En résumé :
- Ce samedi, la rédaction de Libération était à la Cité de la musique, à Paris, pour une deuxième édition des 24 heures de Libé, du matin jusqu’à la nuit. Au programme : qui a peur de la vérité ?
- Une journée qui s’est ouverte à 9h30 avec la conférence de rédaction animée par Dov Alfon et s’est achevée avec la confection de la une du journal et un spectacle inédit.
Fin de ce live... avant la Nuit Libé !
Maintenant que la une a été réalisée à l’aide du public, ce live des 24h de Libé s’arrête. Pour autant, l’événement n’est pas fini : à 20h30, les journalistes de Libé entrent en scène pour «Libé s’la raconte» avec la musique de Dominique A., avant le show musical qui devrait nous emmener jusque tard, très tard... Un grand merci à tous nos intervenantes et intervenants et surtout aux lecteurs venus nombreux. Nous espérons que vous avez apprécié ce moment autant que nous. Nos nombreuses discussions dans les allées de la Philharmonie semblent indiquer que oui. Demain sur le site de Libé, un making of retracera l’ensemble de cette journée.
Ce soir, Libé s’la raconte avec Dominique A et passe la nuit avec Sofiane Saïdi et Corrine
Et si vous découvriez les voix, les visages et les réflexions derrière les articles de votre journal ? A 20h30, l’écrin de la salle de concert de la Cité de la musique accueille six histoires inédites de journalistes. Des histoires passées et présentes, restées dans l’ombre des pages et face auxquelles la vérité a vacillé. Un spectacle de journalisme vivant où des rédacteurs de Libé vous racontent ce qu’ils n’ont pas pu écrire. Un spectacle mis en musique par Dominique A. PS : les histoires resteront secrètes jusqu’au lever de rideau !
Et parce que les débats, ça suffit, tous sur la piste après le spectacle ! Les artistes Corrine et Sofiane Saidi clôturent cette deuxième édition des 24 heures de Libé au cœur de la Cité de la musique. Le bal ouvre aux alentours de 22h30. Merci à tous, pour cette journée 100% Libé.
La une en direct, un vote démocratique
Dernier événement de la journée avant le spectacle et le show musical : la une en direct. Autour de la table : la direction du journal, la maquette, la photo, l’édition et les chefs de service venus défendre leur sujet. Que fait-on ? Le mirage économique de l’extrême droite de Meloni ? La COP ? Les aides publiques aux multinationales ? La team de Libé explique qu’exceptionnellement il s’agira de la une du cahier intérieur : lundi, Libé proposera un numéro spécial sur les dix ans du 13 Novembre.
Pourquoi on choisit telle photo, comment on définit la manchette, c’est à dire le gros titre, pourquoi ce jour-là et pas un autre… Avant la conception, on demande l’avis du public : large, très large majorité, pour le sujet environnement et la COP. La suite appartient au public, qui assiste à la construction graphique de l’ensemble.
Les journalistes face à la communication des politiques et des patrons
«La direction du RN interdit à ses députés de me parler mais ils me parlent quand même !» Nicolas Massol, journaliste chargé du suivi de l’extrême droite, raconte la particularité de son travail avec ces politiques, devant un public très intéressé, alors que la lutte contre l’extrême droite est une thématique phare de Libé, notamment via la rubrique Frontal. Pour Nicolas Massol, il s’agit d’un exercice délicat qui consiste à créer une relation de confiance avec ses sources, notamment en montrant des connaissances solides sur le parti, et à obtenir des infos en jouant sur les divisions au sein du RN. «Les politiques jouent souvent sur la connivence pour nous influencer et il faut se poser de la question de jusqu’où aller pour avoir les infos.»
Garder une proximité avec ses sources tout en préservant une distance nécessaire, c’est le numéro d’équilibristes des journalistes politiques. Une question qui se pose aussi avec les patrons, note Valérie Hacot cheffe du service économie. Pour Lilian Alemagna, chef politique, l’information économique peut être encore plus sensible à couvrir car «il y a beaucoup d’argent en jeu» et les entreprises veulent maîtriser leur communication. «Les politiques se mettent beaucoup plus en danger tandis que les intermédiaires de communication sont beaucoup plus nombreux du côté des patrons», ajoute l’éditorialiste Thomas Legrand. «Il y a un patron qui n’a pas de stratégie de communication, c’est Pierre-Edouard Stérin, et sa communication politique a fini par impacter son business, note Nicolas Massol. Par rapport au RN, même dans un milieu fermé comme l’extrême droite, c’est beaucoup plus dur de faire parler des gens dans le monde du business.»
