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Décryptage

Vigilance rouge, indice de risque de 5/5, stations fermées… Les Alpes face à une menace d’avalanches rarissime

D’importantes quantités de neige tombent ce jeudi 12 février sur les Alpes du Nord, entraînant la fermeture de routes et de domaines skiables, face au risque maximal d’avalanches potentiellement dévastatrices.

Un sauveteur à la recherche d'une victime d'avalanche dans le massif des Ecrins (à cheval sur l'Isère et les Hautes-Alpes). (Jeff Pachoud/AFP)
Publié le 12/02/2026 à 17h55, mis à jour le 12/02/2026 à 18h01

C’est un épisode neigeux peu commun, même pour nos chevronnés territoires de montagne. Vents forts, gros flocons humides et visibilité quasi nulle : les Alpes endurent, ce jeudi 12 février, des conditions météorologiques particulièrement difficiles, entraînant une exacerbation du risque d’avalanches, alors que le début de l’hiver a déjà été marqué par plusieurs morts. Le département de la Savoie, plus précisément le massif de la Haute-Tarentaise, a ainsi été classé en vigilance rouge pour toute la journée par Météo-France. Dans son bulletin de 16 heures, l’organisme évoque «une situation avalancheuse remarquable, et même exceptionnelle» sur cette zone et du côté du Mont-Blanc. Une alerte rarissime, survenue à seulement deux reprises en France : en 2013 dans les Pyrénées, et en 2018 en Haute-Maurienne. Preuve de la gravité de la situation, la commune de Tignes en Savoie a décrété un confinement total dans la nuit de jeudi à vendredi, de 23 heures à 6 heures.

«Lors d’une vigilance orange avalanches, le risque se concentre essentiellement sur les routes de montagne. Alors qu’en vigilance rouge, les zones habitées peuvent aussi être touchées», développe Gilles Brunot, nivologue spécialiste dans la prévention du risque d’avalanche chez Météo France. Les chutes de neige, déjà bien installées depuis plusieurs jours, ont été accentuées par la tempête Nils, qui frappe ce jeudi la côte atlantique et a fait un mort. La perturbation renforce également le vent en montagne, sans qu’il soit «tempétueux pour autant», nuance le météorologue.

«Ensevelir ou détruire des habitats et des forêts»

Fait tout aussi exceptionnel, l’échelle européenne de risque d’avalanches, qui va de 1 à 5, est elle aussi à son niveau maximal ce jeudi. Plusieurs massifs (Chablais, Aravis, Mont-Blanc, Beaufortain, Haute-Tarentaise, Vanoise et Oisans) ont été classés en risque 5/5, ce qui signifie que «l’instabilité du manteau neigeux est généralisée» et que «de nombreux départs spontanés de très grandes avalanches, parfois d’ampleur exceptionnelle, sont à attendre, y compris en terrain peu raide». Concrètement, explique Stéphane Bornet, directeur de l’Association nationale pour l’étude de la neige et des avalanches (Anena), «pas besoin du passage d’un skieur pour qu’une avalanche se déclenche».

Le dernier élément qui permet de mesurer la dangerosité des avalanches, c’est leur taille, elle aussi classée sur une échelle de 1 à 5. «Actuellement, on connaît un risque de taille 4, ce sont des avalanches qui peuvent ensevelir ou détruire des habitats et des forêts, développe Stéphane Bornet. Elles peuvent parcourir plusieurs kilomètres, traverser des terrains plats et atteindre des fonds de vallée». Car d’ordinaire, les coulées de neige s’arrêtent logiquement à la fin d’une pente.

Face aux risques, plusieurs stations ont fermé leurs remontées mécaniques, afin de dissuader quiconque de s’aventurer en montagne. C’est le cas de la Plagne, domaine savoyard parmi les plus grands du pays, où plus d’1,60 m de neige a été relevé à 2 000 mètres d’altitude. Le manteau blanc mesure même 2 mètres en haut des pistes, à 3 000 mètres d’altitude. Les avalanches peuvent «partir de n’importe où, à tout moment», a prévenu le maire de la ville, Jean-Luc Boch, lors d’un point presse sous la neige. D’où la décision rare de fermer le domaine, malgré une perte économique certaine en pleines vacances scolaires, car «la sécurité prime sur tout le reste».

«On revient à la montagne sauvage»

Même chose à Chamonix, en Haute-Savoie, aux pieds du Mont-Blanc, où l’on est habitué à de tels risques. La station a été entièrement fermée ce jeudi. Son maire Eric Fournier, tente de rassurer : «Pour un mois de février, des quantités de neige de l’ordre de 80 à 150 cm en 24 heures, ce n’est pas anormal, bien que cela n’arrive pas chaque année.» Il est même courant, chaque hiver, de voir les remontées mécaniques à l’arrêt, dès que le manteau neigeux est trop important ou imprévisible. Ce qui est plus rare, en revanche, c’est la fermeture des routes : la vallée haute de Chamonix est totalement coupée du monde, notamment la commune de Vallorcine, nichée à 1 300 mètres d’altitude. D’autres dispositifs ont été mis en place, avec des services de secours prépositionnés sur les villages concernés. «L’aléa est important, nous sommes dans une période d’extrême prudence», concède Eric Fournier.

Outre le ski de piste, il est fortement déconseillé aux promeneurs à raquette ou à ski de randonnée de se rendre en montagne. Bien que «la montagne soit un espace de liberté», comme l’assure le maire de La Plagne, affronter le blizzard, c’est prendre des risques pour soi-même mais aussi en faire prendre aux autres, notamment «les secouristes qui vont aller sauver, aux habitants en aval qui risquent d’être ensevelis par un déclenchement causé par cette personne… On doit tous être vigilants et prudents», martèle l’élu. A ses côtés, le directeur de la sécurité des pistes de la Plagne, Luc Nicolino, abonde : «Même sur un domaine skiable aménagé, avec ces conditions, on revient à la montagne sauvage et tous ses risques. Et là, ça ne pardonne pas».

Une accalmie est tout de même envisagée cette nuit, avec le rabaissement de la vigilance rouge à orange en Savoie et du risque d’avalanches à 4/5 sur les massifs alpins. Les villes montagnardes ont d’ores et déjà prévu de réaliser des déclenchements préventifs dans les prochains jours, c’est-à-dire de provoquer artificiellement et en toute sécurité des avalanches, afin d’écarter le risque naturel. De quoi permettre la réouverture des domaines. «Il ne faut pas traduire la baisse du risque par une baisse de vigilance. Un indice 4/5 reste considérable et est lui aussi assez rare», met en garde Stéphane Bornet de l’Anena. La menace ne disparaît pas, et peut être «cachée par la beauté de nos montagnes, appuie Luc Nicolino. La première envie que l’on a, c’est d’aller faire de belles traces. Mais sous ce beau manteau blanc, il y a un vrai danger». Le soleil, censé réapparaître ce week-end, va rapidement être remplacé par de nouvelles chutes de neige, attendues dès lundi.

Mis à jour à 18 heures avec le confinement de Tignes.

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