Pour la deuxième fois en une semaine en France, le ciel, si dégagé, va virer au jaune orangé. Du sable venant tout droit du désert du Sahara est attendu au-dessus de nos têtes entre samedi 6 et lundi 8 avril. Contrairement au week-end dernier, où la poussière désertique s’était concentrée sur la partie sud-est du pays, toute la métropole va pouvoir observer ce phénomène spectaculaire. Libération fait le point sur ces nuages de sable dont la récurrence interroge.
Comment la poussière de sable réussit-elle à atteindre la France ?
À l’origine, il y a le Sahara, la plus grande étendue désertique au monde. Lorsque les vents sont suffisamment forts, ils réussissent à soulever les grains de sable, qui, en retombant, se fracturent en poussière, beaucoup plus fine. «Cette poussière désertique s’élève dans l’atmosphère, en altitude, et est transportée sur de longues distances», décrit à Libération Vincent Guidard, chercheur à Météo-France. «Elle se dirige soit vers l’Europe quand le flux est de Sud, soit vers l’Atlantique ou le Moyen-Orient, suivant la période de l’année», complète-t-il. Et en ce moment, les flux d’air ont tendance à remonter vers le nord. En France, la période la plus favorable pour réunir ces conditions se situe entre janvier et avril.
«Toute la France sera plus ou moins touchée ce week-end», ajoute Guillaume Séchet, météorologiste et fondateur du site Météo-Villes. «Ça va commencer dès samedi dans l’ouest du pays, puis le centre et le Nord dimanche, et l’Est lundi», détaille-t-il. Si le ciel n’est pas trop nuageux, il sera donc possible d’observer un changement de couleur un peu partout en France. «Comme le flux est très puissant, et qu’il y a eu beaucoup de production de poussière dans le Sahara, elles sont transportées très loin, jusqu’en Scandinavie», abonde Vincent Guidard.
Quel rapport avec la chaleur attendue samedi ?
Ce flux d’air venant du Sahara ne va pas se contenter d’apporter uniquement du sable. D’après Météo-France, un épisode de douceur «remarquable» est attendu ce week-end, avec des températures avoisinant les 30 °C. «Les deux sont liés, confirme Guillaume Séchet. Le flux de Sud engendre cette remontée d’air chaud et par la même occasion, la poussière». «Pour autant, elles ont des durées de vie différentes», nuance Vincent Guidard. Si la poussière désertique risque de stagner dans l’air jusqu’à lundi, les températures vont rapidement chuter dès dimanche. La faute à d’autres événements météorologiques qui vont s’ajouter. Par exemple, la partie centrale de la France «sera sous les nuages, puisqu’elle sera dans un conflit de masse d’air, avec un air frais venant de l’ouest, donc les températures vont baisser. Mais il y aura encore du sable dans l’atmosphère», développe Guillaume Séchet.
Cette stagnation devrait par ailleurs entraîner une pollution aux particules fines, comme ce fut le cas la semaine dernière. Si le sable ne sera pas directement visible dans l’air, les particules peuvent être respirées en petite quantité. Mais de manière générale, les seules conséquences sont d’ordre esthétique : «S’il pleut entre l’Aquitaine, l’Île-de-France et la Belgique, alors ces précipitations seront chargées de poussière, et seront donc très salissantes», note Guillaume Séchet. Certains Français risquent donc de retrouver leur voiture ou leur vélo légèrement ensablé. «Il y aura éventuellement des dépôts sur les vitres ou les tables dans le jardin, mais ça s’arrêtera là», complète Vincent Guidard.
Le réchauffement climatique a-t-il un lien avec la récurrence du phénomène ?
L’apparition des nuages de sable en France n’est pas un événement inédit. Et les études pour constater une intensification de ce phénomène manquent. «Pour constater l’augmentation des températures, c’est facile : on a des séries de mesure relevées depuis plus de 100 ans, ce qui permet de déceler une tendance. Pour la poussière désertique, les instruments sont plus récents», fait remarquer le chercheur à Météo France. Difficile de conclure, en l’état, que le Sahara envoie de plus en plus de sable dans le ciel français. Et de parfaire : «Des études démontrent qu’avec le changement climatique, d’autres types de sol sont mis à nu, et émettent donc de la poussière désertique en s’érodant : c’est le cas dans les grandes surfaces agricoles, ou des sols autrefois enneigés. Mais le phénomène est moindre, car la surface est beaucoup moins grande que celle du Sahara».
Pour aller plus loin
On n’est loin donc, de connaître une intensification des nuages de sable en France, au point de subir de véritables bourrasques de sable. «Certaines personnes s’imaginent que l’on va finir ensablés, mais on n’en est pas là», rigole Guillaume Séchet. «Les tempêtes que l’on peut voir dans des films comme Dune, avec des vents très violents, ça existe dans certaines parties désertiques du Sahara ou au Moyen-Orient, on appelle ça des haboobs, illustre Vincent Guidard. Mais en France, non, ça n’arrivera pas, pas ce week-end en tout cas !»