La journée en images
Les 24 heures de Libé ? «C’est riche, c’est si riche !»
A Libé, on se soucie de la satisfaction des lecteurs et des visiteurs des 24 heures à la Cité de la musique. A la sortie de la conférence avec Judith Godrèche, on croise Laure, 23 ans, étudiante. «C’était hyper intéressant de pouvoir entendre la parole d’une victime, entendre son témoignage en vrai, devant moi, c’est une première. On ressent son émotion et son vécu, comme Hélène Devynck. C’était très touchant.»
Elle poursuit, à propos de l’ensemble de la journée : «Accéder à autant de conférences, voir autant de personnes, de journalistes, de personnalités, c’est super chouette. En plus sur des sujets actuels, qui nous concernent tous, qui nous font réfléchir. C’est riche, c’est si riche !»
Faites la une de Libé
Quel sujet, avec quel titre et quelle photo, ou plutôt un dessin ? A quoi ressemblera la première page de votre journal lundi matin ? Rendez-vous avec la rédaction, sur la grande scène de la Philharmonie à 18h30 tapantes !
La masterclass de Roschdy Zem : «Parfois, même si l’offre est belle, il faut savoir se retirer»
17h30, le rendez-vous des cinéphiles est venu, avec la masterclass de Roschdy Zem. L’acteur est interrogé par Sandra Onana, cheffe adjointe du service culture de Libé. L’acteur entretient une relation spéciale avec le journal, puisqu’il a joué dans Enquête sur un scandale d’Etat de Thierry de Peretti (2021), tourné en partie dans nos anciens locaux et basé sur une enquête signée Emmanuel Fansten. Sur le sujet de la vérité, thème des 24 heures de Libé, il fait le parallèle avec son rôle de source, la question qui taraude le journaliste joué par Pio Marmaï : «Qu’est-ce qu’on garde du discours de la source, qu’est-ce qu’on met dans l’article ? A quel point cette personne dit la vérité ? C’est toute la difficulté : quelle crédibilité donner au discours d’un lanceur d’alerte ? Comment fouiller, comment vérifier ? La confiance du lecteur est en jeu.»
Ce rôle, souligne Sandra Onana, s’inscrit dans la deuxième partie de la carrière de l’acteur, avec des rôles plus profonds. Roschdy Zem explique : «Un virage s’est opéré avec Roubaix, une lumière, en 2019. Desplechin m’a amené vers un personnage avec plus de doute. Avant, on me proposait des rôles de force tranquille, ce que je ne suis pas et qui a pu me lasser. Dans le cinéma, vous savez, on vous propose souvent des rôles qui ressemblent aux trois derniers que vous avez pu jouer. J’ai la chance d’aller vers des personnages qui m’intéressent davantage, qui ont des failles, des fêlures.»
Parmi les confidences de Roschdy Zem, on peut aussi retenir ses souvenirs d’un projet avorté, quand lui fut proposé à la fin des années 90 le rôle principal de la Faute à Voltaire, premier film d’Abdellatif Kechiche. «Quand on a tourné quelques séquences pour obtenir le soutien du CNC [centre national du cinéma], il me chuchotait à l’oreille, il avait besoin d’une proximité que je ne pouvais pas fournir, j’ai eu peur. Avec le recul, j’ai eu raison de refuser le rôle. J’aurais été moins bon que Sami Bouajila. Nathalie Baye m’a dit un jour : “Si tu veux faire carrière mon coco, il faut refuser.” Elle a raison. Parfois, même si l’offre est belle, il faut savoir se retirer.»
Le Book Club de Libé : la rentrée littéraire vue par la libraire Brindha Seethanen
Des bouquins, des CD, des vinyles : la librairie de la Cité de la musique est un lieu magnifique pour accueillir le «Book Club» de Libé. Animés par Frédérique Roussel et Thomas Stélandre, les chefs de la rubriques Livres, les échanges sur la rentrée littéraire ont permis de mieux comprendre la masse de boulot qui attend chaque année les libraires, dès le printemps, pour anticiper les sorties du mois d’août.
Brindha Seethanen, de la librairie Millepages, face au public : «On commence à lire la rentrée littéraire dès mai-juin. Pour une grosse librairie, il faut avoir lu les “grosses sorties” car on va nous demander notre avis, en plus du travail de défrichage, pour permettre de défendre des voix qui ne sont pas dans la lumière des médias. C’est un enjeu financier : on ne doit pas se tromper sur les quantités à mettre en place, les nouveautés représentent 20 % de nos ventes, ce n’est pas négligeable.»
