Les activités humaines sont bien derrière la canicule qui a sévi en Espagne et au Portugal cet été. La péninsule Ibérique a connu des températures inhabituellement élevées tout au long du mois d’août, dépassant les 40 °C dans de nombreuses régions. «Sans le réchauffement causé par l’homme, des conditions météorologiques aussi propices aux incendies ne se seraient produites qu’une fois tous les 500 ans, au lieu d’une fois tous les 15 ans comme c’est le cas aujourd’hui», explique Theo Keeping, de l’Imperial College London.
Le chercheur, membre du réseau international World Weather Attribution, spécialisé dans la science de l’attribution des événements météorologiques extrêmes au dérèglement climatique, publie une analyse sur le lien entre le réchauffement, principalement causé par la combustion de carburants fossiles, et cette vague de chaleur. Résultat ? Le changement climatique a multiplié par 40 le risque de vagues de chaleur comme celle qui a favorisé les incendies meurtriers en Espagne et au Portugal en août dernier, et a rendu l’épisode 30 % plus intense.
«Braises volantes»
Les conséquences de cet événement extrême ont été lourdes. Selon une estimation rendue publique mardi 3 septembre par l’Institut de santé Carlos III, plus de 1 100 décès en Espagne peuvent être attribués à la canicule du mois d’août. La chaleur persistante a favorisé les feux de forêt, principalement dans le nord du Portugal, ainsi que dans l’ouest et le nord-ouest de l’Espagne, qui ont fait quatre morts dans chacun des deux pays, contraint des milliers de personnes à quitter leur domicile et ravagé de vastes étendues de terres.
Ces périodes de fournaise assèchent rapidement la végétation et sont susceptibles de déclencher des incendies intenses qui «peuvent générer leur propre vent, entraînant une augmentation de la longueur des flammes, des explosions et l’allumage de dizaines de feux à proximité à partir de braises volantes», pointe Theo Keeping.
L’exode rural aggrave l’impact du réchauffement
Autre facteur ayant aggravé l’impact du réchauffement climatique : l’exode rural, qui a laissé de vastes zones de terres moins bien exploitées qu’auparavant, selon Maja Vahlberg, conseillère au Centre pour le climat de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. «Le déclin de l’agriculture et du pâturage traditionnels réduit le contrôle naturel de la végétation, détaille-t-elle. Les terres qui étaient autrefois habitées et exploitées sont donc devenues plus inflammables.»
En Espagne, plus de 380 000 hectares ont brûlé depuis le début de l’année, un record selon le Système européen d’information sur les incendies de forêt (Effis), qui collecte ces données depuis 2006. Le Portugal a de son côté perdu plus de 280 000 hectares.
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La vague de chaleur qui a frappé l’Espagne pendant 16 jours en août a été «la plus intense jamais enregistrée», avec des températures moyennes supérieures de 4,6 degrés à celles observées au moment des précédentes vagues, d’après l’agence météorologique nationale AEMET. Cet organisme espagnol a enregistré 77 vagues de chaleur dans le pays depuis qu’il a commencé à tenir des registres en 1975, dont six dépassants de 4 degrés ou plus la moyenne. Cinq d’entre elles sont survenues depuis 2019.




