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Observation

Ce week-end, comptez les oiseaux dans votre jardin pour aider la science

Toute la France est invitée ces samedi 24 et dimanche 25 janvier à recenser mésanges, rouges-gorges et autres geais. L’exercice organisé depuis quinze ans permet de suivre l’évolution, globalement en baisse, des populations de volatiles, témoins de la biodiversité.

Parmi les espèces à observer, les mésanges, dont la population est en baisse de 17% depuis 2013. (Jimmy Beunardeau/Hans Lucas. AFP)
Publié le 23/01/2026 à 20h26

Il va faire frais ce week-end. Mais avec un bon manteau, un bonnet, une chaise confortable, une feuille et un stylo, on peut passer une heure très agréable en participant à la plus grande opération de sciences participatives en France : le comptage des oiseaux de jardin. La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) organise cet événement chaque année depuis 2012 pour suivre les populations d’oiseaux à l’échelle du pays, en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle et l’Office français de la biodiversité. Les moineaux et les geais continuent-ils de traverser notre ciel, ou se font-ils plus rares ? En cumulant les observations de 20 000 participants environ, les grandes tendances se dessinent.

Phénomènes ponctuels et évolutions à long terme

Pour se joindre à l’expérience, rien de plus simple. On se choisit un créneau samedi 24 et dimanche 25 janvier où l’on se rend disponible pour garder le nez en l’air et les yeux dans les arbres durant une heure. L’idéal est «en fin de matinée ou en début d’après-midi, lorsque les oiseaux sont les plus actifs», indique le site de la LPO. On s’installe douillettement dans son propre jardin, sur son balcon ou un espace vert, comme un parc public. Puis on note scrupuleusement, pour chaque intervalle de dix minutes, le nombre d’oiseaux de chaque espèce que l’on voit se poser (et non survoler) dans l’espace vert que l’on surveille. Pour reconnaître un pinson du Nord d’un bouvreuil pivoine, des fiches d’identification et anti-confusion avec de jolis dessins sont disponibles sur le site oiseauxdesjardins.fr, où il faut ensuite s’inscrire pour rapporter ses observations.

Au niveau national, on observe des phénomènes ponctuels et des évolutions à long terme. Le bilan de l’hiver dernier a permis de remarquer, par exemple, «une affluence importante de grosbecs casse-noyaux alors qu’il est habituellement discret et assez rare dans nos jardins», rapporte la LPO. Il y a des années comme ça (la dernière était l’hiver 2017-2018) où ces oiseaux migrateurs bénéficient de «de bonnes saisons de reproduction qui augmentent les effectifs» mais «de mauvaises fructifications dans les forêts d’Europe centrale, surtout les hêtres et charmes, limitent l’accès à la nourriture en hiver». Plus nombreux et moins bien nourris, les grosbecs se déplacent alors plus loin en Europe pour trouver à manger.

Moins de mésanges, plus de merles noirs

Sur le plus long terme, la moitié des espèces d’oiseaux des jardins français se révèlent être en déclin… mais ce n’est pas l’hiver qu’on le remarque. C’est plutôt lors de l’autre comptage annuel organisé par la LPO et ses partenaires le dernier week-end de mai, en pleine saison de reproduction. En une dizaine d’années depuis le début des comptages, on a vu par exemple chuter la population des martinets noirs de près de 50 %. Les verdiers d’Europe subissent le même sort et pour les mêmes raisons : les insectes qu’ils mangent deviennent plus rares à cause des pesticides, et les rénovations des bâtiments dans les villes les privent des cavités, dans les façades ou sous les toits, où ils vont habituellement nidifier. Autre exemple : les mésanges bleue et charbonnière sont en baisse de 17 % depuis 2013 – la faute à l’agriculture intensive et aux pesticides.

En revanche, on remarque récemment une augmentation du nombre d’oiseaux observés en hiver. Mais ce n’est pas une bonne nouvelle : il s’agit surtout d’oiseaux migrateurs qui, au lieu de descendre passer l’hiver dans des pays plus au sud, s’arrêtent en France où ils trouvent déjà des températures suffisamment douces, à cause du réchauffement climatique.

Certains indicateurs vont heureusement dans le bon sens. Quelques espèces comme le merle noir, la fauvette à tête noire ou le pinson des arbres font un timide retour dans nos campagnes depuis l’interdiction en 2018 des insecticides de la famille des néonicotinoïdes dans l’Union européenne.

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