Ils se sont baptisés «Darkwater3M», en référence au film Dark Waters racontant l’histoire du combat judiciaire qui a été mené aux Etats-Unis contre le groupe DuPont après la contamination d’un réseau d’eau potable par de l’acide perfluorooctanoïque (PFOA). En Belgique, un millier de riverains vivant aux abords d’une usine chimique 3M réclament à l’exploitant des indemnisations pour les avoir exposés pendant des années aux rejets de composants de la famille des PFAS, produits chimiques de synthèse contaminent tout ou presque : l’air, les poussières, les sols, les rivières, les nappes phréatiques, les plantes, les fruits, les poissons… Le procès s’ouvrira ce mardi 24 février.
Située à Zwijndrecht, près du port d’Anvers, l’usine inaugurée dans les années 1970 est au cœur d’un scandale depuis 2021. A l’occasion d’un chantier routier, des niveaux de pollution anormaux ont été révélés dans les eaux souterraines et les sols, à proximité du site. Une campagne de prélèvements sanguins a ensuite confirmé l’exposition de centaines d’habitants en particulier à une concentration très haute de PFOS, à ne pas confondre avec son proche cousin des multiples composants chimiques de cette famille de «polluants éternels».
Enquête
Le groupe 3M, connu pour son Scotch et ses Post-it, assure ne plus produire de substances chimiques perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (Pfas) depuis 2024 dans cette usine. Mais elles mettent des milliers d’années à se décomposer dans l’environnement.
20 000 euros de «compensation provisionnelle» demandés
Cosmétiques, ustensiles de cuisine, emballages… Les PFAS sont abondamment utilisés par l’industrie pour leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes ou leur résistance à la chaleur. Ils peuvent avoir des effets délétères sur la santé, avec l’augmentation du taux de cholestérol et de certains cancers, des incidences sur la fertilité et le développement des fœtus.
Le procès, prévu sur trois jours à partir de mardi après-midi à Anvers, se tient devant un juge de paix, auquel les plaignants demandent de juger 3M responsable de «troubles de voisinage excessifs», avec à la clé l’octroi d’indemnités compensatoires. Gert Lenssens, l’avocat qui défend le collectif, assure qu’en 2023, une famille se disant victime de ce voisin pollueur a déjà obtenu gain de cause devant ce même juge, ce qui a gonflé ensuite le nombre de riverains associés à la procédure.
Disant représenter quelque 1 400 plaignants, Me Lenssens réclame pour chacun d’eux 20 000 euros de «compensation provisionnelle», dans la perspective de leurs besoins futurs. Soit près d’une trentaine de millions d’euros en tout. «C’est important car une maladie peut mettre plusieurs dizaines d’années à se déclarer, comme on l’a vu avec l’amiante», souligne Me Lenssens. Autre type de préjudice potentiel, selon lui : la perte de valeur d’une maison au moment de sa revente.
Opération de dépollution des sols
Après les arguments des plaignants, le juge entendra ceux du groupe américain. A l’issue de la dernière audience, jeudi, la décision sera mise en délibéré. Elle n’est pas attendue avant au moins un mois.
Le groupe 3M a rappelé à l’AFP qu’il participait actuellement à une vaste opération de dépollution des sols à Zwijndrecht, conformément à un accord conclu en 2022 avec les autorités de Flandre. En juillet 2022, le gouvernement régional et 3M Belgique avaient annoncé un accord à l’amiable au terme duquel l’industriel s’engageait à dépenser un demi-milliard d’euros dans des mesures dites de «réparation». «En Europe, c’est la première fois qu’on nettoie les Pfas à une si grande échelle», soulignait Philippe Goossens, le gérant du site, à Libération en mai.
Cinq mois plus tard, le groupe du Minnesota, déjà confronté à des procédures judiciaires liés aux PFAS aux Etats-Unis, avait annoncé qu’il supprimerait ces substances chimiques de tous ses processus de fabrication au plus tard fin 2025. A Anvers, la procédure civile devant le juge de paix a été initiée parallèlement à une enquête pénale, toujours en cours.




