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Justice climatique : un jugement historique aux Pays-Bas, sommés de mieux protéger l’île de Bonaire

Reconnaissant que les habitants de l’île caribéenne étaient «traités différemment sans raison valable», un tribunal néerlandais a ordonné à l’Etat, ce mercredi 28 janvier, d’agir contre la montée des eaux et le réchauffement climatique. «Un précédent d’importance mondiale», salue Greenpeace.

«Le gouvernement néerlandais n’en fait pas assez pour protéger les habitants de Bonaire du changement climatique et de ses conséquences», a acté le tribunal de La Haye. (Stephan Kogelman/AFP)
Publié le 28/01/2026 à 19h32

Victoire historique pour Bonaire. Cette petite île caribéenne, territoire néerlandais, se plaignait d’un manque de protection face au changement climatique et a obtenu raison ce mercredi 28 janvier. Des habitants insulaires se sont associés à Greenpeace dans une action en justice exigeant des mesures concrètes de l’Etat pour les protéger de la montée des eaux. «Le gouvernement néerlandais n’en fait pas assez pour protéger les habitants de Bonaire du changement climatique et de ses conséquences», a déclaré Jerzy Luiten, juge du tribunal de La Haye. Les habitants de Bonaire sont «traités différemment des habitants des Pays-Bas européens, sans raison valable», a-t-il ajouté. Or, «il existe d’importantes différences géographiques et climatiques entre Bonaire et les Pays-Bas européens», a-t-il poursuivi.

«Il s’agit d’une victoire véritablement historique. Les habitants de Bonaire obtiennent enfin la reconnaissance que le gouvernement les discrimine et doit les protéger des vagues de chaleur extrêmes et de la montée des eaux», a salué Marieke Vellekoop, directrice de Greenpeace Pays-Bas. «Les juges nous ont vraiment écoutés, et j’en suis extrêmement heureuse, a abondé auprès de l’Agence France-Presse Jackie Bernabela, une soixantenaire venue de Bonaire pour assister au jugement Ce qui m’a vraiment marquée, c’est quand le juge a parlé de discrimination. Nous avions vraiment l’impression d’être traités comme des citoyens de seconde zone.»

«Objectifs clairs et contraignants»

Les Pays-Bas, dont une partie du territoire est située sous le niveau de la mer, sont historiquement pionniers dans l’édification de digues et de barrages. Mais se protéger n’est pas suffisant, l’atténuation du changement climatique est aussi cruciale. Le tribunal a ordonné à l’Etat «d’établir, dans un délai de dix-huit mois, des objectifs clairs et contraignants pour l’ensemble de l’économie néerlandaise en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre». Il a également intimé au pays «d’élaborer un plan d’adaptation incluant Bonaire et applicable en 2030».

En juillet, la Cour internationale de justice avait statué, dans un avis consultatif, que les Etats qui ne respectaient pas leurs obligations en matière de climat commettaient un acte illicite. Le dossier Bonaire crée désormais «un précédent d’importance mondiale» car il représente le premier cas majeur depuis cet avis, souligne Greenpeace. Les plaignants souhaitaient également que les Pays-Bas réduisent leurs émissions de CO2 à zéro d’ici à 2040 et non 2050, comme convenu au niveau de l’Union européenne. Le tribunal a rejeté cette demande.

«Le changement climatique n’est pas une menace lointaine»

Selon les militants, qui s’appuient sur une étude de l’Université libre d’Amsterdam, la mer pourrait engloutir, d’ici à la fin du siècle, jusqu’au cinquième de la superficie de Bonaire, une ancienne colonie des Pays-Bas dans les Antilles néerlandaises, devenue une municipalité de quelque 27 000 habitants. La Haye soutient qu’il incombe aux autorités locales de mettre en place des mesures. «Le changement climatique n’est pas une menace lointaine pour nous, a expliqué lors d’audiences, l’année dernière, Onnie Emerenciana, un agriculteur de l’île. Là où nous avions l’habitude de travailler, de jouer, de nous promener ou de pêcher pendant la journée, la chaleur est désormais souvent insupportable.»

Les actions en justice liées au climat sont de plus en plus fréquentes dans le monde, la plupart visant des gouvernements. Les plaignants font régulièrement valoir qu’un nombre relativement restreint de pollueurs sont la cause majeure du changement climatique ainsi que des phénomènes climatiques extrêmes et de la montée des eaux qui y sont liés. L’avis de la Cour internationale de justice, qui avait été sollicité par les Nations unies, avait pour objectif de clarifier le droit international en matière de changement climatique. Considéré comme une victoire des défenseurs de l’écologie, il stipule que les pollueurs pourraient être tenus de verser des réparations aux pays victimes de dommages climatiques.

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