Menu
Libération
Reportage

A Manosque, le parc de loisirs espère une nouvelle jeunesse

Objectif du projet dans le quartier de la Ponsonne : la restauration écologique d’un cours d’eau et le réaménagement du parc des sports et des loisirs.

Le projet du quartier de la Ponsonne vise le réaménagement du parc des sports et des loisirs. (Olivier Monge/Myop)
Publié le 02/12/2025 à 10h34

Comment réconcilier métropoles et campagnes, périphéries et centres-villes, écologie et habitat ? Plongée, en partenariat avec Popsu (la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines) dans les initiatives qui améliorent les politiques urbaines.

L’écho des enfants de l’école voisine se fait entendre. Pour l’heure, la piste d’athlétisme du stade municipal est vide, tout comme les autres terrains de sport de ce quartier de Manosque, en Haute-Provence, situé entre le centre ancien et la gare SNCF. «On va devoir se faufiler», prévient d’emblée Paul Malik, responsable du service cœur de ville et habitat. Ici, un cadenas qui ferme une barrière. Là, un grillage qu’il faut longer pour rejoindre les rives du riou des Couquières, un cours d’eau encaissé dont on devine le filet sous les feuilles d’automne. Au fur et à mesure de la déambulation, tout un «archipel» d’équipements se dévoile, «cloisonnés», «mal reliés entre eux», souvent vieillissants à l’image du revêtement décoloré et troué du city-stade.

Avec ses tôles vertes, le bâtiment du tennis-club raconte à lui seul ces années 1960 à 1980 qui ont vu éclore ce parc de loisirs, où se pratiquent tennis, foot, athlétisme mais aussi du tir à l’arc – de grandes cibles occupent tout un terrain. «Cet effet de juxtaposition, qui crée aussi des espaces vides, sans usages, est typique de cette période, on le retrouve dans de nombreuses villes», avance Martin Rein-Cano, fondateur de l’agence berlinoise Topotek 1, lauréate de la consultation pour ce quartier de la Ponsonne, un projet estimé selon la ville de Manosque à 9 millions d’euros, et dont la question était posée en ces termes : comment transformer cet ensemble en parc paysagé de sept hectares, ouvert à d’autres pratiques sportives et usages récréatifs, et plus généralement comment faire d’un espace de nature et de loisir un levier pour la transformation d’un quartier prioritaire ?

Plaidoyer du vivre-ensemble

Pour Topotek 1, il n’y a pas de «solution standard» à appliquer, mais une «stratégie» à déployer, l’agence désignant sa démarche sous le concept «d’optimisation située». Autrement dit, il ne s’agit pas de faire table rase du passé ou d’imposer un geste architectural fort. Martin Rein-Cano se méfie par-dessus tout des «espaces publics qui peuvent être très poétiques mais empreints d’une grande solitude». «La participation citoyenne fait partie du design et de notre ADN, poursuit Florent Lévêque, directeur du département français de l’agence. Au final, les concepteurs sont des passants sur un site ; ce sont les usagers qui vont créer l’identité. A nous d’apporter les éléments pour qu’elle puisse fleurir.» En témoigne le parc «Superkilen» que l’agence a rénové dans un quartier cosmopolite de Copenhague au Danemark ; un lieu vu comme un plaidoyer du vivre-ensemble avec ses aménagements et mobiliers faisant écho aux différentes origines des habitants.

Outre la partie plus classique de renaturation, le projet de Manosque réalise tout un travail de maillage et «d’ancrage» pour créer de «l’hybridation» et de «nouvelles synergies». Au cœur du dispositif, le «central social club», qui entend être le «nouveau cœur battant du quartier» avec ses espaces ouverts, modulables, pouvant accueillir un cours de yoga comme une exposition ou une rencontre. Un «lieu convivial» pour que toutes les générations se croisent. Une nouvelle aire de jeux pour les enfants et leurs parents, pensée comme une «plazza bioclimatique et ludique», arbore des couleurs vives et des arbres en bouquet. Un travail d’agrandissement est aussi fait sur les tribunes du stade. Le site s’enrichit d’un nouveau terrain de football avec un marquage de criquet.

Un «urban loop»

«L’idée est d’accueillir d’autres sports, comme l’escrime ou l’escalade, il y a une vraie donnée sociétale pour nous, relève le maire Camille Galtier (divers droite). Avec le projet international Iter sur la fusion nucléaire, nous accueillons une population variée, sans compter que le nombre d’habitants à Manosque et en périphérie a doublé depuis la création de la plaine des sports.» Saluant la qualité des trois projets, dans un délai si court, il explique que «l’analyse très fonctionnelle, pragmatique» de l’agence Topotek 1 et «leur ingéniosité à être fédérateur et à tirer parti de toutes les parcelles foncières à disposition» a pesé dans la balance. Il table sur un début des travaux en septembre 2026, et pose les jalons pour la suite : un «urban loop», une sorte de taxi collectif électrique sur rail, «moins cher qu’un tramway ; là, nous serions sur une enveloppe de 9 millions d’euros», pour mieux desservir le site depuis le centre-ville ou la gare. Le tracé de ce projet est déjà prévu dans les maquettes.

Dans la même rubrique