Plus de 25 ans après son naufrage, le pétrolier Erika, qui avait sombré en libérant environ 20 000 tonnes de fioul lourd à la pointe sud du Finistère, fait de nouveau parler de lui. Des oiseaux souillés par un fioul présentant des similitudes avec celui du navire échoué en 1999 ont été retrouvés sur les plages du Finistère, annonce ce jeudi le Cedre, un centre spécialisé dans les pollutions accidentelles des eaux.
Ces oiseaux, pingouins et des guillemots de Troïl (une espèce d’oiseaux marins), au nombre de 15, ont d’abord été recueillis par la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Puis les plumes de neuf d’entre eux ont été envoyées pour analyse au Cedre, précise à Libération Nicolas Tamic, directeur adjoint du centre basé à Brest. Le Cedre possède en effet «plusieurs échantillons de fioul “historique”», qui permet de faire des comparaisons.
D’après les deux premières analyses, «qui consistent à comparer l’hydrocarbure sur la plume de l’oiseau avec celui dont on dispose dans nos échantillons, il y a ainsi de fortes similitudes avec le fioul de l’Erika», détaille le spécialiste. Il concède toutefois que les deux échantillons «ne matchent pas parfaitement à 100 %», ce qui peut s’expliquer par l’état de dégradation du fioul de l’Erika, qui date de plusieurs décennies. Sept autres plumes d’oiseaux, retrouvés principalement dans le sud du Finistère, à Fouesnant, Plouhinec, Pouldreuzic ou Saint-Guénolé doivent encore être analysées ce jeudi.
Selon le centre spécialisé sur les pollutions accidentelles des eaux, ces traces de pétrole présentent un «risque pour la biodiversité», car «dès lors que le fioul englue les plumes, l’oiseau peut se retrouver en risque d’hypothermie».
Des restes de fioul encore présents dans l’eau
Un tel scénario s’était également déroulé en 2019, resitue Nicolas Tamic, avec cette fois des oiseaux mazoutés par un fioul provenant du Tanio, navire échoué en 1980 au large des côtes bretonnes. «C’était exactement le même cas de figure : le fioul du bateau avait été pompé, mais il restait toujours ce qu’on appelle des impompables, c’est-à-dire des petites poches de carburant résiduel qui avaient fini par être relarguées en mer», explique le directeur adjoint du Cedre. Les raisons de ces rejets dans les eaux : «La corrosion du bateau, la dégradation de l’épave ou encore des vagues trop puissantes.»
A lire aussi
La lie des «impompables»
Les deux morceaux de l’épave de l’Erika, éloignés de 10 km l’un de l’autre, gisent eux à environ 120 mètres de profondeur, à une cinquantaine de kilomètres au sud de la pointe de Penmarc’h (Finistère).
Le pétrole de l’épave avait été pompé à l’époque mais «quand un bateau est pompé, on ne peut pas le pomper intégralement», explique Nicolas Tamic. Des «impompables» restent toujours présents dans «des endroits inatteignables par les services chargés de récupération de type de produits».
A présent, un «dispositif de surveillance et d’intervention» autour de l’épave «est étudié», a indiqué à l’AFP le capitaine de frégate Guillaume Le Rasle, porte-parole de la préfecture maritime de l’Atlantique. «Si on veut objectiver les choses, il va falloir aller regarder», a-t-il ajouté, sans donner plus de précision sur la date de déploiement de ce dispositif, soulignant qu’il s’agit de «moyens très sollicités» et d’une «logistique lourde» pouvant faire intervenir des plongeurs ou un véhicule sous-marin téléopéré (ROV).




