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Gaz à effet de serre : en 2025, la baisse des émissions s’est encore essoufflée en France

Les émissions de gaz à effet de serre ont reculé de seulement 1,6 % l’an dernier, selon les chiffres publiés ce mardi 13 janvier par le Citepa. Près de trois fois moins que le rythme nécessaire pour tendre vers la neutralité carbone.

Le secteur de l’industrie a enregistré une baisse marquée de -3,4 % d'émissions en 2025. (Jean-Marc Barrere/Hans Lucas. AFP)
Publié le 13/01/2026 à 14h43

Mieux que prévu mais toujours insuffisant. En 2025, les émissions de gaz à effet de serre ont reculé de seulement 1,6 % en France, selon l’estimation publiée ce mardi 13 janvier par le Citepa, l’organisme indépendant chargé du suivi de ces émissions. C’est trois fois moins que ce que vise le pays. «Nous devons collectivement nous remobiliser avec l’ensemble des secteurs émetteurs», reconnaît dans un communiqué la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.

Cette «faible diminution des émissions» françaises s’inscrit «en deçà du rythme nécessaire pour atteindre les objectifs 2030» fixés par le gouvernement, souligne le Citepa, soit -4,6 % en moyenne chaque année d’ici 2030, selon la Stratégie nationale bas carbone (SNBC-3), la feuille de route actualisée en décembre pour une France neutre en carbone en 2050.

Le Citepa a toutefois revu à la hausse sa très modeste estimation initiale de -0,8 % annoncée en octobre (il publiera ses données consolidées en juin). L’écart important s’explique par la mise à jour des indicateurs mais aussi par des «corrections méthodologiques», explique l’organisme.

Un relâchement européen

Comme l’Allemagne et d’autres pays riches, la France décélère au lieu d’accélérer sur le climat, malgré les records de chaleur et la hausse tendancielle des factures d’événements météo extrêmes, au moment où la volonté politique s’étiole en Europe. L’Union européenne vise pourtant -90 % en 2040 par rapport à 1990 (elle en était à -37 % en 2023).

En France, le rythme total de baisse en 2025 a été deux, voire quatre fois plus lent qu’en 2022 et 2023 (respectivement -3,9 % et -6,8 %) ; et il avait déjà commencé à s’affaisser en 2024 (-1,8 %). Les transports, les bâtiments (chauffage, climatisation…) et l’énergie sont les secteurs les plus en retard dans leur transition vers le bas carbone. «La France devrait accélérer la sortie des énergies fossiles pour sa propre souveraineté et sa sécurité. Malheureusement, nous en sommes loin», a commenté auprès de l’AFP Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau action climat, qui fédère des associations.

«Il est plus que temps de prendre au sérieux le risque climatique, mais aussi géopolitique que nous fait subir notre dépendance à des énergies fossiles très majoritairement importées, et que la classe politique s’accorde sur des mesures concrètes pour agir, en accompagnant les acteurs les plus impactés», a-t-elle ajouté. Après avoir incité à la sobriété dans la consommation d’énergie après le début de la guerre en Ukraine, la France, comme les autres pays développés, peine à s’attaquer à des secteurs plus difficiles ou coûteux à décarboner, comme les voitures et les immeubles.

Le Haut Conseil pour le climat, organisme indépendant chargé de conseiller le gouvernement, alertait déjà l’an dernier sur la nécessité d’accélérer «fortement» la baisse des émissions, qui dépendait en 2024 «en grande partie de facteurs conjoncturels», comme la météo.

Baisse des émissions liées à l’agriculture

En 2025 en France, les «résultats divergent selon les secteurs, avec un retard plus important en termes de trajectoire pour les secteurs des transports et des bâtiments», observent les experts. L’évolution de l’année passée est permise d’abord par une baisse marquée dans le secteur de l’industrie (-3,4 %) mais sur fond de «diminution continue de l’activité industrielle», en particulier pour la chimie, la production de ciment et la métallurgie.

Suivent l’agriculture, avec une réduction des émissions principalement liée à celle du cheptel bovin, et les transports, avec une baisse des consommations de carburants dans le transport routier. Les émissions du bâtiment sont en légère baisse, en lien avec les variations des consommations de fioul et de gaz naturel, mais très loin de l’effort requis. Enfin, les émissions du secteur de l’énergie sont pour leur part quasi stables, après les importantes baisses de ces dernières années.

Le Citepa note également la légère baisse des émissions liées à la production d’électricité, déjà très décarbonée avec le poids du nucléaire et l’essor des renouvelables, mais limitée par une augmentation attendue dans le raffinage des hydrocarbures, liée à une «reprise d’activité» en 2025.

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