Elle poursuit avec une réflexion sur l’ensemble des lectures : «Les gens lisent moins qu’avant, c’est une évidence. Il y a plus de propositions culturelles. L’hyperconcentration des ventes sur quelques titres rend plus difficile de défendre des auteurs moins connus. Mais on le fait, au nom de nos coups de cœur.»
«Rien ne se résout» : les mots forts de Judith Godrèche
«Libérer la parole, révéler la vérité», c’est le thème de la conférence à laquelle participe Judith Godrèche. Face au public de l’amphithéâtre des 24 heures de Libé, elle raconte très clairement la journée du 6 janvier 2024, quand elle écrit, sur son compte Instagram passé en accès public, le nom de Benoît Jacquot. Si elle a tu ce nom pendant la promotion de sa série Icon of French Cinema, l’exhumation d’images de Benoît Jacquot, interrogé par Gérard Miller en 2011, fut un choc tel qu’il l’a poussé à, pour reprendre le nom de la conférence, «libérer la parole, révéler la vérité». Judith Godrèche : «Ce n’était absolument pas réfléchi, je n’ai même pas parlé à une personne avant de le faire. Ce jour-là, quand j’ai dit son nom, j’étais dans ma salle de bains, et ensuite, beaucoup de choses se sont effondrées en moi et autour de moi. J’ai encore le sentiment de me retrouver dans la même situation, de me dire : “Mais pourquoi j’ai dit son nom ?” Une part de moi est encore dans le déni et a encore peur quand elle marche dans la rue.» Elle poursuit : «Cette part-là, quand elle croise Benoît Jacquot dans la rue, elle a envie de faire un sprint. Rien ne se résout, rien n’est ancré dans une forme de réparation. La peur de croiser ses agresseurs est exactement la même que le jour où j’ai mis ce nom sur Instagram, comme si rien ne s’était passé entre-temps.»
Du côté des «nécros», peut-on dire du mal des morts ?
Non ? Si ! Mais non ? Mais si, Libération a consacré quatre pages à … Tino Rossi quand l’hidalgominé des chants de noël a cassé sa pipe en septembre 1983. Difficile de résister au rouleau compresseur des bals musette cher aux parents des journalistes de l’époque. Pour faire bonne mesure ceci dit, la rédaction avait décidé de titrer sa «nécro» en une par un sobre «Tchi Tchi» en guise de ciao. Faire écrire (en avance) sur les (futurs) morts pour être prêt le jour J, c’est Michel Becquembois qui s’en occupe à Libé, tenant à jour une longue liste de personnes approchant de la date limite pour ne pas être pris au dépourvu (mais on ne vous dira pas qui, pour ne froisser personne).
Vu notre traitement de Tino Rossi, peut-on vraiment dire du mal des morts? «Avec certains, on est embarrassés, c’est sûr», reconnaît Michel Becquembois, citant Johnny Hallyday ou Jean Rochefort. «Ils sont peut être populaires, et même adulés par les Français, mais c’est pas notre came. On s’autorise généralement à aller contre l’unanimisme ambiant mais c’est un balancement délicat.» La preuve ? La une sur la mort du commandant Cousteau, en 1997 : on ne voit que son bonnet rouge et on lit «De profundis». Mais c’est accompagné d’un chapeau plutôt salé, questionnant son sens des affaires financières et son positionnement politique.
Roschdy Zem, la masterclass
«Entre 20 et 40 ans, vous jouez la petite frappe, le meilleur copain, le type sympa, mais les vrais rôles, profonds, avec du passé, des blessures, du vécu, n’arrivent pas avant 40 ans», racontait Roschdy Zem à Libé en 2010. Lui qui, quinze ans plus tard, n’a jamais cessé de tourner, est devenu l’une des figures les plus mobiles et impressionnantes du cinéma français, au sommet d’une carrière débutée dans les années 90. «Acteur à l’ancienne», écrit-on, aussi bien égérie d’auteur que populaire, prix d’interprétation masculine à Cannes pour Indigènes, réalisateur de six longs métrages sans cesser de peaufiner une palette de rôles en clair-obscur avec, pour récent sommet de troubles, Enquête sur un scandale d’Etat de Thierry de Peretti, d’après une enquête de Libération. Pour revenir sur ce parcours immense, Roschdy Zem a accepté de se prêter au jeu de la masterclass. Ce sera à 17 h 30 dans l’amphithéâtre.
