Les petites îles du sud de la Guadeloupe commencent à livrer quelques secrets. Plus d’une centaine de nouvelles espèces, jusque-là inconnues, ont été observées et documentées lors «d’une expédition très ambitieuse», explique ce mercredi 17 décembre à Libération Laure Corbari, enseignante-chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle et coordinatrice de la mission.
Les chercheurs ont répertorié «une cinquantaine de nouvelles espèces pour les espèces marines, une trentaine pour la botanique, plus d’une quarantaine pour les insectes», dans le cadre du programme d’exploration scientifique international «La Planète revisitée», a détaillé la veille Sylvie Gustave-Di-Duflo, présidente de l’agence régionale de la biodiversité des îles de Guadeloupe (ARB-IG).
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La taille exceptionnelle de l’expédition est une originalité du programme «La Planète revisitée», principalement financé par le Fonds européen de développement régional. «Mobiliser beaucoup de chercheurs permet de collecter un maximum de données en un temps relativement court, grâce au travail collaboratif entre le terrain et ceux qui restent au laboratoire et recueillent les échantillons», détaille Laure Corbari.
Une opération de cette ampleur demande des efforts de logistique : «C’était un vrai challenge de déplacer nos équipes et nos laboratoires d’île en île», raconte la scientifique. Deux conteneurs de 6 mètres, transportés par barges, ont été nécessaires pour stocker tout le matériel de l’expédition : de l’équipement de plongée, des microscopes, des loupes binoculaires ou encore des tables de tamisage. Les laboratoires ont été montés dans des espaces mis à disposition entre salles des fêtes et réfectoire de centre de vacances.
«On ne s’attendait pas à trouver autant de choses nouvelles»
Les recherches se sont concentrées sur les petits animaux, où subsistent le plus d’espèces d’inconnues : crustacés, insectes, mollusques… «On ne connaît que 20 % de la biodiversité de la planète», souligne Laure Corbari. En plus de la récolte à vue, les scientifiques ont utilisé des pièges et des aspirateurs pour collecter des échantillons «en vrac», détaille la coordinatrice de la mission, qui précise que les spécimens ont ensuite été «intégrés aux collections du muséum national d’Histoire naturelle».
De nombreux petits animaux ont été décrits, bien que la validation de la découverte d’une nouvelle espèce demande un travail de temps long. Parmi les espèces déjà validées, «le scorpion, très discret, blanc, vit dans la litière. C’est la quatrième espèce connue sur l’île, et il est totalement nouveau pour la science. Le coléoptère, lui, est remarquable par sa taille d’un centimètre, ce qui est grand pour ce groupe d’insectes», détaille Julien Touroult, directeur de PatriNat, unité scientifique de l’Office français de la biodiversité et du MNHN, coordinateur du module terrestre de l’expédition.
Concernant les espèces trouvées à terre, «ce sont les diptères, les mouches, qui vont faire le plus gros contingent» des futures publications, précise le chercheur. «Ce n’est que le début : tous les experts nous envoient le signal que cet échantillonnage est réussi», assure Laure Corbari.
«Pour moi, la grande découverte, ou la surprise, c’est la Désirade», se réjouit Julien Touroult, précisant qu’«on ne s’attendait pas forcément à trouver autant de choses nouvelles aussi rapidement».
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L’île de Marie-Galante, «jusque-là sous-inventoriée» qui domine le nombre d’espèces trouvées sur terre, avec «un index du nombre d’espèces connues sur le territoire qui bondit de 42 %», se réjouit Marc Gayot, directeur du Conservatoire botanique national des Iles de Guadeloupe.
«Cela nous fait progresser sur l’acquisition de données et un long travail va s’installer pour déterminer l’aire de répartition, le nombre d’individus, s’il va falloir ou non les placer en liste rouge», explique Sylvie Gustave-Di-Duflo. Un chantier qui demandera selon elle «une dizaine d’années d’études».




