Comment réconcilier métropoles et campagnes, périphéries et centres-villes, écologie et habitat ? Plongée, en partenariat avec Popsu (la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines) dans les initiatives qui améliorent les politiques urbaines.
«On crée l’école de demain, mais il faut aussi qu’elle réponde aux enjeux d’aujourd’hui.» Pour l’architecte Cathrin Trebeljahr, lauréate de la consultation Quartiers de demain portant sur le renouvellement d’une cité scolaire au cœur des Templiers, à Coulommiers, «penser l’incertitude» est une nécessité du bâtisseur - car qui peut savoir de quoi le futur sera fait ? Mais concevoir l’école du futur n’exonère pas d’adapter le réel au présent. Son projet s’inscrit dans la réflexion de renouvellement urbain menée depuis des années par l’Office public de l’habitat et par la maire de la ville, Laurence Picard (Agir), qui salue l’ambition «d’apporter le beau et l’excellence» dans ce quartier prioritaire de la politique de la ville.
Au cœur des petits ensembles vieillissants des années 1950 et 1960, qui regroupent près de 2 900 habitants (et 60% du parc social de Coulommiers), deux écoles et une crèche vétustes et enclavées appellent d’importants travaux. L’objectif est d’ouvrir davantage cet ensemble scolaire sur la ville, et de mieux faire rentrer le quartier dans l’école (avec de nouveaux accès, des circulations douces, des lieux en partage…) «Je crois à l’éducation pour amener du changement dans ces quartiers», défend Cathrin Trebeljahr.
Salle de musique et bibliothèque
Suite aux échanges avec les habitants, les usagers et les élus, la nécessité de composer avec l’ici et maintenant a fait évoluer le projet, en limitant l’idéal d’ouverture initialement porté. «Aujourd’hui, l’école est aussi refuge, une possibilité pour les enfants et les jeunes de s’extirper de leur vie familiale», explique l’architecte. Pour des raisons de sécurité et de logistique, l’accès à l’école a donc été restreint mais certains espaces seront évolutifs, laissant la possibilité aux politiques et aux enseignants d’ouvrir davantage le site, dans un second temps, si le besoin s’en fait sentir.
Ainsi, une salle de musique, une bibliothèque ou un réfectoire dotés d’entrées indépendantes sur l’extérieur permettront un usage en dehors des temps et des publics scolaires, sans exiger de passer par l’établissement scolaire, et pourront participer à dynamiser la vie de quartier. «On ne va peut-être pas révolutionner l’école, mais ce qu’on souhaite en faisant de la concertation, c’est avancer. Je pense qu’il est plus important de construire un lieu et de faire bouger les rangs que d’écrire un manifeste, avec un projet qui ne se réalise pas», résume Cathrin Trebeljahr. Le pragmatisme l’emporte, sans renier l’aspect bioclimatique (matériaux biosourcés, ventilation naturelle, lisière arborée…) et le rayonnement sur la ville de cette cité éducative en devenir.
«Tout reste à faire»
Mais aujourd’hui, rien n’est encore joué. Le projet reste complexe et lourd à porter : il exige des partenariats forts avec l’Etat, et des moyens que Coulommiers et ses 15 000 habitants ne peuvent pas mobiliser seuls. Pour Laurence Picard, «cette consultation est un coup de projecteur sur notre quartier, sur notre volonté de faire du renouvellement urbain, avec des équipes de grande qualité et un dispositif séduisant et intelligent. Mais maintenant, tout reste à faire». Y compris trouver des financements : Quartiers de demain a mis sur la table, à Coulommiers comme sur les autres sites, 450 000 euros pour financer les études des agences présélectionnées, mais n’intervient pas dans le budget du projet en lui-même, soit quelque 17 millions d’euros. La maire espère donc voir son projet retenu pour l’Anru 3, dont les acteurs de la ville attendent toujours la préfiguration et le financement…
On a rêvé, maintenant, «il va falloir atterrir !» résume Laurence Picard. Sans décevoir les habitants, mobilisés via le «jury citoyen» pour participer à l’élaboration du projet.




