«C’est riche, c’est si riche !» L’expression ne provient pas d’un débat sur le budget ou la taxe Zucman, non, elle est signée Laure, étudiante de 23 ans, interrogée dans la journée de ce samedi 8 novembre dans les allées de la Cité de la musique à Paris, où se tenait la deuxième édition des 24h de Libé. On s’inquiétait de la satisfaction des lectrices et lecteurs : visiblement, c’est réussi. Débats, conférences, rencontres et même spectacle ont rythmé cette journée autour d’un thème : «Qui a peur de la vérité ?» On n’a pas peur de la vérité, on n’a pas peur non plus des journées bien remplies. La preuve.
8h45, «je suis un joueur de Scrabble»
Les billets des 24h de Libé indiquaient une ouverture à 9 heures, et pourtant, plusieurs minutes avant, une trentaine de personnes attendaient devant les portes. Des ultrafans, comme François, abonné numérique à Libé, 79 ans. De cette journée, il attend de «monter d’un cran dans la compréhension de l’actu et de comment on la fait». Et de pouvoir rencontrer celles et ceux qu’il lit chaque jour. Il cite Thomas Legrand, Jonathan «euuuuh...», Bouchet-Petersen, complète-t-on, et Alexandra Schwartzbrod. «Je suis un joueur de Scrabble : j’ai constaté que dans Schwartzbrod, il y a 12 lettres dont deux voyelles.»
9h30, «c’est ça une journée calme à Libé ?»
Telle la billetterie d’Aya Nakamura au Stade de France, la conférence de rédaction de Libé en public affiche complet. Cheffes et chefs de services déroulent leurs propositions pour l’actu du jour à paraître sur le site de Libé et dans l’édition imprimée qui sera en kiosques lundi matin. Dans la salle, Florine et Louise, étudiantes en journalisme au Celsa, sont surprises : «Au début de la conférence, ils ont dit que c’était une journée très calme et ensuite ils ont fait une liste très longue de sujets. C’est ça une journée calme ?» Pouvoir discuter avec les journalistes est aussi l’occasion idéale de se faire un réseau : une demande de stage devrait atterrir du côté de Lilian Alemagna, au service politique.
10 heures, «j’ai gagné, donc je fais ce que je veux»
La matinée débute vraiment avec les premières conférences et rencontres. Opposant politique russe «en exil contraint et forcé en France», Ilia Iachine raconte au public la difficulté de coordonner la lutte contre Poutine depuis l’étranger : «Cette guerre ne fait pas que détruire l’Ukraine, elle nuit énormément à la Russie et aux Russes.» Le thème de la vérité fait rapidement intervenir le nom des affreux de notre époque, Trump en tête. Serge July l’évoque longuement avec Dov Alfon : «Mettre en échec la vérité et les médias est le propre de tous les politiques qui sont pour l’autoritarisme. Le principe de Trump, c’est : j’ai gagné, donc je fais ce que je veux.»
11 heures, «une confrontation intéressante»
Le fonctionnement de Libé et plus généralement des médias passionne les visiteurs. Face à l’équipe des portraits, une lectrice veut savoir si on peut «être méchant» dans l’article. Sans aller jusqu’à la méchanceté, avoir la dent dure est une possibilité, explique Luc Le Vaillant : «Mais il ne faut pas que la personne ait la tête sous l’eau tout le long du papier.» Il est rejoint par Virginie Ballet : «L’idée est d’obtenir une confrontation intéressante, pas de l’attaque gratuite.» Dans une autre salle et sur un autre sujet, une réponse de Julien Pain, journaliste à Franceinfo, peut répondre à cette même question : «Le journalisme, ce n’est pas avoir une carte de presse : c’est avoir des méthodes et de la rigueur.»
Midi, «celui qui était proche de Hollande ?»
Le temps du déjeuner permet d’échanger plus directement avec le public. On retient ce que nous a dit Pascale, croisée au photomaton qui permet de faire sa propre une de Libé : «Je suis abonnée depuis sept ou huit ans, époque, euh… époque… Celui qui était proche de Hollande ? Laurent Joffrin, voilà. Ce que j’aime beaucoup dans Libé, ce sont vos reportages à l’international, les reportages en Afrique, les reportages de l’intérieur en Israël. Et surtout, surtout, la rubrique Livres. Cet après-midi, je ne vais pas manquer la conférence avec Fabrice Arfi.»
14 heures, «le débat actuel ressemble à Stranger Things»
Pascale n’est pas la seule à avoir voulu entendre Fabrice Arfi. Son débat, avec l’économiste Julia Cagé et la journaliste Paloma Moritz, a fait le plein, avec du monde sur les côtés et jusqu’aux fenêtres. Sur cette époque d’inversion du réel, où les menteurs hurlent aux fake-news et où les climatosceptiques font comme s’ils ne faisaient pas 43°C l’été, le journaliste de Mediapart file la métaphore pop culture : «Le débat actuel ressemble à Stranger Things : il y a notre monde et l’autre monde, à l’envers, celui de la post-vérité. Ce qu’on essaie de faire ressemble aussi à ce que fait Jim Carrey à la fin du Truman Show : on affronte la tempête puis on essaie d’atteindre le décor, la réalité.»
15 heures, «quand il y a une levée de boucliers»
L’autre star de l’après-midi s’appelle Salomé Saqué, citée par chaque lectrice ou lecteur interrogé depuis le matin quant à leur programme de la journée. Face aux contre-vérités qui servent de chien de traîneau à l’extrême droite, elle appelle à ne pas baisser les bras. Elle rappelle l’épisode de CNews et son infographie qui comptabilisait les avortements dans les chiffres de la mortalité infantile. Le scandale fut tel qu’il n’a pas permis à la chaîne d’imposer cette idée dans les esprits : «Cela montre que quand on se mobilise, quand il y a une levée de boucliers, ils reculent.»
Sur un autre sujet, la guerre en Ukraine, on voudrait garder en mémoire le vœu de Kristina Berdynskykh, notre correspondante à Kyiv, sortie quelques heures d’Ukraine pour rencontrer les lecteurs : «Que la fête des 24h de Libé dure un peu plus que minuit ce soir.»
17 heures, «rien ne se résout»
Une autre phrase à garder en mémoire est peut-être celle de Judith Godrèche, invitée d’une conférence intitulée «Libérer la parole, révéler la vérité». Elle évoque la part d’elle-même qui a toujours peur dans la rue, quand elle croise son agresseur, deux ans après sa prise de parole : «Rien ne se résout, rien n’est ancré dans une forme de réparation. Comme si rien ne s’était passé entre-temps.»
19h30, la une de lundi
Dans le hall de la Cité de la musique, croisement de visiteurs satisfaits : ceux qui ont écouté la masterclass passionnante de Roschdy Zem entendent les applaudissements du public qui a assisté à la conception en direct de la une du journal de lundi. Il s’agira d’un numéro consacré au 13 Novembre, mais le cahier intérieur parlera lui de la COP30. Le vote des lecteurs présents (et un peu la direction aussi) en a décidé ainsi.
20h30, «Libé s’la raconte», deuxième édition
Fabrice Arfi, Salomé Saqué, Roschdy Zem, c’est très bien. Mais dites-moi que vous n’avez pas manqué Dominique Albertini et Anne-Sophie Lechevallier racontant le vote du chien Douglas à la primaire LR ou le récit bouleversant d’Arthur Sarradin découvrant la prison de Sednaya en Syrie. Le spectacle Libé s’la raconte, deuxième édition ? Une réussite, malheureusement sans captation. Fallait être là. Faudra être là, la prochaine fois.




