L’hiver approche et les premiers frimas s’installent confortablement. La France traverse son premier épisode de froid de fin d’année, avec des températures de 4 à 6 °C sous les normales de saison, ce qui correspond aux valeurs habituelles des mois de décembre ou janvier.
Après un temps d’une très grande douceur la semaine dernière, générée par une remontée d’air chaud d’origine tropicale – le thermomètre a frôlé les 30 °C dans le Sud-Ouest les 11 et 12 novembre – c’est une masse d’air d’origine polaire qui est progressivement descendue sur le pays à partir de lundi. Ainsi, plusieurs régions ont vu leurs premiers flocons de la saison.
Cet épisode de froid devrait connaître son apogée samedi avec -1 °C à Paris, -4 °C au Mans (Sarthe) et à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), -6 °C à Nancy (Meurthe-et-Moselle), avant un redoux attendu dimanche. Ces grandes fluctuations de températures n’ont rien d’anormal, mais surprennent toujours, notamment dans un climat réchauffé, explique à Libération Matthieu Sorel, climatologue à Météo France.
Quelle est la situation météorologique actuelle ?
La France a connu un épisode de douceur automnale exceptionnelle, avec un mercure historiquement élevé pour la saison. De nombreux records de températures minimales élevées pour un mois de novembre ont été enregistrés. Et cette douceur, notamment marquée la nuit, a été immédiatement suivie d’une première offensive hivernale, avec des températures légèrement inférieures aux normales, des gelées dans plusieurs régions et quelques chutes de neige jusqu’en plaine. C’est le signe que l’hiver arrive, mais le contraste entre ces deux situations est particulièrement saisissant. On a perdu environ 10 °C en quatre jours à l’échelle nationale. J’insiste sur la dimension «nationale», c’est cela qui est notable.
Ces grandes fluctuations de températures sont-elles classiques ?
Oui. Notre base de données montre plusieurs épisodes similaires dans les années passées, tous observés entre novembre et février. Ces fortes baisses de température surviennent parfois lors de l’arrivée d’une vague de froid, même si ce n’est pas systématiquement le cas. Je précise que nous sommes loin d’une telle situation : la France n’a pas connu de réelle vague de froid depuis février 2012, sans compter la «vaguelette» de froid, peu intense, de février 2018 (1).
Quel est le record historique de chute de température en France ?
En février 1956, la France a perdu 18 °C en quatre jours à l’échelle nationale. Localement, la baisse a pu dépasser 20 à 30 °C, avec des gelées très marquées. Cet hiver-là, la France a connu l’une de ses plus grandes vagues de froid du XXe siècle.
Vive l'avant ?
A l’échelle locale, les variations peuvent donc être plus fortes ?
Oui. Par exemple, en été, un orage peut faire chuter la température de 15 à 20 °C en quelques minutes, comme en montagne ou près du littoral, lorsque le vent s’inverse. Par exemple, la galerne au Pays basque peut faire chuter la température de 10 à 20 °C sans précipitations.
A l’inverse, les températures peuvent drastiquement remonter en peu de temps…
Tout à fait. Et cela se produit aussi en période hivernale, généralement à la fin d’un épisode froid, lorsque l’air océanique chasse les masses d’air fraîches. Le record est de + 15 °C en quatre jours à l’échelle nationale, en 1966. Cela est lié au fait que la neige au sol accentue le «refroidissement radiatif», c’est-à-dire que les températures descendent beaucoup plus bas sur un sol enneigé que s’il était recouvert d’herbes ou de béton. Dès que la masse d’air change, les températures remontent vers des valeurs plus normales.
Y a-t-il un lien direct entre ces fluctuations et le changement climatique ?
Les fluctuations rapides relèvent principalement de la variabilité naturelle de la météo, mais le changement climatique influence le curseur : il rend les périodes chaudes plus chaudes, et les périodes froides moins froides. L’épisode de froid actuel aurait probablement été plus intense sans le réchauffement climatique.
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Et peu à peu, on perd l’habitude des températures négatives…
Oui. Cet épisode de refroidissement est marquant pour certains parce que c’est le premier de la saison, qu’il suit une douceur exceptionnelle et parce que nos hivers actuels n’ont plus rien à voir avec ceux de nos parents ou grands-parents. La neige qui tient au sol est devenue plus rare et les vagues de froid sont moins nombreuses, moins intenses, moins longues.
Les températures vont-elles remonter prochainement ?
Une perturbation arrive dimanche par l’ouest avec un léger redoux. En rencontrant l’air froid, elle pourrait provoquer neige, verglas ou pluie verglaçante. Les températures devraient ensuite revenir près des normales, puis être de nouveau légèrement inférieures la semaine suivante. Mais tout cela est à repréciser les prochains jours.




