La question de l'utilité du travail quand on est agriculteur ne se pose pas souvent. Sauf peut-être à Eus, dans les Pyrénées-Orientales. «J'ai besoin de savoir si le mal qu'on se donne sert à quelque chose», confesse Michel Bachès, pépiniériste et agrumiculteur. Son épouse et collègue, Bénédicte, tempère : «Il est un peu amer en ce moment.» Elle accuse l'âge - Michel a 60 ans, la retraite en ligne de mire - de le rendre anxieux. Le couple nous reçoit dans son mas sombre, encombré de babioles. On devine que ce n'est pas là qu'ils passent leur temps, mais un peu plus loin, dans les serres vertes, vivifiées de taches roses, jaunes ou orange, où ils font pousser près de 1 500 variétés d'agrumes différentes.
Après la banane, les agrumes sont les fruits les plus mangés au monde. Ceux des Bachès ne se trouvent pas dans le commerce. Ils n’ont ni clémentine ni orange. Mais possèdent ceux au nom exotique dont on hésite sur l’orthographe. Comme le kumquat, l’agrume idéal : sans pépin, il se mange tout entier, avec la peau tendre, légèrement amère, qui équilibre la chair plus acidulée. Ou les combavas, des citrons verts à la peau grumeleuse, dont l’écorce dégage une odeur de citronnelle et libère une huile essentielle quand on la frotte. Quand ce n’est pas l’appellation qui surprend, c’est le contenu : le citron caviar ressemble à une petite saucisse dont la peau marron abrite des perles croquantes vieux rose au goût d’abord citronné, auquel s’ajoute une étonnante point




