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Rendez-vous

A Autrans, un festival 100 % nature

Espace de vie sauvage, terrain d’aventure, frontières, territoires économiques… Du 3 au 7 décembre, les films et rendez-vous culturels du festival d’Autrans nous parlent de toutes les montagnes.

A Autrans dans le Vercors, samedi 6 décembre 2025, durant le festival de films de montagne. Performance artistique de bodypainting d’Élodie Chouquet (Mazette Art). Modèle Elodie Barthe. (DR)
Par
Charlotte Cabon
Publié le 27/11/2025 à 22h13, mis à jour le 08/12/2025 à 10h24

Les premiers flocons sont tombés sur le Vercors et la parure hivernale fait scintiller les paysages d’altitude qui servent d’écrin au festival international d’Autrans - montagne, cinéma § culture se déroulant du 3 au 7 décembre. La nature sauvage sera ainsi au rendez-vous dans la programmation, avec la présence de Vincent Munier en soirée d’ouverture pour présenter son dernier film en avant-première. Après La panthère des neiges, le photographe naturaliste entraîne les spectateurs dans les forêts des Vosges où son père l’a initié à l’affût dans les bois. Le chant des forêts parle de la fascination pour la vie sauvage, de discrétion et d’humilité face à la nature. «Des valeurs partagées par le festival», souligne sa directrice Anne Ferrer.

L’attention à la nature et à la fragilité des éléments est aussi abordée dans d’autres rendez-vous de cette 42e édition même si aucun thème générique ne vient encadrer la programmation cette année. Ainsi le film d’animation expérimental Goldau fait revivre le gigantesque glissement de terrain qui a ravagé le village éponyme au début du XXe siècle dans les Alpes suisses. Un film qui résonne avec l’éboulement du glacier du Birch qui a emporté en mai dernier le village de Blatten dans le Valais.

«Avec le dérèglement climatique, la montagne va se révéler plus hostile et les alpinistes vont devoir changer leur pratique. La réflexion sur cette évolution est portée par Eline Le Menestrel, jeune grimpeuse de haut niveau qui a renoncé à l’avion pour se rendre sur les sites d’escalades, privilégiant les mobilités douces, train et vélo», poursuit l’organisatrice.

Invitée du festival (elle viendra à vélo), Eline Le Menestrel animera Ride to Change, un spectacle conférence sur le sujet. On la retrouvera aussi dans le documentaire Zahir, retraçant son ascension de cette grande voie des Alpes suisses avec Katherine Choong. «Eline est très suivie sur les réseaux. Elle dispose d’une communauté forte», souligne la directrice du festival. C’est aussi le cas de l’alpiniste Benjamin Védrines, un «ovni» dans le milieu de la montagne qui incarne le chronomètre. Deux films le suivent : Un printemps au Mont-Blanc et K2-Chasing Shadows. «On a retenu le second car il questionne sa quête sans fin de l’exploit», commente Anne Ferrer.

Toujours sur l’évolution de la pratique, le documentaire L’escalade du futur porté par le grimpeur Cédric Lachat évoque l’explosion des salles d’escalade, souvent connectées et en milieu urbain.

Marianne Chaud de retour au Zanskar

Le festival qui ambitionne d’aborder la montagne sous tous ses angles, espace naturel, politique, ou économique remplit ses promesses avec une dense programmation pluridisciplinaire, dominée par le cinéma (88 films programmés). «Le documentaire de l’ethnologue Marianne Chaud, spécialiste du Zanskar, est très attendu. Dans La Route, elle s’interroge sur l’avenir des habitants de cette vallée de l’Inde himalayenne sortie de son enclavement séculaire par la construction d’une route la reliant à la Chine. Abandon des cultures pour bâtir l’infrastructure, liberté financière, traditions… Marianne sera présente pour discuter des enjeux soulevés», commente Anne Ferrer.

Dans les séances spéciales où les films sont suivis d’une rencontre, la soirée du 6 décembre consacrée à la solidarité dans les montagnes tient aussi à cœur à l’organisatrice. «Après la diffusion du film Veilleurs de nuit sur l’aide apportée aux migrants qui franchissent la frontière avec l’Italie à Montgenèvre, nous recevrons Coline Ballet-Baz. Skieuse professionnelle, elle réalise, avec sa sœur Charlotte, Passages, un documentaire sur les exilés en montagne. Nous programmerons des premiers extraits. La mobilisation des sportifs de haut niveau sur ce sujet est nouvelle.»

Côté théâtre, un spectacle fort devrait réjouir les spectateurs : Terres d’En Haut#3 soit le portrait sensible et collectif de la Réserve naturelle des Hauts Plateaux du Vercors. Une œuvre réalisée par la Compagnie Le Chant des Pistes à partir de balades, d’entretiens et d’enquêtes auprès des habitants du massif.

Enfin, les rencontres littéraires évoqueront l’impact de la montagne sur la vie des femmes et des hommes. Le coup de cœur d’Anne Ferrer ? «Grégory Le Floch qui raconte dans Peau d’ours, avec une plume très sensorielle, comment une jeune fille queer dans un village reculé des Pyrénées trouve son salut dans les paysages d’altitude. Une ode magnifique à la montagne refuge.»

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