Géré par une association de quartier, Si ma cantine m’était contée… propose aux habitants des menus faits maison où l’entraide et les rencontres sont moteurs. — Dans le quartier populaire des Izards, dans le nord de Toulouse, il est agréable d’entrer dans la salle lumineuse du restaurant associatif Si ma cantine m’était contée… où mijotent des plats aux parfums d’épices et d’herbes fraîches. Ici, on ne vient pas seulement déjeuner, on vient se parler. Porté par des habitants du quartier, ce restaurant entend faire partie de ces lieux où l’on fait des rencontres et des découvertes culturelles.
En 2018, une idée simple : créer un espace convivial où la cuisine deviendrait un prétexte à la rencontre. Céline Penetro-Cardelec, assistante sociale et aujourd’hui directrice du centre social du quartier, mais aussi bénévole à la Cantine, se souvient combien Yamina Aïssa Abdi, habitante des Izards, a été le moteur du projet. Avec deux autres femmes, elle fonde l’association Izards attitude, pour l’organisation de repas. «En 2024, elles ont créé une cantine éphémère, raconte Céline Penetro-Cardelec. Cela lui a permis d’avoir un réseau de bénévoles, de tester des plats, de rencontrer des chefs.»
La rencontre avec Kévin Musset du restaurant toulousain Aux pieds sous la table, a été décisive : «Il l’a accompagnée professionnellement et a su peser auprès des institutions par sa crédibilité», souligne Tayeb Cherfi, l’un des bénévoles très impliqué dans le projet. «On est parti à Paris tous les trois, Yamina, Tayeb et moi, en quête d’un modèle de restaurant sur lequel on pourrait s’appuyer», raconte Céline Penetro-Cardelec pour visiter des cantines solidaires gérées par des femmes des quartiers. «C’était inspirant, mais on ne voulait pas être dans une logique d’urgence alimentaire», explique-t-elle. Aux Izards, il s’agissait de proposer une alimentation saine, locale et digne, dans un cadre participatif.
«Que tout le monde puisse manger ici»
En juillet 2025, Si ma cantine m’était contée… ouvre ses portes dans un local mis à disposition par la métropole et une cuisine professionnelle. Le restaurant tourne aujourd’hui avec deux salariées, Yamina, coordinatrice de projet, et Muriel, cheffe cuisinière. Et au cœur du réacteur, pas moins de 73 bénévoles. Parmi eux, Corine, 66 ans et retraitée, est impliquée dans diverses associations de quartier, dont la Cantine. Deux fois par semaine, elle participe «au service, à la tenue de la caisse ou encore à la tenue du comptoir». Ce qui l’a attirée, c’est la «mauvaise» réputation du quartier : «J’aime aller là où on estime que je ne dois pas aller», explique-t-elle en souriant. Ici, tout est fait maison et les produits bio et en circuit court viennent de la ferme urbaine du quartier : «Il faut que les menus ne soient pas trop chers pour permettre aux habitants d’en profiter, souligne Céline Penetro-Cardelec. Le premier prix est autour de 10 euros, comme un taco du coin.»
L’association expérimente aussi une approche novatrice de la solidarité alimentaire : le quartier fait partie du dispositif de Sécurité sociale de l’alimentation où les habitants cotisent selon leurs moyens et reçoivent en retour une monnaie locale, le Mona : «Beaucoup cotisent 5, 10 ou 15 euros et perçoivent 100 Monas, soit 100 euros, qu’ils peuvent dépenser ici. C’est un levier pour que tout le monde puisse venir manger», explique l’assistante sociale.
Un menu chaque semaine
Chaque jour, entre 20 et 25 couverts sont servis. Et, l’assiette, comme la salle, reflète la diversité du quartier. «Des femmes voilées, d’autres en minijupe, des gens qui ont de l’argent, d’autres moins… On voit toutes les couleurs de la vie», s’émerveille Tayeb. La carte change chaque semaine. Œuf mollet poché, velouté d’endives caramélisées, parmentier de cabillaud à la patate douce ou risotto de céleri à l’estragon… sont au menu du jour. Une carte qui n’a rien à envier à un bon bistrot. Si tout se passe bien, «on espère ouvrir deux soirs par semaine d’ici à mi-décembre», confie avec fierté Tayeb.
Djida, bénévole de 54 ans est pleine d’énergie. Elle se réjouit d’avoir fait découvrir une nouvelle saveur du céleri à une cliente : «Elle ne savait pas que ça pouvait avoir ce goût ou être cuisiné comme ça», se réjouit-elle en sirotant son thé à la vanille. Henriette, 82 ans, Mauricienne, a promis de préparer pour le début de l’année prochaine un menu de son île, avec l’aide d’autres femmes du quartier. Pour Céline Penetro-Cardelec : «Les femmes ici ont de l’or au bout des doigts.»




