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«Hot spot»

De Sumatra à Madagascar en passant par le Vietnam, ces 33 lieux inexplorés qui regorgent de milliers de plantes inconnues

Des botanistes ont identifié plusieurs dizaines de zones sur la planète restées à l’ombre de la science alors qu’au moins 100 000 espèces végétales restent méconnues. L’étude de ces dernières pourrait aider à la découverte de nouveaux médicaments.

Qu’il s’agisse d’un palmier de Bornéo fleurissant sous terre ou d’une orchidée malgache qui passe sa vie à pousser sur d’autres plantes, les chercheurs continuent de découvrir des dizaines de nouvelles espèces chaque année. (Sylvain Cordier/Biosphoto via AFP)
Publié le 04/10/2024 à 14h34

Il existe encore des endroits sur Terre où des milliers d’espèces végétales restent bien cachées des yeux des humains, attendant d’être découvertes. Pas moins de 33 de ces «zones d’ombre» ont même été précisément identifiées par des botanistes britanniques et recensées dans une étude parue en août dans la revue scientifique The New Phytologist, rapporte le journal britannique The Guardian.

Qu’il s’agisse d’un palmier de Bornéo fleurissant sous terre ou d’une orchidée malgache qui passe sa vie à pousser sur d’autres plantes, les chercheurs continuent de découvrir des dizaines de nouvelles espèces chaque année. Mais comme plus de 100 000 espèces de plantes restent méconnues et que la majorité d’entre elles sont menacées d’extinction, ce projet, mené par les jardins botaniques royaux de Kew, à l’ouest de Londres, a mis en évidence les régions où les botanistes devraient concentrer leurs recherches. En effet, «la biodiversité est en déclin dans le monde entier, ce qui constitue une menace directe pour la santé de la planète, expliquent les auteurs en préambule de l’étude. La question brûlante est maintenant de savoir où concentrer les efforts pour documenter et sauvegarder la diversité végétale mondiale à l’avenir».

«Nous ne savons pas quelles zones protéger si nous ne disposons pas des bonnes informations»

De Madagascar à la Bolivie, les scientifiques ont donc identifié les zones de diversité végétale afin de «mettre le turbo» à l’identification. L’étude s’appuie sur une analyse réalisée l’année dernière par des chercheurs de Kew qui avait révélé que les trois quarts des espèces végétales non décrites étaient probablement menacées d’extinction. Or les scientifiques estiment que les espèces inconnues pourraient receler des indices pour la découverte de médicaments, de carburants ou d’autres innovations. Selon le professeur Alexandre Antonelli, directeur scientifique à Kew et auteur principal de l’article, la recherche vise à mieux cibler la conservation et à accélérer le rythme des découvertes de plantes. Il avertit que de nombreuses espèces disparaîtraient avant d’être connues de la science au rythme actuel d’identification.

«Les objectifs actuels des Nations unies prévoient la protection de 30% de la planète d’ici à la fin de la décennie, mais nous ne savons pas quelles zones protéger si nous ne disposons pas des bonnes informations, souligne Alexandre Antonelli. Des recherches antérieures ont montré que les biologistes n’ont pas été particulièrement efficaces dans la documentation de la biodiversité. Nous sommes retournés aux mêmes endroits encore et encore et nous avons négligé certaines zones qui pourraient contenir beaucoup d’espèces.»

La plupart des régions se trouvent en Asie, où 22 zones ont été répertoriées comme nécessitant des recherches supplémentaires, notamment l’île de Sumatra, l’est de l’Himalaya, l’Assam en Inde et le Vietnam. En Afrique, Madagascar et les provinces du Cap en Afrique du Sud ont été identifiées, tandis que la Colombie, le Pérou et le Sud-Est du Brésil ont été mis en évidence en Amérique du Sud.

Collaborations entre les institutions de recherche et les populations locales

La quasi-totalité de ces zones recoupent des régions déjà identifiées comme étant des «hot spot» (des «points chauds») de la biodiversité, c’est-à-dire des zones de la planète riches en vie mais menacées de destruction. «Tous les pays ont convenu de préserver et de restaurer la biodiversité, y compris la biodiversité végétale. Comment y parvenir si nous ne savons pas de quelles espèces nous parlons, quelle est la biodiversité et où nous pouvons la restaurer ?» interroge Samuel Pironon, maître de conférences en biologie à l’université Queen Mary de Londres, chercheur associé honoraire à Kew et auteur principal de l’article.

La plupart des pays où se trouvent ces «zones d’ombre» ont des capacités limitées en matière d’identification formelle des espèces et les chercheurs espèrent que leur analyse inspirera de futures collaborations entre les institutions de recherche et les populations locales dans le monde entier. Les scientifiques avertissent aussi que le grand public ne doit pas collecter les espèces, car cela risque de menacer leur survie. Mais ils indiquent que prendre des photos des plantes dans ces zones et les partager sur des plateformes de sciences participatives pourrait être utile. «C’est une excellente occasion de renforcer les partenariats entre les scientifiques et les citoyens, car les plateformes comme iNaturalist s’appuient sur les deux. Les gens prennent des photos de ce qu’ils pensent être intéressant pour le reste du monde, et les scientifiques sont essentiels car ils aident à identifier ces espèces», précise Samuel Pironon.

Fin octobre, les gouvernements doivent se réunir lors du sommet sur la biodiversité de la COP16 à Cali, en Colombie, pour la première fois depuis qu’ils se sont mis d’accord en 2022 à Montréal, au Canada, sur des objectifs visant à empêcher la perte de vie sur Terre au cours de cette décennie.

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