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Etude

Dans les pneus de nos voitures, des particules polluantes à fond la gomme

Une étude de l’ONG Agir pour l’environnement s’intéresse à la composition des pneumatiques, qui rejettent chaque année en France 50 000 tonnes de particules et renferment plusieurs centaines de molécules dangereuses pour la santé et les milieux naturels.

Au total, 1 954 molécules différentes et toxiques ont été répertoriées, pour une moyenne de 800 molécules par pneu. (Hans Barten/Getty Images)
Par
Swann Deseine
Publié le 05/11/2025 à 18h13

C’est une pollution qui reste souvent hors radars, bien moindre en quantité que les 68 millions de tonnes de gaz effet de serre émises par les pots d’échappement des voitures de particuliers en France. Mais le chiffre alerte sur un risque environnemental et sanitaire notoire : chaque année, l’usure des pneus rejette près de 50 000 tonnes de particules dans l’environnement.

C’est le résultat d’une enquête de l’association Agir pour l’environnement, publiée lundi 3 novembre, qui dénonce un «cocktail toxique» à l’origine des pneus automobiles. Les analyses ont été menées par le laboratoire Emission Analytics qui a dressé la liste des composés organiques présents dans une sélection de six pneus «tout-temps» (utilisés par plus de la moitié des Français) produits par les marques les plus achetées sur le marché européen : Bridgestone, Continental, Goodyear, Hankook, Michelin et Pirelli.

Des substances comme le benzène, le toluène, ou l’anthracène, largement identifiés, sont présentes dans les toutes les gommes étudiées. Mais elles sont loin d’être les seules sur la liste alarmante que dresse l’étude. Au total, 1 954 molécules différentes ont été répertoriées, pour une moyenne de 800 molécules par pneu.

Conséquences sur la santé et l’environnement

Parmi elles, 785 sont associées par l’Agence européenne des produits chimiques à «des risques sévères pour la santé humaine et /ou l’environnement», 112 représentent des risques de types cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, et une quarantaine sont même classées comme mortelles, en cas d’ingestion, d’inhalation, ou de contact cutané.

Outre les conséquences sur la santé, 260 molécules ont identifiées sont toxiques pour l’environnement : les microparticules libérées par l’usage des pneus se retrouvent dans les sols, le cycle de l’eau ou l’atmosphère, où elles contribuent à la pollution aux particules fines. Plus généralement, les pneus sont des matériaux peu recyclés qui génèrent des liquides de fermentation et des eaux de ruissellement toxiques.

Face aux risques de diffusion de ces molécules dans l’environnement et d’ingestion, Agir pour l’environnement demande la levée du secret industriel et la mise en place d’un étiquetage européen des pneus pour plus de transparence sur leur composition, conformément aux règlements de l’Union européenne, qui impose d’informer les consommateurs sur les dangers des substances posant des risques sanitaires et environnementaux. L’association exhorte enfin l’UE à «renforcer sa régulation du problème des particules fines et ultrafines émises par les pneus».

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