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Libération
Reportage

A Paris, des familles à l’abri pour une nuit

L’association Utopia 56 propose des hébergements temporaires. Une alternative éphémère au manque alarment de place pour les sans-abri.

(Léa Djeziri/Libération)
Publié le 11/11/2025 à 16h43, mis à jour le 11/11/2025 à 23h42

Santé, emploi, droits à un hébergement digne… A l’occasion du festival organisé par France terre d’asile au Ground Control, les 14 et 15 novembre à Paris, retour sur les itinéraires et les difficultés des femmes exilées.

Une file d’une dizaine de personnes s’est formée en quelques minutes devant l’hôtel de ville de Paris. Ce soir de début d’automne, l’accueil de l’association Utopia 56 vient de se mettre en place, comme tous les jours, autour de 18 heures. Il est destiné aux familles avec enfants et aux femmes seules. Certaines arrivent d’un pas décidé, pressées. D’autres font des tours sur elles-mêmes, cherchent où «s’enregistrer».

Fondée en 2015, et présente dans huit villes de l’hexagone, Utopia 56 «accompagne les personnes survivant dans la rue» explique Charlotte Kwantes, responsable plaidoyer et communication, jointe par téléphone. Concrètement, il s’agit de les informer sur leurs droits, de les orienter ou bien encore de proposer un hébergement. C’est sur la générosité que reposent leurs dispositifs puisque l’organisation se finance principalement par les dons de particuliers et le soutien de fondations privées.

Sac à dos d’un côté, porte-bébé de l’autre, la malienne Djarafa vient de donner son nom et celui de son enfant auprès de l’association pour tenter de ne pas dormir dehors. Une intervenante sociale de France Terre d’asile l’aide à y voir plus clair sur son dossier administratif. Elle raconte avoir accouché à Lariboisière et avoir pu être hébergée grâce au 115 pendant un temps. Mais les priorités vont aux plus vulnérables, et le manque chronique de places a poussé Djarafa et son bébé sur les trottoirs de la capitale à plusieurs reprises. Ce soir-là, la jeune femme de 20 ans a déjà appelé le 115, comme tous et toutes ici. Sans certitude de réponse positive, elle s’est tournée vers Utopia 56 qui propose des lits pour une nuit. Quelque 100 personnes trouveront refuge dans leur centre à Bagnolet, d’autres bénéficieront d’un réseau solidaire de parisiens qui mettent à disposition une chambre vide dans leur appartement.

D’après un rapport de plusieurs inspections générales, rendu public au printemps 2025, 61 % des demandes d’hébergement d’urgence sont non pourvues, malgré un parc de 300 000 places disponibles. Un constat que fait également Charlotte Kwantes qui met en garde contre la tentation de réduire ce parc pour faire des économies. Elle insiste : «C’est totalement inefficace car cela renforce la précarité.»

La précarité et le stress

Un peu plus loin sur l’esplanade, l’attente commence. Celles et ceux qui viennent de se faire enregistrer patientent le temps qu’un hébergement leur soit attribué. Enveloppée dans son manteau vert assorti à ses ongles, Nathalie, la soixantaine, est assise sur des blocs de béton : «Je suis Française, née à Paris», dit-elle, avant d’ajouter qu’elle a vécu en Nouvelle-Calédonie et qu’elle vient de revenir en métropole depuis quelques mois. Elle loue les mérites d’Utopia 56 et de leur centre d’accueil. «Tout le monde est agréable, c’est humain et il y a des enfants. Le seul problème, c’est qu’il n’y a pas de douche.»

A ses côtés, une jeune femme laisse entendre d’une voix frêle qu’elle est à la rue depuis peu de temps. On distingue un petit accent dans son français sans faute, son regard se trouble, elle ne veut pas s’étendre plus longuement sur son histoire. L’intervenante sociale est interpellée. Un homme a besoin d’aide. Sa demande d’asile et celle de sa compagne ont été refusées, il ne comprend pas ce qu’il peut faire.

Gigi, 27 ans, et Tekla, 26 ans, viennent de Géorgie. Sur les genoux de Tekla, leur petit garçon de 3 ans s’est endormi tandis que leur fille d’un an de plus dessine. Eux aussi attendent la réponse d’Utopia 56. La précarité et le stress de leurs conditions de vie ont de lourdes conséquences sur la santé de la jeune femme souffrant d’épilepsie. Vers 20 heures, ils reçoivent un coup de fil : pour cette nuit, ils auront un toit. Un répit de courte durée puisqu’il faudra recommencer le lendemain. Gigi soulève les lourds sacs à dos que la famille traîne toute la journée. «Ça me tue», lance-t-il dans un sourire, avant de prendre le chemin de leur provisoire refuge.

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