Dans le cadre de l’étape marseillaise du Climat Libé Tour, le 10 octobre 2025, des étudiants en master journalisme à Science Po Aix et à l’EJCAM Marseille ont travaillé en partenariat avec l’Office français de la biodiversité et le service data de Libération. Nous publions aujourd’hui leurs articles.
150 espèces animales exotiques envahissantes (EAEE) sont recensées en région PACA par l’OFB en 2023. Parmi elles, la fourmi électrique. Elle aurait été introduite par voie maritime ; native d’Amazonie, elle est passée par l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Océanie, avant d’être détectée dans le Var en 2022.
Dotée d’une capacité reproductive sexuée, elle doit sa rapidité d’envahissement à sa capacité de clonage la distinguant des autres fourmis présentes en France. Vivant dans des environnements chauds, elle a réussi à s’adapter au climat plus hostile grâce à sa capacité de mutation. Cette dernière inquiète particulièrement les scientifiques, qui s’interrogent sur son expansion. A ce cocktail, s’ajoute l’absence de prédateurs naturels sur le territoire français. Il n’y a pas de frein naturel au développement de cette espèce.
«C’est un véritable rouleau compresseur», résume Jean-Yves Bichaton, chargé de missions transversales à l’Office français de la biodiversité (OFB). Dans la région de Toulon, la fourmi électrique occupe déjà une zone de deux à trois hectares : un chiffre qui pourrait paraître modeste, si l’on oubliait la vitesse fulgurante à laquelle elle se propage ailleurs dans le monde.
La fourmi électrique a déjà fait des ravages en Nouvelle-Calédonie et en Australie. Là-bas, des chiens et des chats ont été rendus aveugles après avoir été mordus aux yeux. Aux Galápagos, des tortues ont été émasculées. Elle attaque aussi les oiseaux jusque dans les arbres.
Si la petite bête mange la grosse, elle s’attaque aussi à celles de sa taille. Elle commence par anéantir les autres fourmis, même les plus coriaces. Puis, elle s’en prend à ce que M. Bichaton appelle la «petite faune» comme les cloportes et les vers. Ils constituent la base de l’alimentation de nombreux oiseaux. En quelques mois, c’est toute la chaîne alimentaire locale qui se dérègle.
Cette «super fourmi» s’attaque aussi, indirectement, aux activités humaines. Ironie du sort, elle a d’abord été importée volontairement au Cameroun comme insecticide naturel dans des champs de bananes. Ses morsures douloureuses y ont rendu l’agriculture impossible ! Une telle perspective n’est pas à exclure pour les agriculteurs du sud de la France.
L’expansion de cette fourmi est difficile à suivre, puisque ces insectes orangés sont petits et peu visibles.
En attendant, il semblerait que sa présence en France devienne de plus en plus importante, puisqu’elle a été retrouvée en Gironde le mois dernier. L’enjeu ? Être mis au courant : les fourmis électriques sont là.




