émissions de gaz à effet de serre et la combustion d’énergies fossiles. «Cela offre un certain espoir, mais cela ne signifie pas que les ours polaires ne sont plus menacés d’extinction», concède Alice Godden.