Salomé Saqué face aux manipulations de l’extrême droite : «Quand on se mobilise, ils reculent»
Si vous n’êtes pas aux 24 heures de Libé, vous ratez le «money time» de la journée, le 14 heures-17 heures, où il y a d’un côté une conférence avec Fabrice Arfi, de l’autre une avec Salomé Saqué, et encore une autre avec Judith Godrèche. Aperçu des échanges autour de Saqué, pour une conférence sur l’extrême droite et la manipulation des émotions. Le journaliste Thomas Huchon rappelle un chiffre qui sidère l’assistance : une fake news sur cinq, en France, concerne la théorie fumeuse du «grand remplacement». Une donnée qui permet au mathématicien David Chavalarias d’éclairer le public sur la méthode de l’extrême droite : depuis 2016, elle force la bipolarisation des débats, à grand renfort de fausses infos et complotisme. «Cette bipolarisation a un impact direct sur les élections : celui qui parvient à rassembler 15 ou 20% des gens sur un sujet très clivant, même s’il est rejeté par tous les autres, arrive à passer la sélection du premier tour. Et la stratégie au deuxième tour consiste à faire croire que l’autre en face est pire.» Cela vaut aux Etats-Unis autant qu’en France, défend-t-il.
«On est en train de flinguer l’ambiance», plaisante Salomé Saqué. Mais elle rappelle ceci : quand on débat de fausses théories sur le grand remplacement, quand on rentre dans ce jeu, c’est autant de temps, d’énergie et d’attention que l’on ne consacre pas à l’égalité ou à l’écologie. Elle appelle pourtant à ne pas être fataliste : on peut lutter contre ça. L’an dernier, CNews avait diffusé une infographie dans laquelle elle comptabilisait les avortements dans les chiffres de la mortalité infantile. Le scandale fut tel qu’il n’a pas permis à la chaîne d’imposer cette idée dans les esprits ; ce débat n’a pas eu lieu. «Cela montre que quand on se mobilise, quand il y a une levée de boucliers, ils reculent.» L’ambiance repart à la hausse.
Services France, Planète et Société : dernier round de la fabrique de l’info
Elus, patrons, tous menteurs ? La guerre informationnelle, un nouveau combat ? #MeToo, le temps de la vérité ? Les journalistes de Libé répondent à toutes vos questions pour ce dernier round de rencontres à 17 heures dans la «Rue musicale». La dernière occasion de la journée ou jamais d’échanger avec ceux que vous lisez.
Live Twitch : quand la vérité dérape
En plein direct, un interlocuteur transforme une opinion en une vérité absolue, déforme les faits… Comment réagir ? Avec Mathieu Burgalassi, Agnès Vahramian et Tristan Waleckx. Retrouvez-les à 17 heures sur la «grande scène». Vous n’avez pas pu nous rejoindre à la Philharmonie de Paris, regardez ce débat sur la chaîne Twitch de Libé.
Kristina, Valentina et la danse jusqu’au bout de la nuit
«Les journalistes ont toujours le choix de se rendre sur les théâtre de guerre ou pas mais, le 24 février 2022, toutes et tous nous avons été plongés dans la guerre au même moment en Ukraine et ce n’était pas notre choix», raconte Kristina Berdynskykh, notre correspondante à Kyiv. Depuis quatre ans, elle dit qu’elle «n’a plus de larmes», un bouclier contre «ce deuil long de quatre ans» mais ses yeux s’embuent quand elle raconte l’histoire de sa collègue Valentina, qui avait choisi de rester à Kherson pour écrire sur l’occupation et dont le cadavre a été rendu par l’armée russe sans ses yeux ni une partie de son crâne.
Sortir d’Ukraine, comme pour venir rencontrer les lecteurs de Libé à Paris, c’est à double tranchant. Une bouffée de liberté et d’insouciance mais il faudra renouer avec les alertes et les bombardements. Tout de suite, ce dont Kristina rêve ? «Que la fête des 24h de Libé dure un peu plus que minuit ce soir.» La loi martiale en Ukraine interdit toute sortie plus tard : «Cela fait quatre ans que je n’ai pas dansé la nuit.»
