Pour la première fois, Aïcirits-Camou-Suhast fait parler d’elle. Cette petite commune du Béarn, située dans les Pyrénées-Atlantiques, a battu mercredi 11 novembre le record de la plus haute température jamais mesurée pour un mois de novembre sur sa station : 29,5 °C. Une chaleur digne de la saison estivale, alors que la France - et en particulier le Pays basque - est touchée en ce milieu de semaine par une douceur exceptionnelle. Jusqu’à vendredi, les températures sont de 5 à 8 °C au-dessus des normales de saison, voire jusqu’à + 10 °C localement.
Bouilloire
Plusieurs stations ont ainsi mesuré des «niveaux remarquables» de chaleur mercredi, relève Météo France, avec 29,3 °C à Oloron (Pyrénées-Atlantiques), 28,1 °C à Adast (Hautes-Pyrénées), ou encore 27,1 °C à Capbreton (Landes). «Les températures observées cette après-midi en France sont tout simplement délirantes», souligne l’agroclimatologue Serge Zaka sur X.
Les températures observées cette après-midi en France sont tout simplement délirantes : les 30°C ont été approchés mi-novembre. Je répète au cas où : mi-novembre.
— Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) November 12, 2025
Boosté par un vent de foehn dans un air surchauffé par le changement climatique, on a atteint 29.8°C à Trois-Villes… pic.twitter.com/BN2bK1v5wq
«Après une nuit extrêmement douce pour la saison», l’air chaud est remonté vers le centre du pays ce jeudi 13 novembre, où des températures quasi-inédites pour cette période de l’année étaient attendues dans le Limousin, le Centre, la Bourgogne et le nord de l’Auvergne. Cette après-midi, le mercure devait grimper jusqu’à 25 °C à Biarritz, 23 °C à Agen ou Ajaccio, 22 °C à Bourges ou à Nevers, 21 °C à Clermont-Ferrand, 20 °C à Lyon ou Nantes, 18 °C à Paris et à Rennes, énumère Météo France.
D’après La Chaîne Météo, «ce 13 novembre 2025 est le plus doux depuis 1930 en France avec un indicateur thermique national (moyenne des températures minimales et maximales de 30 stations de référence) atteignant 15,3 °C, battant le record de 15 °C du 13 novembre 1938». A rebours de toute logique saisonnière, ce pic de douceur dépasse même celui du mois dernier, alors que la barre des 25 °C avait été atteinte dans le Sud-Ouest et près de la Méditerranée entre le lundi 20 et le mercredi 22 octobre.
«De plus en plus fréquent»
Pour expliquer cette douceur exceptionnelle pour la mi-novembre, Météo France évoque sur son site la dépression Claudia : «centrée sur l’Atlantique, elle fait remonter de l’air chaud venu d’Espagne. Cela fait grimper le mercure bien au-dessus des températures habituelles». Dans le Sud-Ouest, la chaleur est accentuée par «l’effet de foehn, un mécanisme qui réchauffe la masse d’air au pied des reliefs», en l’occurrence en bas du versant français des Pyrénées, ajoute l’institut météorologique.
Mais ces chaleurs ne sont pas le simple résultat d’un cocktail de phénomènes météorologiques : comme le rappelle Météo France, «avoir de telles températures en novembre devient de plus en plus fréquent en raison du changement climatique». La hausse des températures due aux émissions de gaz à effet de serre, provoquées par les activités humaines, est encore plus rapide en France que la moyenne mondiale. Ainsi, les automnes dans l’Hexagone se sont réchauffés de 0,3 °C par décennie sur la période 1959-2021, soit de + 1,9 °C.
Analyse
Pas étonnant donc que ces épisodes de chaleur en plein mois de novembre soient de plus en plus nombreux, notamment depuis le début du XXIe siècle. «Des épisodes de douceur similaires ont déjà eu lieu par le passé» récent, rappelle l’institut météorologique national. Il cite un précédent en 2015, plus tôt dans le mois, le 8 novembre, où la température avait grimpé à 28,1 °C à Dax (Landes), 26,9 °C à Capbreton et 26,7 °C à Bordeaux (Gironde). Le précédent record d’Aïcirits-Camou-Suhast datait, lui, du 23 novembre 2014, avec 28,3 °C.
A l’inverse, moins de 10 % du territoire a été touché en octobre 2025 par des températures négatives, soit l’une des proportions les plus faibles depuis le début des mesures en 1947. Avec le réchauffement climatique, les températures estivales ne cessent de s’étendre jusqu’à empiéter sur l’automne à la frontière de l’hiver. Météo France prévoit pour ce week-end l’arrivée d’un «front froid» accompagné de pluies, qui mettra fin à cet épisode de douceur exceptionnel. Les records de températures alarmants, eux, resteront dans les annales.




