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Préservation

Eoliennes : un balisage lumineux ciblé permet de mieux protéger les chauves-souris

Une étude publiée ce mercredi 10 décembre dans la revue «Journal of Applied Ecology» démontre qu’une utilisation ciblée du balisage aéronautique, seulement activé quand un avion s’approche, assurerait dans le même temps sérénité aux chauves-souris et sécurité aux aéronefs.

Des chauves-souris dans le ciel du Parc naturel régional des Vosges du Nord, en Alsace. (Michel Rauch/Biosphoto. AFP)
Publié le 10/12/2025 à 18h07

Les chauves-souris ne sont pas condamnées à être les victimes collatérales du développement de l’éolien. Une étude publiée ce mercredi 10 décembre dans la revue Journal of Applied Ecology indique que l’utilisation d’un certain type de balisage aéronautique permet de mieux protéger les fragiles chiroptères.

L’énergie éolienne est un puisant levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre mais elle occasionne des collisions mortelles avec les pales en rotation. Chaque année, en Allemagne, «200 000 chauves-souris sont tuées à cause des éoliennes», rappelle à l’AFP Fabien Verniest, chercheur post-doctorant au Muséum national d’histoire naturelle et co-auteur principal d’une étude sur les chauves-souris et les éoliennes.

La menace est double, poursuit-il : «La première, la plus connue du grand public et la plus étudiée à travers la littérature scientifique, c’est le risque de collision, qui concerne plus particulièrement les espèces de haut vol, comme les noctules, qui évoluent à hauteur de rotor.» Les raisons qui poussent les chauves-souris à s’approcher des éoliennes restent méconnues. «Elles sont sensibles à la pollution lumineuse et nous pensons au rôle particulier du balisage aéronautique des éoliennes dans ce processus d’attraction et de répulsion», avance Fabien Verniest.

«Lieux de reproduction, de repos ou même d’accouplement»

Les perturbations causées par les masses d’air déplacées par les éoliennes peuvent aussi leur faire croire qu’elles ont affaire à de «grands arbres, des lieux à la fois de reproduction, de repos ou même d’accouplement». Et les insectes étant également attirés par les éoliennes, les chauves-souris peuvent vouloir s’en approcher pour se nourrir.

La seconde menace concerne leur habitat, perturbé. A cause de la présence des éoliennes, «certaines chauves-souris arboricoles préfèrent s’installer dans le bâti – des maisons, des granges –, plutôt que dans les arbres».

Gaëlle Larnoy, co-autrice principale qui effectuait son stage de master 2, et Fabien Verniest ont donc décidé de se rendre dans les parcs éoliens du Nord-Est de l’Allemagne pour trouver une solution. Pourquoi là ? «Parce qu’à ce moment-là, en 2021, il y avait un balisage qu’on appelle circonstancié qui était testé dans un des parcs», explique Fabien Verniest.

Le balisage circonstancié est un balisage aéronautique lumineux qui, au lieu d’être activé en permanence sur l’ensemble de la nuit, est seulement activé lorsqu’un aéronef s’approche. «Ce sont des feux qui émettent des flashs lumineux rouges de forte intensité dans toutes les directions et qui sont disposés en haut des nacelles. On les voit sur plusieurs kilomètres, nous aussi quand on roule sur l’autoroute», explique le chercheur.

En France, une difficile mise en place

Depuis, le balisage circonstancié est devenu obligatoire en Allemagne. En France, c’est le balisage continu qui est le seul autorisé. «Nous avons mesuré l’activité acoustique des chauves-souris à l’aide d’un enregistreur qui capte les ultrasons. Et nous avons comparé cette activité à celles enregistrées lorsqu’il y a balisage circonstancié, balisage toute la nuit et sur des sites témoins sans éolienne.»

Les chercheurs ont établi que l’activité à proximité des éoliennes avec balisage circonstancié «était inférieure à celle mesurée au niveau des éoliennes avec un balisage en continu et similaire à celle des sites témoins sans éoliennes». Cela signifie que le balisage en continu contribue à l’attraction des chauves-souris.

«Le balisage circonstancié permet de limiter ce comportement et donc potentiellement de limiter les risques de collision», conclut le chercheur. Or en France, pour changer de réglementation et autoriser un balisage circonstancié, il faudrait obtenir l’aval du ministère des Armées.

«Pour détecter les aéronefs qui approchent les parcs éoliens, la plupart de ces balisages circonstanciés utilisent des transpondeurs qui équipent l’ensemble des aéronefs. Et pour des raisons de sécurité évidentes, le ministère des Armées ne souhaite pas équiper ses appareils de transpondeurs», note Fabien Verniest. Car avec ces balises de détection, les avions de chasse de l’armée pourraient facilement être repérés.

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