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Libération
Reportage

A Sedan, un nouveau départ au pied des remparts

Imbriquées dans les fortifications, certaines tours de la résidence Ardenne, devenues vieillissants et difficiles d’accès, vont être réhabilitées et, à leur pied, les espaces publics seront réaménagés en écoquartier.

A Sedan, en mai 2025. (Pablo Baquedano)
ParMathilde Frénois
correspondante à Nice
Publié le 02/12/2025 à 15h41

Comment réconcilier métropoles et campagnes, périphéries et centres-villes, écologie et habitat ? Plongée, en partenariat avec Popsu (la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines) dans les initiatives qui améliorent les politiques urbaines.

La résidence Ardenne agit comme un phare pour Sedan. Son maire préfère dire un «signal» : «Quel que soit l’endroit où vous vous trouvez dans cette ville, c’est la première chose que vous voyez, décrit l’élu divers gauche Didier Herbillon. Même quand on s’éloigne.» Le repère, ce sont ces cinq tours de 12 étages. Elles se distinguent dans le ciel quand on lève la tête depuis l’autoroute, la vieille ville, le château fort… Devenus vides et vieillissants, deux de ces hauts immeubles sont promis à la démolition. Les trois autres seront réhabilités et, à leur pied, les espaces publics seront réaménagés en écoquartier. Ce secteur en hauteur restera une boussole pour les 17 000 habitants de Sedan.

Le quartier est né en 1965 quand Sedan était une ville de garnison. Il fallait loger les militaires et leurs familles. Alors l’architecte Jean Rocard pose les cinq tours sur cette butte et ces remparts. «La chose la plus impressionnante, c’est l’arrivée sur le site qui se fait par une rampe raide, se souvient de sa première visite Alessia Calò, cofondatrice de l’agence d’architecture et d’urbanisme Lab705. Après le dénivelé, il y a un panorama incroyable qui s’ouvre sur la vallée de la Meuse et la ville de Sedan.»

Passerelle piétonne

Les militaires sont partis à la fin des années 80. Il reste aujourd’hui une centaine de locataires sur les 149 logements des trois tours. Mireille Naud habite un F3 au neuvième étage depuis cinquante ans. Elle a «une vue sur des petites collines au loin, tous les villages et la forêt plus haut». Pour accéder à son logement social, la retraitée doit emprunter cette côte «difficile à remonter». Le quartier, à seulement 200 mètres à vol d’oiseau du centre-ville, est isolé du fait de cette importante déclivité et de son imbrication dans les fortifications. «Une des demandes fortes que j’avais suggérées dans le cahier des charges, c’est de reconnecter le quartier avec le centre de la ville», expose le maire qui a fait «monter la pente» à tous les cabinets d’architecture candidats à la consultation Quartiers de demain.

Ni ascenseur ni téléphérique. Le lauréat Lab705 réalisera une passerelle piétonne qui surplombe le jardin au-dessus des remparts du Moyen Age. «On parcourt les éléments de fortification dans un jardin, envisage Alessia Calò. Cela permet de travailler les reconnexions. Ce réseau de cheminement génère une nouvelle relation entre la ville haute et basse.» La liaison est créée. La pente se fait plus douce. Elle serpentera entre arbres et parcs. On monte et on descend. Le secteur devient un lieu de vie.

La fortification est «l’objet précieux»

«Une guinguette s’installera au pied d’une tour, prévoit Ludovic Delorme, associé chez Lab705. Il y aura une esplanade capable d’accueillir des brocantes, une grande roue, des événements pour la ville de Sedan au-delà du quartier.» Et autour, «un espace plus apaisé avec des potagers, une table des voisins, une épicerie et un restaurant social». Le budget de la rénovation des espaces publics s’élève à 4,5 millions et celui des tours à 4 millions d’euros. «C’est un quartier qui va revivre avec une dynamique commerciale, des bus vont pouvoir venir, anticipe Marie-José Moser, présidente du conseil d’administration du bailleur social Habitat 08. C’est un lien avec le reste de la ville.»

La fortification est «l’objet précieux» de la résidence Ardenne. Elle délimite le quartier, elle reçoit ses fondations. Surtout, elle est le prolongement du plus grand château fort d’Europe. Le pied d’une tour loge même la crypte et le tombeau du maréchal Fabert, premier gouverneur de Sedan lors de la perte d’autonomie de la ville et son rattachement à la France en 1642. «On a compris que le récit patrimonial était la force de ce site, développe Alessia Calò. On replace la résidence dans une figure territoriale pour lui donner une nouvelle valeur. C’est aussi une façon de reconstruire une image qui est assez négative des quartiers prioritaires.»

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