Ce devait être un plateau haut, ce sera un nouveau record historique. Avec 8,85 milliards de tonnes, la consommation mondiale de charbon devrait dépasser de peu son record en 2025, + 0,5 % comparé à 2024, selon le rapport annuel Coal 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), publié ce mercredi 17 décembre. Cette hausse est en partie due à des mesures politiques de l’administration Trump.
Le charbon reste ainsi le principal contributeur aux émissions de CO2 d’origine humaine. L’année 2025 s’annonce aussi comme la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée, à égalité avec 2023 et derrière 2024, selon l’observatoire européen Copernicus.
Mais sa consommation devrait commencer à baisser d’ici à 2030, estime l’AIE. La demande globale de charbon a «atteint un plateau», autrement dit elle tend à se stabiliser, précise l’AIE qui projette, comme prévu, que «d’ici à 2030», elle «devrait légèrement diminuer, revenant au niveau de 2023», sous l’effet d’«une concurrence croissante avec d’autres sources d’électricité».
«Avec l’envolée des capacités renouvelables, l’expansion régulière du nucléaire et l’arrivée sur le marché d’une énorme vague de gaz naturel liquéfié», la production d’électricité à partir de charbon, qui représente les deux tiers de la consommation totale de ce combustible, «devrait reculer à partir de 2026» tandis que la demande pour les processus industriels «devrait rester plus résiliente», indique l’AIE.
Data
Partout dans le monde, la part du charbon continue de s’étioler dans la production électrique : «en 2013, elle était de 41 %, et en 2025 nous nous attendons à ce qu’elle soit autour de 34 %, le niveau le plus bas de l’histoire statistique de l’AIE», souligne Keisuke Sadamori, directeur des marchés de l’énergie à l’AIE, lors d’une présentation à la presse. «Pour les marchés mondiaux du charbon, l’ère de la croissance touche à sa fin, et les investisseurs devraient en prendre note», a commenté Christine Shearer, pour le centre de réflexion Global Energy Monitor.
Les Etats-Unis en tête des hausses
La Chine, pays plus gros consommateur de charbon tout en étant le champion des énergies éoliennes et solaires, reste la locomotive du marché, engloutissant à elle seule 56 % de la demande mondiale. Comme attendu, la consommation y est restée stable en 2025 par rapport à 2024. Mais dans d’autres grands marchés, les trajectoires de consommation observées en 2025 ont contrasté avec les tendances récentes, selon l’AIE. C’est le cas en Inde, moteur de la croissance du marché ces dernières années, où une mousson intense et précoce a entraîné un recul de la demande de charbon pour la troisième fois en cinquante ans. L’Inde devrait toutefois enregistrer la plus forte hausse en valeur absolue de la consommation de charbon d’ici à 2030, soit une hausse totale de plus de 200 millions de tonnes, l’Asie du Sud-Est enregistrant elle la croissance la plus rapide : plus de 4 % par an.
Aux Etats-Unis, la hausse des prix du gaz et des politiques pro-énergies fossiles de l’administration Trump ralentissant la fermeture des centrales à charbon ont soutenu la consommation, qui déclinait depuis quinze ans. A eux seuls, les Etats-Unis contribuent pour 37 millions de tonnes à l’augmentation globale de la consommation de 40 millions en un an. Quant à l’Union européenne, la demande de charbon n’y a reculé que de 3 %, après une baisse moyenne de 18 % en 2023 et 2024, principalement en raison d’une faible production hydroélectrique et éolienne au 1er semestre.
«Malgré des évolutions atypiques […], notre prévision pour les années à venir n’a pas changé de façon substantielle par rapport à 2024 : nous anticipons une stabilisation de la demande mondiale de charbon avant une légère baisse d’ici 2030», a résumé Keisuke Sadamori, dans un communiqué. L’AIE met néanmoins en garde sur les «nombreuses incertitudes [qui] pèsent sur les perspectives du charbon, notamment en Chine». Au-delà de l’influence des conditions météorologiques, «si l’intégration de nouvelles capacités renouvelables dans les systèmes électriques progresse plus lentement qu’anticipé, la demande mondiale de charbon pourrait dépasser nos prévisions». A voir si 2026 constituera une première baisse comme attendu par l’AIE… ou un nouveau record.




