Guilhem Chéron a cofondé en 2011 la Ruche qui dit oui !, une plateforme qui met en relation consommateurs et agriculteurs pour court-circuiter la grande distribution et favoriser l’agriculture locale.
Qu’est ce qui vous a poussé à monter la Ruche qui dit oui ! ?
A la base, je ne suis pas entrepreneur, cela n’a jamais été une obsession de monter une entreprise. A l’origine, je suis designer et j’ai une certaine culture du projet. Je me suis beaucoup intéressé à la nourriture. A la fin de mes études, je suis parti à Cuba pour monter un resto végétarien. La bouffe, c’était vraiment le sujet qui m’éclatait et moi mon obsession c’est la cuisine domestique, celle du quotidien. Après dix ans de design, j’avais envie de me poser, j’avais un peu d’argent de côté et j’ai voulu faire un truc qui fasse une synthèse de tout ce que j’avais pu voir. Comment peut-on faire pour bien manger et soutenir une bonne agriculture ? C’est ça, qui a motivé le projet.
C’est parti d’une forme de militantisme ? Quel a été votre principe moteur ?
Le principe moteur, c’est le soutien à une agriculture différente. Je ne suis plus PDG de la Ruche qui dit oui ! depuis à peu près un mois. Je me suis détaché pour travailler sur un sujet fondamental qui est celui de l’installation et de la formation agricole. «Militantisme», je trouve ce mot atroce. J’ai juste voulu créer un outil pour soutenir une agriculture marginale qui est pourtant un objet social et économique phénoménal. Je ne suis pas un militant. Être étriqué d’esprit, sûr de soi, ce n’est pas mon univers. Après aujourd’hui, soit on est militant et on est une association, soit on est une boîte capitaliste et on est méchant… Mais non, c’est plus complexe que ça et je pense que c’est en réunissant des gens différents qu’on arrive à trouver des solutions.
Vous ne craignez pas que l’entrepreneuriat social ne soit perverti par l’économie capitaliste telle que l’on la connaît ?
Cela arrive avec toute chose, c’est une déviance naturelle de nos sociétés. Ça ne me fait pas peur et je trouve même ça plutôt intéressant. Les paradoxes sont partout. La Ruche qui dit oui ! vient de renouveler son agrément ESS (Economie sociale et Solidaire) octroyé par l'Etat mais dans l'ensemble, nous préférons ne pas trop nous prendre la tête avec toutes ces questions.
Vous pensez qu’enfermer les entreprises, qu’elles soient sociales ou non, dans des cases est contre-productif ?
Il y a eu des débats très intéressants sur l’ESS à l’époque où Benoît Hamon était ministre délégué à l’économie sociale. Qu’on en parle, c’est vachement bien mais définir une entreprise, c’est plus complexe que ça. La Ruche compte 8 000 producteurs, elle est dans six pays, c’est une grosse machine et ça a inspiré pleins de trucs. Le fait que l’ESS soit quelque chose qui se développe de manière foisonnante et parfois différente des standards habituels n’est pas un problème. Défendre la pureté des choses, ça ne marche pas. Il faut accepter que les choses soient tordues, déviantes. Il n’y a pas plus intéressant que la déviance.




