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Mobilisation

Colère agricole : des syndicats donnent rendez-vous à Lecornu en janvier avec de nouvelles mobilisations

Le courrier contenant les intentions de Sébastien Lecornu pour soutenir la profession n’a pas réussi à convaincre les syndicats agricoles. Ce samedi 20 décembre, des blocages d’autoroutes persistaient malgré les appels du gouvernement à une «trêve de Noël».

A Fanjeaux, dans l'Aude, le 19 décembre. (Justine Bonnery/Justine Bonnery)
Publié le 20/12/2025 à 10h14, mis à jour le 20/12/2025 à 19h52

Des barrages d’agriculteurs ont encore persisté ce samedi 20 décembre sur des axes routiers et autoroutiers du Sud-Ouest, au premier jour des vacances scolaires, malgré les appels du gouvernement à une «trêve de Noël», rejoints par une partie des syndicats agricoles. Au total, Beauvau a recensé pour la journée «50 actions mobilisant 1 619 personnes».

Ce samedi, l’autoroute A64 Toulouse-Bayonne est restée fermée sur plus de 180 km, de la Haute-Garonne aux Pyrénées-Atlantiques, selon Vinci Autoroutes. Le blocage en place depuis plus d’une semaine à Carbonne (Haute-Garonne), sur cette même autoroute, s’est également poursuivi.

Des barrages ont aussi persisté sur l’A75 en Aveyron, où une opération escargot s’est déroulée ce samedi, et dans l’Ariège sur la RN20 Toulouse-Andorre, route d’accès à la station de ski d’Ax-Trois-Domaines qui affiche complet pour les vacances.

Le blocage de Tarascon-sur-Ariège se poursuivra «jusqu’à ce que Sébastien Lecornu annonce la fin de l’abattage total» des troupeaux, a lancé Christophe Gouazé, éleveur ariégeois membre de la Confédération paysanne.

Le barrage sur l’A63 à Cestas, près de Bordeaux, est maintenu «pour le moment minimum jusqu’à dimanche soir», a déclaré ce samedi Fabrice Lagueyt, éleveur de bovins en Gironde et coprésident de la Coordination rurale de Gironde (CR33).

La circulation est également restée coupée sur l’A64 entre Bayonne et Pau, à hauteur d’Urt. «On ne va pas lâcher ce coup-ci», prévient Thierry Léon, membre de la CR des Pyrénées-Atlantiques.

En Corrèze, après la levée des barrages et le nettoyage des autoroutes concernées, la circulation a repris normalement sur l’A89 dans les deux sens à hauteur d’Ussel, et sur l’A20 à hauteur de Brive, mais seulement dans le sens Toulouse-Paris.

«Faire face aux impacts économiques immédiats»

Reçues la veille à Matignon par Sébastien Lecornu, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, associées contre la stratégie de lutte contre l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), n’ont pas appelé à la levée des blocages en cette période de fêtes de fin d’année.

A l’inverse, la FNSEA, suivie par les Jeunes Agriculteurs, avait appelé à une «trêve», et attendait de pied ferme un «courrier» avec «l’ensemble des intentions» du Premier ministre. Dans ledit courrier de cinq pages, Sébastien Lecornu réexplique la stratégie sanitaire pour lutter contre la dermatose nodulaire, consistant notamment à abattre la totalité d’un troupeau quand un cas est détecté.

«N’éliminer que les bovins présentant des symptômes fait courir un risque majeur de propagation du virus», affirme Sébastien Lecornu, alors que la Coordination rurale et la Confédération paysanne avaient signalé des «ouvertures» vendredi après leur rencontre avec le Premier ministre. Il fait aussi passer le montant d’un fonds d’urgence, annoncé en début de semaine, de 10 à 11 millions d’euros, destinés aux petites exploitations les plus en difficulté. Plus de sept millions d’euros d’acomptes ont été versés aux éleveurs dont les vaches ont été abattues depuis juin.

Mais pour la FNSEA, qui soutient la stratégie sanitaire actuelle mais qui demandait au gouvernement des «garanties» sur la taxe carbone européenne appliquée aux engrais, «le compte n’y est pas». «A l’issue du rendez-vous de ce matin avec le Premier ministre, la FNSEA avait demandé un engagement écrit rapide et clair de l’Etat sur la gestion de la crise agricole. Le courrier reçu ce soir ne répond pas à cette attente», a réagi vendredi le syndicat agricole sur X.

Et poursuit : «La crise que traversent les agriculteurs exige des décisions rapides, lisibles et efficaces. Consciente qu’elle ne peut être réglée par un simple courrier, la FNSEA attend du Premier ministre qu’il revoie sa copie d’ici le rendez-vous de la première semaine de janvier.» Et d’avertir : «A défaut, elle prendra ses responsabilités et décidera des suites à donner au mouvement.»

Remobilisation à partir de janvier

«Les annonces, globalement, sont assez faibles. Ce ne sont que des promesses […] Il est indispensable que l’Etat se mette à réfléchir» sur le protocole d’abattage, a, de son côté, réagi samedi le secrétaire général de la Coordination rurale, François Walraet, sur France Inter. Les sections départementales sont libres de continuer leur blocage mais il a appelé les siennes à «faire une pause» pendant Noël. «Nous verrons ce que le ministre propose et si effectivement il n’y a pas d’avancée, on se remobilisera à partir de début janvier.»

La Confédération paysanne avait prévenu vendredi qu’elle n’appellerait pas à lever les blocages mais les nouvelles actions et manifestations prévues ce week-end sont moins nombreuses que durant la semaine. Signe qu’aucune annonce concrète n’a été obtenue selon lui, le syndicat a réitéré ses demandes vendredi soir.

Un courrier «pas suffisant» non plus pour les Jeunes agriculteurs, a expliqué sur France 2 leur président Pierrick Horel. «On fera des actions coup de poing çà et là d’ici à Noël, mais pas de blocages routiers pour nous».

La lettre donne par ailleurs un calendrier précis pour la vaccination de 750 000 bovins dans dix départements du Sud-Ouest, «conduite sous un mois». Le Premier ministre ajoute avoir demandé aux préfets de suspendre les contrôles de l’État dans les exploitations à vacciner, quand la Coordination rurale demandait un moratoire sur tous les contrôles par l’Etat des agriculteurs.

Il annonce aussi un déplacement des ministres de l’Agriculture et du Commerce extérieur en Italie, principal acheteur des veaux français, la semaine prochaine.

Mise à jour à 19 h 52 avec le nombre d’actions recensées par Beauvau pour la journée.

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