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Désastre écologique au Brésil : BHP jugé responsable par la justice britannique

Dans un jugement rendu vendredi 14 novembre, la justice britannique a rendu le géant minier australien responsable de la rupture dévastatrice d’un barrage minier au Brésil en 2015. La décision, très attendue, ouvre la voie à des dizaines de milliards de livres de compensations.

Vue aérienne du fleuve Doce, inondé de boue toxique après la rupture d'un barrage appartenant aux sociétés Vale et BHP, se jetant dans l'océan Atlantique à Regencia, dans l'État d'Espirito Santo, au Brésil, le 24 novembre 2015. (Fred Loureiro/AFP)
Publié le 14/11/2025 à 12h38

Le jugement est tombé, après un procès titanesque, dix ans après une catastrophe écologique historique. Le géant minier australien BHP «est strictement responsable en tant que pollueur des dommages causés par l’effondrement» d’un barrage minier au Brésil en 2015, a estimé la Cour de Londres dans une décision rendue ce vendredi 14 novembre matin. La question des dommages et intérêts pour les 620 000 plaignants recensés doit maintenant faire l’objet d’un deuxième procès, prévu à partir d’octobre 2026. Le groupe a annoncé son «intention de faire appel de cette décision».

Du côté du cabinet Pogust Goodhead, qui représente les plaignants, on se félicite de la victoire. Cette décision «crée un précédent historique en matière de responsabilité internationale des entreprises». Les victimes «peuvent désormais demander des dommages et intérêts en Angleterre.»

Le 5 novembre 2015, une gigantesque coulée de boue de déchets toxiques s’était répandue sur 650 kilomètres le long du fleuve brésilien Rio Doce, jusqu’à l’océan Atlantique. 19 personnes sont mortes, plus de 600 ont été privées de leur foyer, des milliers d’animaux ont été tués et des zones de forêt tropicale ont été dévastées. En cause : la rupture du barrage de Fundao, près de la ville de Mariana, dans le sud-est du Brésil.

Six mois de procès

Le barrage était exploité par Samarco, dont BHP et la compagnie brésilienne Vale étaient copropriétaires. Le géant minier australien avait deux sièges à l’époque des faits, dont un à Londres, ce qui explique cet énorme procès civil dans la capitale britannique. Des experts et victimes s’étaient succédé à la barre de la Haute Cour de Londres entre octobre 2024 et mars 2025.

Les avocats des victimes affirment que BHP était au courant pratiquement dès le début du risque sérieux que représentait cette installation. Le groupe a certes reconnu une «tragédie», mais estime avoir démontré, lors du procès à Londres, qu’elle avait su «privilégier la sécurité et agir de manière responsable».

La décision britannique est contraire à celle rendue il y a un an par un tribunal brésilien. Vale et BHP avaient été relaxés pour absence de preuves sur leur responsabilité dans la rupture du barrage. D’où l’ire des victimes : «Au Brésil, justice n’a pas été rendue», a asséné en mars dernier Pamela Fernandes, la mère d’Emanuele Vitoria, une petite fille de cinq ans morte durant le drame.

Evaluation des dommages et intérêts à 41 milliards d’euros

Dans son communiqué publié après le jugement, l’industriel dénonce la redondance de la procédure britannique «par rapport aux réparations et compensations déjà effectuées au Brésil». «Plus de 610 000 personnes ont déjà été indemnisées» dans le pays, «dont environ 240 000 plaignants de l’action collective au Royaume-Uni ayant signé des renonciations pour les demandes connexes». Elle considère que la solution passe plutôt par cet accord de réparation et de compensation à 170 milliards de reais (28 milliards d’euros), signé l’an dernier dans cet Etat d’Amérique du Sud.

Mais la majorité des 620 000 plaignants recensés lors du procès britannique (dont 31 municipalités brésiliennes, des entreprises et plusieurs peuples autochtones) estiment ne pas être couverts. Ils espèrent obtenir davantage auprès de la justice du Royaume-Uni. Les sommes en jeu ont été évaluées par le cabinet Pogust Goodhead il y a deux ans : il les estimait à quelque 36 milliards de livres (41 milliards d’euros). Mais le montant dépendra du nombre de plaignants acceptés.

La Haute Cour de Londres n’avait pas attendu cette première décision sur la responsabilité de BHP : elle a déjà commencé à organiser la deuxième phase de cette procédure censée déterminer dommages et intérêts. Une autre procédure civile est d’ailleurs en cours depuis 2024, cette fois devant la justice des Pays-Bas.

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