Le débat sur l’utilité ou non des Conférence des parties dans la lutte contre le réchauffement climatique agite les sphères militantes et scientifiques. Lors de la COP alternative de Bordeaux, organisée par les scientifiques en rébellion, un graphique était présenté. Il montre l’évolution de la concentration en CO2 dans l’atmosphère au cours du temps. Les dates des grandes conférences internationales sur le sujet n’infléchissent pas la tendance, loin de là.
Pourtant le seuil d’alerte défini par le climatologue de la Nasa James Hansen est franchi depuis 1988 (Libération a développé sur son site un moteur de recherche pour trouver la concentration en CO2 au moment de votre naissance). La concentration de carbone dans l’air se mesure en «partie par million», abrégé en PPM, le seuil d’alerte est défini à 350 PPM.
«En 2023, on a émis l’équivalent de 36 milliards de tonnes de CO2 via la combustion de charbon, pétrole et gaz. Il y a trente ans, en 2003, c’était l’équivalent de 22 milliards de tonnes CO2», nous explique Pierre Friedlingstein, professeur à l’université d’Exeter et responsable du Global carbon budget.
Un graphique parlant pour illustrer l’incapacité des dirigeants mondiaux à enrayer les émissions de gaz à effet de serre en raison des activités humaines responsables du réchauffement climatique. Mais «même si des gros efforts étaient faits dès aujourd’hui on verrait quand même la teneur de CO2 dans l’atmosphère progresser tant que les activités humaines continuent à produire du CO2», nuance Roland Seferian, climatologue à Météo France.
Concernant les projections futures, le Groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a noté, au fur et à mesure de ses rapports, une amélioration de la trajectoire de l’humanité à l’horizon 2100. Dans les années 2010, les promesses de réduction des émissions de CO2, emmenaient le monde vers une température de +4 °C par rapport à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, les experts misent sur un réchauffement global de +3 °C. «Les COP n’ont donc pas été complètement inutiles. Les émissions augmentent moins vite que s’il n’y avait pas eu de mesures», positive Jean Jouzel, climatologue et ancien coauteur du Giec.
Reste à savoir si les pays vont tenir leurs engagements. C’est justement l’objet du Global carbon budget de Pierre Friedlingstein. «Les pays s’engagent sur des diminutions d’émissions, il fallait un outil pour vérifier», nous dit-il. Malheureusement, son analyse douche un peu l’optimisme naissant. «On voit des progrès en termes d’objectifs, mais qui ne se traduisent pas en baisse d’émissions des fossiles à l’échelle mondiale», poursuit-il.
Un décalage entre les paroles et les actes donc. Mais des actes tout de même. Valérie Masson-Delmotte, climatologue et ancienne co-autrice du Giec, invite à lire un encadré passé relativement inaperçu dans le dernier rapport de 2023. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat parle de «preuves robustes» indiquant que les politiques mises en place ont «un effet perceptible» sur les émissions de gaz à effet de serre, se traduisant en plusieurs milliards de tonnes d’équivalent CO2 évitées chaque année. Pour elle, les COP sont donc «un cadre important, multilatéral, nécessaire, mais pas suffisant». Nécessaire mais insuffisant, le résumé de toutes les actions pour lutter contre le réchauffement climatique.




