Le seau en plastique est rempli de pissenlits fraîchement coupés. Henriette, canne léopard dans la main droite, couteau de boucher rouillé dans la main gauche, a le front encore ruisselant. Les pentes sont rudes à Escaro, village en cul-de-sac situé dans les Pyrénées-Orientales. Après le bourg, il ne reste que la montagne. Henriette, doyenne des lieux, porte lourdement ses 91 ans. Elle compte préparer les pissenlits en salade, après les avoir lavés à grande eau – son fils adore. Elle se déplace peu et ne pensait pas en trouver autant : la sécheresse frappe le village depuis huit mois, comme tout le département. Les bas-côtés des ruelles jaunissent. Pas de pluie, la rivière qui ravitaille le village tout essoufflée, le château d’eau vidé. Il y a quelques semaines, Henriette aurait eu le robinet coupé sans un ravitaillement en eau potable par des camions-citernes.
Même quand elle secoue sa mémoire, elle ne se souvient pas tel phénomène climatique. La sécheresse est d’ordinaire une compagnonne d’été. Mais durant tout l’hiver ? Henriette n’ose trop s’épancher : son fils est adjoint au maire, et la gestion de l’eau occupe la municipalité à plein temps. Reste qu’à Escaro, ancienne mine de fer, qui rassemble 120 habitants, tout le monde réfléchit. Deux ouvriers devisent




