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Réchauffement climatique

Inondations meurtrières en Asie du Sud-Est : la déforestation pointée du doigt

Le gouvernement indonésien a reconnu qu’il fallait «absolument empêcher la destruction des forêts», essentielles pour contenir les pluies exceptionnelles apportées par le réchauffement climatique.

Une vue aérienne montre une zone sinistrée touchée par des crues soudaines meurtrières à Palembayan, dans la régence d'Agam, province de Sumatra occidental, en Indonésie, le 30 novembre 2025. (Willy Kurniawan/REUTERS)
Publié le 02/12/2025 à 11h33

Un scénario catastrophe. Dans plusieurs régions frappées par les inondations qui ont fait plus de 1 200 victimes en Asie du Sud-Est, notamment en Indonésie où plus de 700 personnes sont mortes et plus de 400 autres sont portées disparues, les précipitations ont été d’une abondance inédite pour un mois de novembre depuis plus d’une décennie.

De vastes zones d’Indonésie, des Philippines, de Malaisie, du Vietnam, de Thaïlande et de Birmanie, ainsi que des portions du Cambodge et du Laos, ont enregistré des cumuls de pluie jamais observés en novembre par l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) depuis 2012, selon ses relevés mensuels. La quasi-totalité du Sri Lanka a également connu une humidité record.

Si les pluies exceptionnelles, apportées par un cyclone et une tempête tropicale, sont à l’origine des inondations et des glissements de terrain mortels, un autre facteur a également joué un rôle : la déforestation qui défigure Sumatra, en Indonésie.

Ecologistes, experts et même le gouvernement indonésien ont souligné la gravité du défrichement des terres boisées. Car quand les forêts disparaissent, elles ne peuvent plus absorber les précipitations et stabiliser le sol, rendant les régions plus sujettes aux crues et aux éboulements.

L’Indonésie figure parmi les pays qui enregistrent les plus fortes pertes forestières annuelles. En 2024, plus de 240 000 hectares de forêt primaire ont ainsi disparu, un peu moins que l’année précédente, selon une analyse du projet Nusantara Atlas de la start-up de conservation The TreeMap.

Barrière protectrice

«Les forêts en amont agissent comme une barrière protectrice, un peu comme une éponge», explique David Gaveau, fondateur de The TreeMap. «La canopée capte une partie de la pluie avant qu’elle n’atteigne le sol. Les racines contribuent également à stabiliser le sol». A contrario, «lorsque la forêt est défrichée en amont, l’eau de pluie ruisselle rapidement dans les rivières, provoquant des crues soudaines», ajoute l’expert.

Les défenseurs de l’environnement exhortent depuis longtemps le gouvernement à mieux protéger les forêts du pays, qui constituent également un puits de carbone essentiel, absorbant le dioxyde de carbone responsable du réchauffement climatique, qui accentue les phénomènes météo extrêmes. Le Président, Prabowo Subianto, a lui-même déclaré vendredi 28 novembre qu’il fallait «absolument empêcher la déforestation et la destruction des forêts». «Protéger nos forêts est crucial», a-t-il ajouté.

Les inondations ont charrié non seulement des torrents de boue mais aussi du bois abattu, alimentant les spéculations sur le lien entre la déforestation et la catastrophe. Selon plusieurs médias, le ministère des Forêts enquêterait sur des allégations d’exploitation forestière illégale dans les zones touchées. «Le pendule entre l’économie et l’écologie semble avoir trop penché du côté de l’économie et doit être ramené au centre», a estimé ce week-end le ministre des Forêts, Raja Juli Antoni.

Dans l’une des zones les plus touchées, Batang Toru, pas moins de sept entreprises sont présentes, indique Uli Arta Siagian, du groupe indonésien de conservation Walhi. «Une mine d’or a déjà rasé environ 300 hectares de forêt… la centrale hydroélectrique de Batang Toru a entraîné la disparition de 350 hectares de forêt», ajoute-t-elle. De plus, de vastes étendues forestières ont également été converties en plantations de palmiers à huile. «Tout cela contribue à accroître notre vulnérabilité», souligne encore Uli Arta Siagian.

Changement massif du couvert forestier

Sumatra, où les dégâts causés par les inondations se sont concentrés, est particulièrement vulnérable car ses bassins fluviaux sont relativement petits, explique Kiki Taufik, responsable de la campagne forêts de Greenpeace Indonésie. «Le changement massif du couvert forestier est le principal facteur à l’origine des crues soudaines», affirme-t-il accusant le gouvernement d’accorder «de manière imprudente et négligente» des permis pour les mines et les plantations.

Les taux de déforestation à Sumatra sont plus élevés que la moyenne dans le reste de l’Indonésie, affirme pour sa part Herry Purnomo, directeur national du Centre de recherche forestière internationale (Cifor-Icraf). La disparition des forêts accroît également les risques d’inondations, car la terre est emportée dans les rivières, ce qui rehausse le lit des cours d’eau et réduit leur capacité à absorber les averses torrentielles soudaines, précise-t-il. «Deux choses sont nécessaires», préconise le spécialiste, également professeur à l’université IPB de Bogor : «Prévenir la déforestation, l’éviter et également procéder à la restauration des forêts.»

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