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Dérèglement climatique

Canicule marine : la mer Méditerranée à 28,71 °C bat son précédent record de température de 2003

Dans la mer comme sur la terre, les températures s’enflamment. Ce lundi 24 juillet, la mer Méditerranée a connu sa plus haute température journalière avec 28,71 °C, battant le précédent record de 28,25 °C qui datait de 2003.

Le département météorologique a déclaré que les températures les plus élevées de la deuxième vague de chaleur sont attendues du 23 au 25 juillet. (Petros Karadjias/AP)
Publié le 25/07/2023 à 19h38

Un record de plus mettant en évidence le changement climatique. Les eaux de la mer Méditerranée ont connu lundi 24 juillet leur plus haute température journalière connue. «Un nouveau record sur la période 1982-2023 a été battu pour la température médiane quotidienne de la surface de la mer en Méditerranée avec 28,71ºC», ont indiqué des chercheurs de l’Institut des sciences de la mer (ICM) de Barcelone, analysant les données satellitaires de l’observatoire européen Copernicus. Le précédent record de 28,25 °C datait du 23 août 2003.

Ces données doivent encore être confirmées par Copernicus, mais «nous sommes convaincus que la médiane ne sera pas très biaisée et que l’indication de la température jusqu’à la première décimale est globalement correcte», ont précisé les chercheurs Justino Martinez et Emilio Garcia. Ces scientifiques privilégient la température médiane plutôt que la moyenne (28,40 °C lundi) car elle est moins «perturbée par des valeurs atypiques», c’est-à-dire par des relevés de température extrêmes dans des points isolés de la Méditerranée, ont-ils ajouté.

Le bassin méditerranéen souffre d’une canicule exceptionnelle : que ce soit en Grèce, Espagne, Algérie ou encore en Italie, les températures s’enflamment et les incendies se déclarent les uns après les autres. La mer n’est pas épargnée. Localement, des eaux à plus de 30 °C ont ainsi été relevées, à plus de 4 °C au-dessus des normales, entre la Sicile et Naples. Et de telles températures ont des conséquences potentiellement dévastatrices sur la biodiversité marine. Lors des canicules de 2015-2019 en Méditerranée, une cinquantaine d’espèces (coraux, gorgones, oursins, mollusques, bivalves, posidonies, etc.) ont ainsi connu des mortalités massives, selon une étude publiée en juillet 2022 dans la revue Global Change Biology.

La région méditerranéenne est depuis longtemps classée comme un «point chaud» du changement climatique par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) des Nations unies. «Depuis les années 80, un changement drastique s’est opéré au sein des écosystèmes marins méditerranéens, avec à la fois un déclin de la biodiversité et l’arrivée d’espèces invasives», indique le Giec.

Dans le scénario d’un réchauffement mondial supérieur à 1,5 °C depuis l’ère préindustrielle, plus de 20 % des poissons et invertébrés exploités en Méditerranée orientale pourraient disparaître localement d’ici 2060 et les revenus de la pêche pourraient diminuer jusqu’à 30 % d’ici 2050, avertissent ces experts. Si la température des eaux méditerranéennes augmente tendanciellement, «il n’y a pas de preuve claire, statistiquement parlant, d’une augmentation de la fréquence des canicules marines pour le bassin méditerranéen» sur la période 1982-2023, notent toutefois les chercheurs espagnols de l’ICM.

«Il est estimé que l’origine des vagues de chaleur marines est principalement mais pas uniquement atmosphérique… C’est un sujet en débat, mais si c’est le cas, seule une atténuation des vagues de chaleur atmosphériques entraînera une atténuation des vagues de chaleur marines», commentent-ils. Pour l’heure, les vagues de chaleur sont prévues pour durer et se répéter.

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