37 jours de pluie sans interruption, la plus longue période de précipitations jamais enregistrée, des mètres d’eau dans les rues et les habitations, et un épisode exceptionnel «loin d’être terminé». Les crues qui inondent l’ouest de la France depuis plus d’une semaine continuent d’inquiéter la population et les autorités ce vendredi 20 février. Le ministère de l’Economie a appelé les assureurs à «la mobilisation générale». «L’accalmie des pluies qui s’installe ne signifie absolument pas pour nous l’arrêt des crues», a insisté Lucie Chadourne-Facon, directrice du service central Vigicrues, lors d’une visioconférence.
La Gironde et le Lot-et-Garonne ont tout de même troqué la vigilance rouge contre la vigilance orange ce vendredi. Douze autres départements de l’ouest de l’Hexagone sont dans la même couleur. Mais la Loire-Atlantique, la Charente-Maritime et le Maine-et-Loire restent en alerte maximale au moins pour vendredi et samedi. Pour ce week-end, les deux «secteurs principaux de crues» à surveiller, où ces phénomènes sont inhabituels, sont «le secteur d’Angers et la Loire en aval d’Angers» ainsi que «la Charente et Charente-Maritime», a détaillé la cheffe de Vigicrues. Là-bas, «nous sommes encore en montée (des eaux) avant d’atteindre un plateau haut qui restera en place un certain temps».
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Même le temps plus sec annoncé à partir de ce vendredi n’arrangera pas la situation tout de suite. «Globalement les décrues vont être très lentes, vu les niveaux d’eau qu’on a atteints dans les rivières et vu la saturation des sols actuels», a précisé Lucie Chadourne-Facon.
Côté météo, «beaucoup d’incertitudes» demeurent, a reconnu Matthieu Plu, permanencier de prévision pour Météo France. «On a une relative accalmie sur les jours qui viennent, on va le voir à partir d’aujourd’hui [vendredi] et surtout demain [samedi]». Il «pourrait y avoir une nouvelle perturbation» en milieu de semaine prochaine.
Les assureurs mobilisés
Le gouvernement appelle la population à la «plus grande prudence» et à respecter les consignes de sécurité. «Les crues dans l’Ouest exigent une mobilisation totale», a écrit sur X le Premier ministre Sébastien Lecornu. Il promet «une indemnisation au plus vite» pour les victimes des crues. Plusieurs ministres, des professionnels et préfets se sont réunis à Matignon jeudi après-midi.
13 000 foyers étaient encore privés d’électricité vendredi, contre 900 000 au pic il y a une dizaine de jours, rapporte le ministère de l’Economie. Les dégâts ne seront estimés «de manière précise que quand la décrue (sera) déjà très largement engagée», mais le ministre de l’Economie Roland Lescure a d’ores et déjà appelé ce vendredi les assureurs à la «mobilisation générale» pour indemniser rapidement les «dizaines de milliers» de victimes. «Je souhaite aujourd’hui véritablement sonner la mobilisation générale de l’industrie de l’assurance, que tout le monde se retrousse les manches pour qu’on soit aux côtés des sinistrés», a-t-il déclaré en amont d’une réunion avec les représentants de la profession.
Les assureurs sont attendus pour indemniser rapidement les sinistrés de la tempête Nils d’abord, qui a traversé la moitié sud de la France la semaine dernière, et de la tempête Pedro, qui a parcouru le pays d’Ouest en Est cette semaine, et surtout les assurés touchés par des inondations exceptionnelles.
Première réunion mardi
Le locataire de Bercy a également cherché à rassurer les Français en précisant que leurs contrats multirisques habitation (MRH) ou multirisques entreprise couvraient bien contre les tempêtes et les inondations, que la commune soit déclarée en situation de catastrophe naturelle, ou pas. La différence sera essentiellement pour les assureurs, qui pourront dans un cas s’appuyer sur le régime «catnat», un partenariat public-privé porté par la Caisse centrale de réassurance (CCR), et dans l’autre non.
La première commission interministérielle, réunissant notamment les services du ministère de l’Intérieur et de Bercy, se réunira mardi, «avec deux semaines d’avance», afin de dresser une première liste de communes éligibles, a fait savoir le cabinet de Lecornu
Selon les scientifiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), les précipitations vont devenir plus fréquentes à l’avenir et plus intenses en raison de l’évolution du climat, ce qui augmentera les inondations au niveau local. L’imperméabilisation des sols et la suppression des haies, fossés, zones humides, pour privilégier les grandes cultures agricoles, peuvent en aggraver les conséquences.