Fabrice Arfi, le sombre optimiste qui regarde «Stranger Things» et «The Truman Show»
A 15 heures, victoire de l’affluence pour la conférence sur la «guerre des récits» avec Julia Cagé, Fabrice Arfi et Paloma Moritz. Tout le monde voulait voir les Avenger des débats, avec de la foule sur les côtés et jusqu’aux fenêtres de la Philharmonie. Interrogé sur cette époque d’inversion du réel, où les menteurs hurlent à la fake news et où les climatosceptiques font comme s’il ne faisait pas 43°C l’été, Fabrice Arfi, journaliste à Mediapart, a esquissé ses raisons d’espérer, lui, le «sombre optimiste» Arfi : «Il y a un invariant dans nos thématiques : elles portent à un point incandescent inédit le rapport entre privilège et égalité. Egalité devant la loi quand un ancien président est condamné, égalité dans la fiscalité avec la taxe Zucman, égalité face à la tragédie qui touche la Terre et les privilèges de ceux qui l’exploitent. Mais pour moi, c’est ce qu’il y a de réjouissant : je suis un sombre optimiste, c’est quand ça va mal qu’il y a des raisons d’espérer. Autant dire qu’il y a en ce moment BEAUCOUP de raisons d’espérer. Dans ce moment, nous, journalistes, nous sommes d’autant plus requis. Le débat actuel ressemble à Stranger Things : il y a notre monde et celui de la post-vérité, l’Upside Down. Ce qu’on essaie de faire ressemble aussi à ce que fait Jim Carrey à la fin du Truman Show : on affronte la tempête puis on essaie de toucher le décor.»
C'est bientôt Noël, faites tourner la Libéroulette
Au-delà des conférences, des débats et de la possibilité d’un selfie avec Serge July, il y a un autre intérêt à être aujourd’hui à la Cité de la musique : repartir avec des cadeaux Libé. Près de la «Rue musicale» où ont lieu les petits ateliers, Adèle et l’équipe du marketing vous permettent de faire tourner la Libéroulette. C’est comme à la fête foraine : pas de perdant. Les plus chanceux repartent avec un abonnement, un t-shirt, un mug ou une casquette Libé. Amélie a remporté des livres de poche, sa mère le hors-série Polar. Problème : elle l’a déjà. Un sourire à Adèle ou Damien et, hop, le cadeau est substitué : la voilà titulaire d’un stylo Libé et du numéro consacré à la mort de David Lynch. Quel besoin d’aller faire la file d’attente de Shein alors que celle de Libé est largement plus quali ?
Table ronde : #MeToo, libérer la parole, révéler la vérité
60 % des enfants victimes d’inceste vivent avec une amnésie partielle des faits, rappelle dans ses recherches la psychiatre Muriel Salmona. Face à cette réalité, comment être aligné avec le principe même de vérité ? Comment démêler le vrai du faux ? L’imaginé, du vécu ? Et les journalistes qui ont accompagné ces histoires – naviguant entre le vrai, le faux et surtout l’inconnu – comment démêlent-ils les faits ? Rejoignez nos invités Judith Godrèche, Hélène Devynck et l’avocat pénaliste Stéphane Babonneau, à 16 heures à l’amphithéâtre.
«Je ne suis pas reporter de guerre, je suis une journaliste qui vit dans la guerre»
Comment couvrir la guerre en Ukraine quand on doit écrire dessus tous les jours et qu’on vit dans un studio de 16 m2 avec sa mère et une étudiante en chant dont les vocalises couvrent les interviews sur Zoom ? C’est ce double quotidien que Kristina Berdynskykh, notre correspondante à Kyiv, est venue raconter samedi dans les travées de la librairie. Avec un sens du récit époustouflant pour quelqu’un qui avoue pourtant qu’il est difficile de «raconter cette guerre, de décrire les bombardements quand on a plus de mots».
Avant la guerre, Kristina était journaliste politique. Est-elle devenue journaliste de guerre ? Son «non» est catégorique. «Je ne suis pas reporter de guerre, je suis une journaliste qui vit dans la guerre, nuance-t-elle. Bien sûr je porte un casque et un gilet pare-balles mais quand cette guerre sera terminée, je ne partirai pas raconter une autre guerre ailleurs dans le monde.» Cet été, courant pour la millième fois sur le site d’un bombardement russe dans le centre de Kyiv, elle se fait héler par un journaliste américain : «Tu viens là avec tes sandales d’été ?» «C’est à ce moment-là, que je me suis rendue compte que je ne veux jamais m’habituer à la guerre.»



