Comment réconcilier métropoles et campagnes, périphéries et centres-villes, écologie et habitat ? Plongée, en partenariat avec Popsu (la Plateforme d’observation des projets et stratégies urbaines) dans les initiatives qui améliorent les politiques urbaines.
«L’un des grands enjeux de ce projet est de créer une infrastructure nouvelle, qui amène une force exogène, mais sans gentrification, sans laisser de côté les habitants historiques des Sablons», relèvent Oscar Buson et Lucile Ado, architectes de l’agence suisse Raum404, lauréate de la consultation Quartiers de demain.
Depuis des années, l’immeuble d’activités le Laffitte, qui occupe 6 200 m² sur cinq niveaux face au tramway, au sud-est du centre-ville du Mans, périclite. Il est perçu comme une «verrue», témoigne Dickel Bokoum, de l’agence d’urbanisme participatif la Belle Friche, qui accompagne la transformation du site : «Esthétiquement, il ne plaît pas aux habitants, et en plus on ne sait pas vraiment ce qui s’y passe». Aujourd’hui, excepté la présence des locaux de l’Union départementale des associations familiales, l’Udaf, il est «quasi-vide et sujet au deal», résument les architectes.
59 % vivent sous le seuil de pauvreté
Les commerces ont déserté les locaux situés en pied d’immeuble, sous le niveau de la chaussée. Et ses abords ne se portent guère mieux. La vétusté du bâtiment et ses défauts de conception ne sont pas seuls en cause : le Laffitte cristallise les difficultés de tout le quartier. Classé zone prioritaire dans le cadre de la politique de la ville, les Sablons comptent aujourd’hui 10 000 habitants (deux fois moins que dans les années 90), dont 59 % vivent sous le seuil de pauvreté. Pour autant, l’activité n’est pas absente du quartier, loin de là : «il existe déjà beaucoup de microentreprises, mais elles sont mal radiographiées par les autorités», observent les architectes de Raum404.
Après des échanges avec la population, notamment via un jury citoyen d’une vingtaine de personnes, émerge l’idée de créer une coopérative citoyenne, inspirée du modèle suisse où elles sont très présentes. Celle-ci permettrait d’investir le Laffitte comme support économique local, avec des produits et des services créés par les habitants et vendus aux habitants du quartier et de la ville. Cent cinquante coopérateurs sont prévus, qui apporteraient chacun un petit capital, et qui pourraient adapter une partie de l’espace à leurs besoins.
Chez Raum404, cette ambition de travailler avec les forces et les ressources existantes vaut aussi pour les matériaux. Leur projet de restructuration, baptisé «le Grand Echafaudage» pour sa volonté d’ouvrir largement le chantier sur le quartier, vise à conserver ce qui peut l’être et à réutiliser au maximum les matériaux issus des démolitions. «L’important n’est pas de ne plus rien détruire, car on a fait des erreurs dans le passé, mais plutôt d’avoir le moins d’impact possible», défend Oscar Buson.
Une cape bioclimatique
Ainsi, le béton d’une dalle couvrant un parking, les poteaux et poutres Warren d’un vieux Carrefour, des fenêtres en PVC, seront utilisés ici comme remblais pour combler les différences de niveau et reconnecter le bâtiment à l’espace public, là comme cape bioclimatique surplombant le nouveau toit-terrasse, ailleurs pour soutenir la création de coursives offrant une circulation plus fluide entre les étages.
Innovant ? Pas vraiment, juge l’équipe de concepteurs : «Tout le monde sait aujourd’hui qu’il faut tendre vers le zéro déchet. Mais il existe peu d’occasions de vraiment le réaliser». Les investisseurs privés ont des attentes rarement compatibles avec un engagement fort dans ce domaine, et bien souvent, les acteurs publics freinent pour des raisons budgétaires et de savoir-faire. Au Laffitte, le cadre expérimental proposé par Quartiers de demain a favorisé la radicalité du projet. Mais désormais, architectes et habitants attendent de voir cet ambitieux «Grand Echafaudage» mené jusqu’au bout.




