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Libération
Éditorial

Ruée du public vers ""le Cinquième élément"". Tarte à la crème.

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publié le 14 mai 1997 à 2h51

On ne fera pas mine de découvrir l'eau chaude. L'art et le commerce

évoluent dans des sphères différentes. La belle affaire! Au théâtre, au cinéma, il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, que le succès «critique» accompagne le succès «commercial», et réciproquement: quelle nouveauté? Le marché n'a pas de goût: singulière découverte. En France, Jean Lefebvre, au théâtre, ou hier Delon-flic dans les films de Deray caricaturaient cette coupure fondamentale entre l'art et la soupe. Stallone ­ qui a ses qualités ­ n'a pas besoin d'une critique du New York Times, et les pitreries de De Funès ­ qui n'en manquait pas ­ se passaient de commentaires" Tout cela est à peu près vieux comme le cinéma (remplaçons au choix: la littérature, le théâtre, la peinture"). Mais le succès ­ à dire vrai attendu ­ du dernier film de Luc Besson relève d'une autre analyse, et pose un autre problème. Au-delà ­ ou à côté ­ de la vieille tarte à la crème critique/public. D'autant que dans son cas précis, la critique a été plutôt divisée ou nuancée, jusque dans ses rangs les plus cinéphiliques, français ou américains. L'esquisse de nouveauté est que le Cinquième Elément semble incarner l'arrivée d'un genre de produits du troisième type, de films-ovnis qui se situent «hors champ» par rapport à la critique habituelle. Ni scandaleux ou putassier ­ sur le plan éthique, s'entend ­ , rigoureusement premier degré, ratissant délibérément large et à vocation plutôt universaliste (le Cinquième Elément n'est pas