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Coup de tonnerre

Israël reconnaît officiellement le Somaliland comme Etat indépendant, une première

Cette République autoproclamée a fait sécession de la Somalie en 1991. L’annonce israélienne a provoqué un concert de condamnations de la part de la Somalie, de Djibouti, de l’Egypte mais aussi de la Turquie.

Vue générale de la ville de Hargeisa en novembre 2024, capitale et plus grande ville de la République autoproclamée du Somaliland. (LUIS TATO/AFP)
Publié le 26/12/2025 à 21h02

Le Somaliland n’était à ce jour reconnu par aucun autre pays. C’est désormais chose faite, après qu’Israël en a fait l’annonce ce vendredi 26 décembre. Il s’agit d’une première pour cette République autoproclamée qui a fait sécession de la Somalie.

Ce territoire de la taille de l’Uruguay (175 000 km²), situé à la pointe nord-ouest de la Somalie, est dorénavant considéré comme «un Etat indépendant et souverain», selon un communiqué des services du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. Une déclaration «conjointe et mutuelle» a été signée en ce sens par les deux pays.

Dans un appel en visioconférence avec le président du Somaliland Abdirahman Mohamed Abdullahi, le chef du gouvernement israélien a applaudi une «amitié» et une «belle opportunité pour élargir» un partenariat entre les deux pays, notamment dans les domaines économique et agricole.

Le président du Somaliland Abdirahman Mohamed Abdullahi, dit «Irro», a aussitôt salué «un moment historique», sur le réseau X. «Cette étape marque le début d’un partenariat stratégique qui promeut les intérêts mutuels, renforce la paix et la sécurité régionales et apporte des avantages partagés à toutes les parties prenantes, sans préjudice pour aucune d’entre elles», a aussi écrit le dirigeant dans son post.

Invité en Israël

Le Somaliland a déclaré unilatéralement son indépendance en 1991, alors que la République de Somalie sombrait dans le chaos après la chute du régime militaire de l’autocrate Siad Barre. Il fonctionne depuis en autonomie, avec ses propres monnaies, armée et police, et se distingue par sa relative stabilité comparée à la Somalie, minée par l’insurrection islamiste des shebab et les conflits politiques chroniques.

Mais il n’était jusqu’alors reconnu publiquement par aucun pays, ce qui le maintient dans un certain isolement politique et économique malgré sa situation à l’entrée du détroit de Bab-el-Mandeb, sur l’une des routes commerciales les plus fréquentées au monde reliant l’océan Indien au canal de Suez.

La région est en proie aux difficultés économiques (inflation, chômage, pauvreté…) mais aussi à des conflits dans l’Est, où le gouvernement a perdu le contrôle la région de Sool.

Le ministre des Affaires étrangères israélien Gideon Saar a indiqué vendredi que les deux pays allaient établir «des relations diplomatiques complètes, avec la nomination d’ambassadeurs et l’ouverture d’ambassades». Et le président du Somaliland a été invité en Israël, d’après les services du Premier ministre Nétanyahou.

Pour Israël, cette initiative s’inscrit «dans l’esprit» des accords d’Abraham, ayant permis de normaliser les relations d’Israël avec plusieurs pays arabes, dont le Bahreïn, les Emirats arabes unis et le Maroc, selon la même source.

«Ingérence»

La reconnaissance a provoqué la colère en Somalie, où le gouvernement tient ce vendredi soir une réunion de crise, selon deux sources au sein du cabinet du Premier ministre somalien. «La Somalie a déjà pris contact avec ses principaux partenaires internationaux», a déclaré l’une d’entre elles.

Son chef de la diplomatie s’est ainsi entretenu avec ses homologues en Egypte, Djibouti et Turquie. Les quatre ministres de ces Etats ont exprimé leur «rejet total et leur condamnation» de cette décision, et souligné leur «plein soutien à l’unité, à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Somalie», selon un communiqué du ministère égyptien des Affaires étrangères.

La Turquie, proche alliée et soutien de Mogadiscio, a immédiatement dénoncé une «ingérence manifeste dans les affaires intérieures de la Somalie». Selon le ministère turc des Affaires étrangères, cela «constitue un nouvel exemple des actions illégales du gouvernement du [Premier ministre] Nétanyahou visant à créer une instabilité régionale et mondiale».

Ankara apporte son assistance militaire et économique aux autorités du pays, dévasté par la guerre civile depuis le début des années 90, dont elle contribue à restaurer l’armée et les infrastructures tout en garantissant sa présence - également maritime - en Afrique de l’Est.

«Israël a besoin d’alliés en mer Rouge»

Pour Israël, l’intérêt d’un tel rapprochement est aussi géostratégique, estime dans un récent rapport l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) basé à Tel Aviv. Engagé sur plusieurs fronts régionaux depuis le début de la guerre à Gaza et l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, «Israël a besoin d’alliés en mer Rouge pour de nombreuses raisons stratégiques, notamment une potentielle campagne contre les Houthis» du Yémen, analyse l’INSS. «Le Somaliland est un candidat idéal pour une telle coopération» : son territoire offrirait «un accès potentiel à un terrain d’opérations».

Alors que Benyamin Nétanyahou doit rencontrer la semaine prochaine aux Etats-Unis son grand allié Donald Trump, l’Institut rappelle aussi que pour le Somaliland, «la récompense la plus convoitée serait une reconnaissance américaine», qui pourrait pousser de nombreux pays à emboîter le pas à Washington.

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