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Record

L’électricité éolienne et solaire prend le pas sur les fossiles dans l’UE, mais gare au «chantage énergétique» lié au gaz importé

Le think tank Ember salue un «moment historique» dans un rapport publié ce jeudi, mais s’inquiète de la dépendance européenne aux hydrocarbures russes ou américains.

A Loures, dans le sud du Portugal, en 2022. (Patricia De Melo Moreira/AFP)
Publié le 22/01/2026 à 8h36

C’est une première dans l’Union européenne : en 2025, ses Etats membres ont produit plus d’électricité solaire ou éolienne que d’origine fossile, fait savoir ce jeudi 22 janvier le centre de réflexion Ember dans son rapport annuel. Les deux énergies basées sur le vent et le soleil «ont généré un record de 30 % de l’électricité de l’UE» contre 29 % pour les fossiles. Le rapport, qui souligne un «moment historique», analyse les données de production et de demande d’électricité dans les 27 pays de l’UE en 2025.

Ce record est essentiellement tiré par l’énergie solaire. Sa production a fortement augmenté, jusqu’à représenter 13 % de l’électricité produite de l’UE sur l’année écoulée. L’éolien, tout de même à près de 17 %, a marqué un léger recul à cause d’une météo moins venteuse. Dans le même temps, la production d’électricité issue des centrales à charbon a atteint un nouveau plancher historique (9,2 %), après des années de forte baisse.

«Alors que la dépendance aux énergies fossiles alimente l’instabilité dans le monde, les enjeux de la transition vers les énergies propres sont plus évidents que jamais», souligne Beatrice Petrovich, autrice du rapport. Elle se félicite de la «vitesse» de la transition énergétique de l’Union européenne.

La Suède a dès 2010 franchi ce seuil, suivie par le Danemark en 2015. La France (malgré un gouvernement en plein recul sur l’écologie), le Portugal, l’Espagne et l’Autriche l’ont passé en 2023, avant l’Allemagne (2024) ou les Pays-Bas (2025).

L’Italie, la Grèce, la Pologne et l’Irlande mauvais élèves

Ce tableau comporte quelques ombres : l’Italie, la Grèce, la Pologne ou l’Irlande produisent encore davantage d’électricité à partir d’énergies fossiles. L’UE reste aussi fortement dépendante au gaz importé, dont la production a aussi augmenté. Cette hausse, «conjuguée à la baisse de la production hydroélectrique en 2025, a fait grimper de 16 % la facture des importations de gaz fossile de l’UE et a entraîné des flambées des prix sur les marchés de l’électricité», pointe le rapport.

Cette tendance a maintenu des risques «particulièrement préoccupants» de «chantage énergétique de la part des exportateurs de combustibles fossiles». Une allusion transparente à la dépendance de l’Europe au gaz russe ou aux injonctions américaines de s’approvisionner en pétrole et gaz auprès des Etats-Unis, sur fond de guerre commerciale lancée par Donald Trump.

«Investir dans les énergies renouvelables produites localement constitue une stratégie essentielle pour atténuer ce risque, dans un contexte géopolitique toujours plus instable», souligne le think tank. L’électrification de secteurs comme le transport, l’industrie ou le logement permettent aux Etats de réduire la dépendance aux énergies fossiles tout en décarbonant leur économie.

Cette mise en garde rejoint celle lancée mardi par Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Lequel insiste pour que la sécurité énergétique des Etats soit élevée au rang d’enjeu de sécurité nationale. «L’énergie et la géopolitique ont toujours été intimement liées» mais «je n’ai jamais vu les risques liés à la sécurité énergétique se multiplier à ce point, ni l’ombre menaçante que la géopolitique et le secteur énergétique dans son ensemble projettent sur la sécurité énergétique», a-t-il plaidé à l’occasion du Forum économique mondial de Davos.

Réduire la dépendance au gaz

«Le prochain défi consistera à réduire significativement la dépendance de l’UE au gaz importé, coûteux, estime Beatrice Petrovich. En investissant dans l’ensemble du système électrique pour exploiter le potentiel des batteries, des réseaux et des technologies électrifiées, l’UE peut tirer parti de sa propre production d’énergie renouvelable afin de stabiliser les prix et de se prémunir contre le chantage énergétique.»

Pour asseoir la résilience européenne et renforcer sa souveraineté énergétique, le think-tank préconise d’augmenter les capacités de stockage par batteries, de renforcer les réseaux électriques et d’accroître la flexibilité de la demande (c’est-à-dire ajuster la consommation d’électricité, en temps réel, selon le prix ou des instructions) afin «d’intégrer davantage l’énergie solaire et éolienne au mix énergétique» et de pallier la variabilité et l’intermittence de ces énergies.

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