A deux jours de l’arrivée des dirigeants mondiaux à Belem pour la COP30, le bilan est tombé : les engagements des pays dirigent le monde vers un réchauffement très au-delà de ce que vise l’accord de Paris, alerte l’ONU ce mardi 4 novembre. Le réchauffement est attendu entre 2,3°C et 2,5°C au cours de ce siècle, si les feuilles de routes climatiques des pays sont intégralement mises en œuvre, selon les nouveaux calculs de l’ONU Environnement (PNUE).
Le monde continue à brûler toujours plus de pétrole, de gaz et de charbon, ce qui a conduit à une augmentation très forte (+ 2,3 %) des émissions de gaz à effet de serre en 2024, selon le nouveau rapport. Les principaux responsables de la hausse, en valeur absolue, sont l’Inde et ses 1,46 milliard d’habitants, suivie par la Chine, la Russie et l’Indonésie. Les émissions de l’Union européenne ont continué à reculer mais celles des Etats-Unis ont cessé de baisser (+ 0,1 %).
Décryptage
Le texte adopté par consensus mondial à Paris il y a dix ans vise à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale «bien en dessous» de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et d’essayer de la contenir à 1,5°C, limite qui sera quasi certainement franchie au cours des prochaines années.
«Notre mission est simple, mais pas facile : il nous faut faire en sorte que tout dépassement soit aussi faible et aussi bref que possible», a réagi Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, qui concédait en septembre que l’objectif de 1,5°C était «sur le point de s’effondrer». Il appelle ainsi à «réduire à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre» d’ici à 2050 pour espérer «ramener l’augmentation de la température mondiale en dessous de 1,5°C d’ici à la fin du siècle», dans une déclaration vidéo.
Les engagements américains caducs avec Trump
La nouvelle fourchette de température publiée ce mardi montre une amélioration d’environ 0,3°C par rapport à l’an dernier mais bénéficie aussi de changements méthodologiques (de l’ordre de 0,1°C) et inclut les engagements américains formalisés sous Joe Biden, qui sont donc en réalité caducs (pour encore 0,1°C) - depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.
Sur la seule base des politiques actuelles, donc sans tenir compte des engagements à faire mieux, le réchauffement irait jusqu’à 2,8°C (contre 3,1°C l’an dernier), calcule l’ONU.
Interview
Ces nouvelles estimations se fondent sur les feuilles de route 2035 que les pays devaient publier avant la COP30 (10-21 novembre), une obligation de l’accord de Paris. Mais moins d’un tiers des nations l’ont fait à temps. Les chefs d’Etat et de gouvernement, réunis par le président brésilien Lula jeudi et vendredi dans la ville amazonienne de Belem, seront confrontés à leur échec collectif à tenir, pour l’instant, les objectifs de l’accord de Paris.
«Nous avons encore besoin de réductions sans précédent des émissions de gaz à effet de serre, dans un délai de plus en plus court, dans un contexte géopolitique difficile», résume Inger Andersen, cheffe de l’ONU Environnement.
De leur côté, les scientifiques insistent sur le fait que chaque fraction de degré de réchauffement augmente l’intensité des cyclones et des canicules, et réduit les chances des coraux de survivre.




