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Au poil

Les éléphants, capables d’une impressionnante dextérité grâce à leurs moustaches

Des chercheurs allemands ont révélé, dans une étude publiée le 12 février, que les poils situés sur la trompe des pachydermes leur permettent de percevoir leur environnement avec une sensibilité surprenante.

La plupart de ces poils sont ancrés dans les rides de la trompe et agissent comme des antennes. (Amazing Aerial Agency/ABACA)
Publié aujourd'hui à 14h56

D’un côté, l’éléphant peut soulever un arbre à la force de sa trompe et de l’autre, saisir une chips sans la casser. Cet alliage oscillant entre force et délicatesse est rendu possible par leurs moustaches, a dévoilé jeudi 12 février une étude, parue dans la revue américaine Science. Des chercheurs allemands y détaillent comment les propriétés uniques des poils qui couvrent les trompes des éléphants leur permettent une dextérité hors du commun.

Les éléphants naissent avec environ 1 000 vibrisses, ces organes sensoriels que l’on appelle plus communément moustaches, relate le principal auteur de l’étude, Andrew Schulz. La plupart de ces poils sont ancrés dans les rides de la trompe et agissent comme des antennes, aidant les animaux à appréhender leur environnement.

1 000 vibrisses

Dans le cadre de cette étude, des ingénieurs, neuroscientifiques et autres spécialistes ont analysé la géométrie, la porosité et les propriétés de ces vibrisses. Ils s’attendaient alors à trouver des résultats semblables à celles des souris et des rats : un poil dont la base est ronde, solide et rigide de bout en bout.

Mais contre toute attente, l’équipe allemande a découvert, à la place, que les vibrisses des éléphants avaient une structure poreuse faite de multiples petits trous, similaire à celle des cornes de mouton qui les aide à absorber les chocs lorsqu’ils mangent.

Autre différence, note Andrew Schulz : la structure atypique de ces poils, qui permet d’amplifier le sens du toucher. «Je pense que la découverte la plus incroyable que nous ayons faite, se réjouit le chercheur de l’Institut Max-Planck, basé à Stuttgart, en Allemagne. Ces poils ont une base très, très rigide qui se transforme ensuite en une extrémité très, très souple». Ces moustaches évoluent de sorte qu’elles ne se cassent pas car, contrairement à la plupart des mammifères dotés de vibrisses, celles des éléphants ne repoussent pas, ajoute-t-il.

Des moustaches semblables à celles des chats

Chez les autres animaux, les vibrisses sont souvent moins sensibles que chez les éléphants. Les moustaches d’un rat, par exemple, captent les vibrations, mais de manière beaucoup moins précise. En revanche, celles des chats se rapprochent davantage de celles des éléphants, et comportent donc plus de sensibilité, selon Andrew Schulz. Cette structure particulière chez l’éléphant, d’abord rigide puis souple, l’aide à différencier des objets lorsqu’il cherche sa nourriture et lorsqu’il mange, son activité principale.

D’autres recherches sur les éléphants montrent qu’ils utilisent leur trompe pour établir un contact social. «Ils utilisent l’extérieur de leur trompe, c’est-à-dire les parties recouvertes de vibrisses», poursuit le scientifique allemand.

«C’est vraiment passionnant pour moi de voir une nouvelle confirmation de la sensibilité de leur trompe», a réagi de son côté Caitlin O’Connell-Rodwell, chercheuse en écologie comportementale et experte des éléphants. Celle qui a dédié ses travaux à la façon dont les pachydermes échangent et mis en évidence leur communication sismo-acoustique, a qualifié ces trouvailles de «fascinantes».

Ces résultats peuvent aider de futures recherches sur le comportement des éléphants, souligne-t-elle, estimant que «cela leur permet non seulement d’atteindre plus facilement les fruits ou les gousses dans les arbres» mais pourrait aussi «avoir des implications en matière de communication».

Leurs moustaches pourraient également inspirer la technologie, et notamment la robotique, souligne Andrew Schulz. On retrouve ce tandem rigide puis souple «partout en biologie», ajoute le chercheur, notamment au niveau des ligaments croisés antérieurs. Une meilleure compréhension de ces structures pourrait, par exemple, améliorer les technologies de réparation.

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