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Les bruits nuisent aux oiseaux et à leur reproduction, alerte une étude

Trafic routier, chantiers, tondeuses ou souffleuses à feuilles masquent le pépiement du moineau, le sifflement du rouge-gorge ou le chant du merle. Ce qui a «des effets négatifs importants» sur leur reproduction, alerte une revue scientifique, publiée mercredi 11 février. Mais de nombreuses solutions existent.

«Les oiseaux sont très dépendants des informations acoustiques», explique l'article de la revue britannique «Proceedings B». (Gabriel Bouys/AFP)
Par AFP
Publié le 11/02/2026 à 17h47

Menacés par l’agriculture intensive ou le changement climatique, les oiseaux du monde entier sont aussi fortement affectés par les bruits d’origine humaine comme le trafic routier ou les chantiers de construction, conclut une vaste étude, publiée ce mercredi 11 février, qui souligne cependant l’existence de solutions. Une équipe de chercheurs, basés aux Etats-Unis, a conduit une vaste méta-analyse, reprenant une somme de travaux précédents, pour comprendre l’effet des perturbations sonores sur 160 espèces d’oiseaux sur six continents. La base de données «inclut de nombreuses espèces communes comme le rouge-gorge familier, le moineau domestique, l’étourneau sansonnet ou la mésange charbonnière», explique à l’AFP Natalie Madden, de l’ONG Defenders of Wildlife, qui a mené l’étude pour l’université du Michigan.

Cycle entier de reproduction affecté

«Nous avons trouvé que le bruit d’origine humaine a affecté significativement des attitudes diverses ainsi que la physiologie» et a eu «des effets négatifs importants» sur la reproduction, concluent les auteurs de cet article paru dans la revue britannique Proceedings B de la Royal Society.

Le cycle entier de la reproduction est ainsi affecté, du succès de l’accouplement à la survie des œufs jusqu’à l’envol des oisillons. «Les oiseaux sont très dépendants des informations acoustiques. Ils chantent pour trouver des partenaires, mettent en garde contre les prédateurs et les oisillons appellent leurs parents pour leur dire qu’ils ont faim, souligne Natalie Madden. Donc s’il y a beaucoup de bruit dans l’environnement, comment peuvent-ils entendre les signaux émis au sein de leur propre espèce ?»

Les effets diffèrent selon les oiseaux et les situations. La croissance de ceux qui nichent dans des cavités est ainsi plus susceptible d’être affectée, un résultat inattendu, tandis que ceux qui vivent en ville ont tendance à avoir un niveau d’hormones du stress plus élevé.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) estimait en octobre que 61 % des espèces d’oiseaux dans le monde voyaient leur population baisser, contre 44 % en 2016. La perte et la dégradation des habitats sont les principales causes de ce phénomène, notamment sous la pression de l’agriculture et de l’exploitation forestière, selon l’UICN. Une étude publiée en 2023, sur la base d’une masse inédite de données, avait conclu que l’intensification de l’agriculture était la principale cause d’un spectaculaire déclin des oiseaux en Europe, qui sont 20 millions à disparaître en moyenne chaque année. Soit 800 millions d’oiseaux en moins depuis 1980.

«Nombreuses» solutions

Concernant le bruit, les auteurs de l’étude publiée mercredi estiment que la compréhension de ses effets négatifs permet aussi d’y remédier. «Quand on parle de perte de la biodiversité, tellement de choses semblent inexorables et à grande échelle, mais nous savons comment utiliser d’autres matériaux et construire les choses différemment pour bloquer les sons», souligne Neil Carter, de l’université du Michigan, l’un des auteurs. Les solutions sont «nombreuses» et passent aussi bien par des innovations technologiques que par des changements d’habitudes, selon Natalie Madden.

«Dans les environnements urbains, les véhicules électriques ou hybrides tendent à être plus silencieux que les modèles plus traditionnels à essence. De même pour beaucoup d’outils de jardinage comme les tondeuses ou les souffleurs de feuille», donne-t-elle en exemple.

Cela peut aussi supposer l’ajustement de certaines activités de construction, suggère la chercheuse : «Faire fonctionner les machines en dehors du pic de la période de reproduction, éviter l’activité lorsque les oiseaux migrent en passant par une certaine région ou construire ailleurs que dans des habitats qui soutiennent des espèces vulnérables.»

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