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Risques de crues en France : «Cela fait 29 jours consécutifs que nous avons des vigilances partout sur le territoire»

Les épisodes de pluies sont incessants depuis le début d’année, gorgeant les sols d’eau et faisant déborder les rivières, notamment dans le Sud-Ouest. Une situation remarquable par sa durée, son ampleur et son étendue géographique.

La Garonne en crue, à Tonneins, dans le sud-ouest de la France, le 13 février 2026. (Christophe Archambault/AFP)
Publié le 13/02/2026 à 18h51, mis à jour le 13/02/2026 à 18h54

Une situation particulièrement critique. La France connaît une période de crues d’une ampleur et d’une durée hors normes, avec 83 départements en vigilance ce vendredi 13 février : 60 sont en jaune partout dans le pays, 23 en orange de l’Aveyron à l’Ille-et-Vilaine, en passant par la Nièvre et le bassin parisien, et deux sont en rouge, la Gironde et le Lot-et-Garonne. «Ça irait plus vite de compter les territoires en vert», remarque auprès de Libération Lucie Chadourne-Facon, la directrice du service central Vigicrues, qui produit des bulletins de vigilance pour l’Hexagone.

Le phénomène est tellement étendu, dit-elle, que l’application et le site web du service d’alerte ont temporairement été saturés par le nombre de connexions simultanées. «Cela fait vingt-neuf jours consécutifs que nous avons des vigilances orange ou rouge partout sur le territoire. En vingt ans que notre organisme existe, c’est un record», affirme encore la spécialiste. «On est sur un phénomène d’une ampleur exceptionnelle, tant par sa localisation géographique, puisque c’est quasiment l’ensemble du territoire qui est concerné, que par la durée du phénomène», a abondé vendredi Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, en appelant «à la plus grande vigilance».

Dans la nuit de mercredi à jeudi, la tempête Nils a apporté des vents d’une rare violence sur le Sud-Ouest et le Roussillon – des rafales de 184 km/h ont été mesurées à Perpignan (Pyrénées-Orientales), et quelque 900 000 foyers ont subi des coupures d’électricité jeudi. Dans les Landes, un chauffeur de camion a été tué dans un accident lié à une chute de branches. Dans le sillage de cette dépression, de forts cumuls de pluie se sont abattus sur le pays. Ainsi, entre le 10 et le 12 février, il est tombé de 60 mm à 100 mm et jusqu’à 150 mm localement en soixante-douze heures, notamment sur l’ouest de l’Auvergne, le Limousin, le nord de l’Occitanie, le Périgord et la vallée de la Garonne. Ces trombes d’eau se sont ajoutées aux nombreuses intempéries de ces dernières semaines, pointe Météo France.

Evacuations préventives

De quoi faire gonfler les cours d’eau, comme dans le sud-ouest du pays, où le débordement de la Garonne et ses affluents, sous surveillance accrue, ont mené à des évacuations préventives. «Il vaut mieux prévoir le pire plutôt que de se retrouver à agir dans l’urgence», a assuré Christian Girardi, le maire d’Aiguillon, une commune de 4 000 habitants dans le Lot-et-Garonne. «On ne peut pas obliger les gens à évacuer mais pour ceux qui voudront, nous sommes prêts. On a réquisitionné le gymnase, installé des lits de camp, commandé des plateaux-repas», a-t-il ajouté. Le pic de la crue devrait être atteint au cours de la nuit de vendredi à samedi ou dans la matinée de samedi, selon Vigicrues.

Mais cet épisode est loin d’être terminé, avec des aggravations probables dans les prochains jours. Entre 10 mm et 30 mm de pluie étaient prévus vendredi sur les Pays-de-la-Loire, l’Ile-de-France et sur la côte Aquitaine jusqu’au Pays basque, rapporte Jérôme Lecou, prévisionniste à Météo France. «Si une légère accalmie est prévue samedi sur l’Ouest, de nouvelles perturbations arriveront dès dimanche, touchant la côte Atlantique jusqu’à l’intérieur des terres, notamment les bassins de la Dordogne, du Lot et de l’Aveyron, détaille le spécialiste. La semaine prochaine s’annonce également très perturbée.»

Ces précipitations pourront générer de nouvelles crues sur des secteurs non touchés jusqu’à présent, comme la Bretagne, la Normandie, l’Ile-de-France, la Nièvre et l’Aude. Mais ailleurs, elles tomberont sur des sols déjà saturés d’eau, avec un taux d’humidité de 75 %. «Cela veut dire que dans les premières couches du sol, il y a plus de liquide que de matière solide, souligne Lucie Chadourne-Facon, qui pointe que l’eau ne peut plus s’infiltrer. Les pluies ruissellent dans les rivières et on se retrouve avec des bassins très réactifs. Une crue peut monter progressivement ou très vite.» «Il faut rester loin des cours d’eau, éviter les déplacements et écouter attentivement les autorités locales», prévient-elle encore, rappelant que le danger est déjà présent lors d’une vigilance jaune.

Episodes de plus en plus intenses

Sans surprise, l’ampleur et la durée de ces risques d’inondations portent la marque du réchauffement climatique. Selon les scénarios des experts du climat, les hivers en France devraient être de plus en plus arrosés à mesure que les températures augmentent, notamment dans le nord et dans l’ouest du pays. En effet, une atmosphère plus chaude peut transporter jusqu’à 7 % d’humidité en plus par degré de réchauffement. «Depuis 2023, on enchaîne des épisodes de plus en plus intenses, observe Lucie Chadourne‑Facon. Il y a eu les inondations dans le Pas-de-Calais en 2023, puis on a battu les records annuels de vigilance orange et rouge aux crues sur l’ensemble du territoire en 2024. Ensuite, on a enchaîné avec des débordements de cours d’eau en Bretagne en 2025, avant de connaître cette situation exceptionnelle en 2026.»

Autre indicateur qui ne trompe pas, selon elle : en ces mois de janvier et février, le pays fait face à des épisodes de fortes pluies venus de l’Atlantique, classiques en période hivernale, mais aussi à des précipitations en provenance de Méditerranée – plus courants en automne –, signe d’un bouleversement des pluies en France.

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