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Révisionnisme

Aux Etats-Unis, l’agence de l’environnement efface de son site l’impact de l’homme dans le réchauffement climatique

La presse américaine a accusé mardi 9 décembre l’institution de justifier la hausse des températures par des éruptions volcaniques ou des variations de l’activité solaire, dissimulant l’effet des activités humaines.

Un incendie en Californie le 7 août 2025. (Marcio Jose Sanchez/AP)
Publié le 10/12/2025 à 10h35

C’est une révision de long en large de la rubrique «Causes du réchauffement climatique». L’Agence américaine de l’environnement (EPA) a été accusée mardi 9 décembre par la presse américaine d’avoir supprimé de son site internet des références à l’impact des activités humaines dans le changement climatique, au profit des «processus naturels».

Selon le Washington Post, ces changements remontent au mois d’octobre et mettent en avant notamment des éruptions volcaniques et les variations de l’activité solaire pour expliquer ce phénomène. Auparavant, rappelle le New York Times, la page stipulait que depuis la révolution industrielle, les activités humaines ont libéré d’importantes quantités de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre ayant «modifié le climat de la Terre». Elle détaillait les quantités de dioxyde de carbone, de méthane et d’oxyde nitreux rejetées chaque année dans l’atmosphère par les pots d’échappement, les cheminées et les fuites de puits de pétrole et de gaz.

Outre la page «causes du changement climatique», une autre relevant les impacts de ce changement a également été modifiée, selon le New York Times. Quant à une page décrivant la fonte de la calotte glaciaire et la hausse du niveau des océans, elle a carrément été supprimée, a relevé le Washington Post.

«Revirement spectaculaire»

Daniel Swain, un spécialiste du climat à l’Université de Californie, cité par le Washington Post, a jugé que les modifications des pages de l’EPA illustraient «un des revirements les plus spectaculaires que nous ayons connus jusqu’à présent dans le domaine du climat». L’activité humaine est incontestablement le principal facteur du réchauffement climatique. Même les agences fédérales, sous le premier mandat de Donald Trump en 2017, avaient publié un rapport exhaustif concluant que la tendance au réchauffement à long terme est «sans équivoque» et qu’il n’existe «aucune autre explication convaincante» qui puisse incriminer autre chose que l’activité humaine.

Pas plus tard qu’au début du mois de décembre, le président du Giec, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat mandaté par l’ONU, a encore mis en garde contre tout déni du rôle humain dans le phénomène. «Sans équivoque, les humains sont la cause du changement climatique auquel nous assistons», a martelé ce spécialiste, Jim Skea. Le changement climatique accentue les phénomènes météorologiques extrêmes qui ont fait au moins 16 000 morts en 2024, selon un rapport annuel de référence publié fin octobre par le Lancet.

De son côté, la porte-parole de l’Agence américaine de l’environnement, Brigit Hirsch, a présenté ces modifications comme des moyens de «ne plus répondre aux injonctions de la secte écologiste». Elle a également affirmé que l’administration Trump se concentrait sur la protection de la santé humaine plutôt que sur ce qu’elle a appelé des «agendas politiques de gauche». Elle a précisé que les anciennes pages web ont été archivées et restent accessibles en ligne – mais beaucoup plus difficilement.

Ironie de la chose, il est toujours écrit sur le site : «Trouvez des informations scientifiques actualisées et précises sur le climat».

Trump en campagne contre l’environnement

Le président Donald Trump, qui conteste tout rôle humain dans le changement climatique, pourfend les énergies renouvelables et favorise l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste, considérée comme très émettrice de gaz à effet de serre. Sa campagne présidentielle a notamment été financée par des intérêts liés aux hydrocarbures, selon l’institut Brennan Center.

Le milliardaire républicain a depuis son entrée en fonction en janvier annulé plusieurs mesures de transition énergétique adoptées par l’administration Biden. L’actuel président américain a également retiré les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat et n’a pas envoyé de délégué à la COP30 au Brésil en novembre.

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