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La France en «crue généralisée» : «Tous nos records» dépassés, la Gironde et le Lot-et-Garonne en vigilance rouge, des évacuations près d’Angers

Les sols, détrempés à la faveur du passage de la tempête Nils, présagent de risques de débordement le long de la Garonne et de la Dordogne, où des évacuations d’habitants ont déjà eu lieu.

A Tonneins, le 13 février, dans le sud-ouest de la France. (Christophe Archambault/AFP)
Publié aujourd'hui à 8h53, mis à jour le 14/02/2026 à 20h54

La météo poursuit ses caprices sur l’Hexagone, ce samedi 14 février. Alors que la vigilance rouge pour crues et inondations maintenue ce week-end en Gironde et dans le Lot-et-Garonne, touchés par un important épisode sur la Garonne favorisé par le passage de la tempête Nils, un autre département de l’ouest de la France fait les frais de l’épisode.

Evacuations par centaines dans le Maine-et-Loire

Dans le Maine-et-Loire, Vigicrues a placé en vigilance orange les tronçons des Basses Vallées Angevines, de La Loire Saumuroise et de la Loire Aval. Si bien que la préfecture a diffusé samedi soir un ordre d’évacuation concernant plusieurs communes proches d’Angers dont des secteurs risquent d’être isolés par des crues et des routes inondées dans la nuit de samedi à dimanche.

Cette mesure est valable «pour tous les habitants» demeurant entre la Loire et le Louet, un autre cours d’eau voisin. Les communes principalement touchées sont Les-Ponts-de-Cé et Saint-Jean-de-la-Croix, au sud d’Angers. Pour cette dernière, ce sont près de 900 personnes qui sont concernées. Selon le maire appelé par l’AFP, deux routes sur les trois qui desservent la commune sont interdites ou impraticables à la circulation. La troisième devrait connaitre le même sort dans la nuit de samedi à dimanche. Un centre d’accueil a été ouvert aux Ponts-de-Cé pour les habitants évacués.

77 départements sous l’oeil de Vigicrues

Dimanche, 17 départements de la moitié ouest du pays seront placés en vigilance orange : Ille-et-Vilaine, Morbihan, Loire-Atlantique, Indre-et-Loire, Deux-Sèvres, Charente-Maritime, Charente, Dordogne, Tarn-et-Garonne, Tarn, Gers, Haute-Garonne et Ariège. Les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, l’Aude et les Pyrénées-Orientales s’y sont ajoutées lors du dernier bulletin de Météo France. Au total, 77 départements sont en vigilance simultanément, pour un total de 148 rivières, selon le bulletin Vigicrues de 16 heures. La vigilance jaune s’applique en outre à 130 tronçons et 62 départements. 

Un phénomène de «crue généralisée» qui devrait encore durer, a indiqué samedi la directrice du service Vigicrues, Lucie Chadourne-Facon, assurant ne pas attendre de «retour à la normale pour les prochains jours». «Aujourd’hui, ça fait 30 jours qu’on est en vigilance orange ou rouge discontinue quelque part sur le territoire national […] c’est 81 départements en vigilance simultanément pour 154 rivières, donc on a dépassé tous nos records.»

Vendredi, Lucie Chadourne-Facon soulignait déjà que l’épisode n’était «pas du tout terminé» en raison de nouvelles pluies attendues et détaillait auprès de Libération : «Les pluies ruissellent dans les rivières et on se retrouve avec des bassins très réactifs.» Avec un conseil : «rester loin des cours d’eau, éviter les déplacements et écouter attentivement les autorités locales».

«De nombreux cours d’eau ont déjà atteint des niveaux de débordements localisés, voire dommageables», écrit par ailleurs Vigicrues dans son bulletin de 6 heures, l’organisme décrivant «un niveau de crue généralisé» sur le pays et écartant tout retour à la normale dans les jours qui viennent. «Pour les cours d’eau en vigilance orange ou rouge, des débordements importants et majeurs sont en cours ou attendus dans les prochaines 24 heures.»

La Garonne à son plus haut en cinq ans à Marmande

Après la tempête Nils, qui a causé au moins deux morts en France et fait de nombreux dégâts matériels, Météo France a relevé de «forts cumuls» de pluies «sur des sols déjà détrempés», avec par endroits 60 à 100 mm de mardi à jeudi, «localement 150 mm en 72 heures», notamment sur le Massif central, le Périgord et la vallée de la Garonne.

A Bergerac, en Dordogne, près d’une trentaine de personnes ont fait l’objet d’une évacuation préventive. Même situation vendredi sur les rives de la Garonne, la crue inondant partiellement plusieurs municipalités. Dans le Lot-et-Garonne, «près de 900 personnes ont été évacuées sur 20 communes», notamment «à la suite de l’endommagement de digues naturelles», selon la préfecture d’Agen. A Marmande, dans le même département, le niveau de la Garonne n’a jamais été aussi haut en cinq ans, avec un niveau de crue à 10 mètres.

«On a fait peu d’évacuations dans la nuit qui a été plutôt calme. Mais d’autres évacuations, il y en aura vraisemblablement», précise ce samedi matin le colonel Xavier Pergaud, directeur adjoint du Service départemental d’incendie et de secours du Lot-et-Garonne (Sdis 47). «On s’attend au pic de crue dans la journée, particulièrement dans l’après-midi, de Tonneins à Marmande.» En Gironde, le pic pourrait intervenir dans la nuit de samedi à dimanche, selon la préfecture.

Risque de rupture de digue

A Tonneins (Lot-et-Garonne), une crue de 9,56 mètres a été observée samedi matin, supérieure à la crue de 2021 (9,51 m) - mais loin du record de 1930 (10,72 m), selon Vigicrues. À Marmande (Lot-et-Garonne), on atteignait 10,20 mètres, un niveau sensiblement égal à 2021 (10,22 mètres).

«Le risque aujourd’hui, c’est la rupture de digue […] Après chaque inondation, les digues sont mises à mal. Certaines ont été réparées après 2021. Mais ce sont des centaines de kilomètres de digues qui longent la Garonne, d’Agen à la frontière de la Gironde. Une rupture, ce serait embêtant parce que ça demanderait des évacuations rapides», souligne le colonel Pergaud, du Sdis 47.

La préfecture de Gironde a elle aussi mis en garde vendredi contre une brèche présente sur une digue dans la municipalité limitrophe de Jusix (Lot-et-Garonne), qui menace deux communes et 600 habitants au total. En parallèle, aux abords de La Réole, «des submersions de digues sont attendues». A cet endroit, l’eau arrivait déjà à fleur de digue samedi en début de matinée.

182 000 personnes privées de courant

Selon Lucie Chadourne-Facon, l’indice de l’humidité des sols en moyenne est au plus haut depuis le début de compilation de cette donnée en 1959, avec «des sols saturés qui ont totalement perdu leur capacité d’infiltration». Et ces sols imbibés ralentissent le travail des techniciens venus rétablir les réseaux malmenés par Nils.

Samedi matin à 9 heures, 80 % des foyers avaient pu être réalimentés en électricité au niveau national mais plus de 182 000 restaient privés de courant, selon le gestionnaire de réseau Enedis.

Dans les Landes, quatre personnes ont été légèrement blessées et évacuées vers un hôpital pour une intoxication au monoxyde de carbone en raison de l’utilisation d’«un groupe électrogène pour le chauffage dans un garage attenant à l’habitation», selon les pompiers.

Mise à jour à 20h50 avec les évacuations dans le Maine-et-Loire.
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