A partir de ce jeudi 22 janvier, le golfe de Gascogne est de nouveau temporairement fermé aux pêcheurs. Pour protéger les dauphins des captures accidentelles, le mois sans pêche est reconduit pour la troisième année consécutive de la pointe du Finistère jusqu’à la côte basque : un peu moins de 300 bateaux de plus de 8 mètres resteront à quai jusqu’au 20 février en bénéficiant d’une indemnisation gouvernementale à hauteur de 80 % de leur chiffre d’affaires.
«On se laisse endormir par les indemnisations. Il y a une forme de résignation», regrette Thomas Le Gall, ligneur à Audierne (Finistère) et président de l’association Pêche Avenir Cap Sizun, insistant sur le «fort sentiment d’incertitude et d’anxiété» de ses collègues. L’hiver dernier, 274 navires ont été indemnisés à hauteur de 14,5 millions d’euros pour leur manque à gagner, estimé à 4 320 tonnes de poissons. En incluant une quarantaine d’entreprises de mareyage, les indemnisations totales ont atteint 20 millions d’euros.
A la recherche d’un consensus
Thomas Le Gall craint que ce mois de fermeture, initialement prévu pour trois ans, soit reconduit en 2027 et au-delà, faute d’alternatives. Avec 60 % de captures accidentelles évitées, cette mesure a le mérite d’être «très efficace» pour protéger les cétacés, selon l’entourage de la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud.
D’après les données de l’observatoire Pelagis à La Rochelle, 1 900 dauphins communs sont morts par capture accidentelle entre le 1er décembre 2024 et le 31 mars 2025 sur la façade Atlantique et la Manche Ouest, contre 4 700 en moyenne par hiver entre 2017 et 2023.
Interrogé par l’AFP, le ministère refuse toutefois de se prononcer sur une nouvelle fermeture l’an prochain, rappelant simplement que ce n’est «pas une solution de long terme». La Commission européenne a, quant à elle, rappelé son attachement «à la protection des espèces sensibles», consacrée par le droit européen. «Les efforts visant à réduire les prises accessoires de dauphins communs doivent se poursuivre», précise-t-elle.
S’appuyant sur cette même législation européenne, les ONG Sea Shepherd et Défense des milieux aquatiques ont déposé en décembre un recours devant la justice administrative pour demander une extension du dispositif de fermeture. «Les délais contentieux devant le Conseil d’Etat sont très longs», souligne leur avocate Manon Crécent, qui espère une décision avant janvier 2027.
Des expérimentations d’outils en cours
Arguant que «le pic de mortalité [des dauphins] se déplace», les associations réclament une extension de la fermeture à trois mois l’hiver et un mois l’été, développe-t-elle. Sea Shepherd France précise toutefois plaider «pour des fermetures ciblées et adaptées aux écosystèmes marins : en fonction des habitats, des périodes de présence des espèces sensibles et des techniques de pêche les plus à risque».
Depuis 2016, les dauphins, qui voient leur habitat profondément changer à cause des effets en cascade du réchauffement climatique, se retrouvent de plus en plus souvent piégés dans les filets des pêcheurs durant leur quête de nourriture près des côtes.
Reportage
Le mois sans pêche a ainsi vu le jour pour la première fois en 2024, à la suite de deux décisions du Conseil d’Etat rendues en 2023, à l’initiative d’ONG. Depuis, de nombreux pêcheurs se sont équipés en répulsifs acoustiques (pingers), en balises sur leurs filets et en caméras embarquées mais aucune solution technique parfaite n’émerge encore malgré les nombreuses expérimentations en cours.
«Cette troisième fermeture ne peut et ne doit pas devenir une norme», prévient le Comité national des pêches dans un communiqué, en appelant à «ouvrir une phase nouvelle, fondée sur l’évaluation des mesures mises en œuvre et le déploiement de solutions alternatives durables». A Lorient, le fileyeur David Le Quintrec accuse, lui, le gouvernement de ne «pas défendre ses pêcheurs». «Il va falloir qu’on tape du poing sur la table !», tonne le patron de l’Union française des pêcheurs artisans (Ufpa), disant regretter l’absence de visibilité à court terme pour les professionnels, entre mois sans pêche, baisse des quotas et hausse des coûts (notamment de carburant).




