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Eau, biodiversité, santé : tout est lié

Penser que l’on peut protéger l’homme en sacrifiant la nature, l’eau ou les sols serait une grave erreur, explique Olivier Thibault, directeur général de l’Office français de la biodiversité.

Au lac du Der-Chantecoq (entre la Marne et la Haute-Marne), le 6 novembre 2025. (Rémy Artiges/Libération)
Par
Olivier Thibault
directeur général de l’Office français de la biodiversité
Publié le 23/12/2025 à 5h23

En décembre 2024, l’IPBES, l’équivalent du Giec concernant la biodiversité, a publié deux rapports structurants pour penser et agir contre l’effondrement de la biodiversité. Le premier rapport porte sur le nexus et le second sur les changements transformateurs. L’Office français de la biodiversité s’efforce, à la place qui est la sienne, de rendre possible et accompagner la mise en œuvre de leurs recommandations.

Le nexus est un concept développé par les 165 chercheurs issus de 57 pays s’appuyant sur 6 500 études scientifiques pour exprimer une logique simple et pourtant parfois difficile à suivre. L’eau, la santé, la production alimentaire, le changement climatique et la biodiversité sont des enjeux intrinsèquement liés et interdépendants. De ce fait, penser que l’on peut protéger l’homme en sacrifiant la nature, l’eau ou les sols serait une véritable erreur qui nous reviendrait rapidement en boomerang.

Les experts de l’IPBES ont identifié 71 solutions communes aux 5 disciplines et interopérables entre ces 5 leviers d’actions. Ce sont ces mesures qu’il convient de porter, de favoriser. L’Office français de la biodiversité prend toute sa part en portant par exemple les solutions fondées sur la nature, dans le cadre d’un programme européen Life, en portant le volet national du programme Ecophyto de réduction des produits phytosanitaires, en recensant et partageant aux professionnels les bonnes initiatives en matière de gestion des milieux humides, des cours d’eau, des captages, grâce à ses centres de ressources dédiés.

L’OFB développe également une expertise sur les enjeux de santé globale. En effet, alors que nous vivons des successions de crise sanitaires, avec la covid 19 il y a moins de cinq ans ; aujourd’hui la dermatose nodulaire contagieuse pour les bovins ; l’influenza aviaire ou grippe aviaires qui touche canards, oies, grues ; la peste porcine africaine qui est à nos frontières, nous n’avons pas d’autre choix que de penser ensemble santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes.

L’OFB vient de publier récemment un rapport, qui synthétise les connaissances sur l’impact des pollutions chimiques dans l’environnement et les enjeux qu’il convient de relever. Ce travail s’inscrit pleinement dans la logique de promotion du concept «One health», traduit en français par le terme «Santé globale» et qui sera à l’honneur lors d’un sommet international à Lyon le 7 avril 2026.

Penser les politiques publiques d’environnement et de santé au regard de la santé globale est nécessaire pour appréhender les milieux naturels pour ce qu’ils sont aussi : des supports de vie, de bien-être, de santé physique et mentale. Par exemple, restaurer des zones humides, c’est améliorer la capacité du milieu à dépolluer l’eau, c’est lutter contre les sécheresses et les inondations en construisant des zones tampons, c’est réintroduire de nombreuses espèces qui auront des fonctions écosystémiques insoupçonnées.

Restaurer la nature, comme nous y enjoint le règlement européen adopté en 2024, c’est donc agir pour la santé des animaux, des écosystèmes et des êtres humains. C’est favoriser les capacités d’un territoire à résister aux conséquences multiples du changement climatique.

Alors que la parole scientifique est de plus en plus attaquée, nous travaillons sans relâche à montrer et rappeler, grâce à nos recherches scientifiques, la collecte des données sur l’eau et la biodiversité et leur diffusion, que la protection et la reconquête de la biodiversité sont utiles pour tous et sont indispensables pour les activités économiques qui concourent à la prospérité des nations. Il n’y a pas d’agriculture viable et de souveraineté alimentaire sans écosystèmes en bonne santé. Il n’y aura pas de transition énergétique réaliste sans disponibilité en eaux de surface (pour l’hydroélectricité et l’énergie nucléaire), sans forêts robustes (pour le bois énergie), sans sobriété foncière (réduisant les déplacements et donc la consommation énergétique). Aujourd’hui, les tentations de casser le thermomètre sont nombreuses, pour ne pas regarder en face la réalité du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, et pour ne pas devoir réfléchir comment nous pouvons encore agir sur les causes de ces dérèglements.

Afin d’enrayer l’effondrement de la biodiversité, l’IPBES appelle au contraire à engager des changements transformateurs, c’est-à-dire des transformations profondes et systémiques de nos manières d’agir – en matière économique, de gouvernance, de science et de technologie – et à nous construire un futur désirable.

Conduire des changements systémiques dans les secteurs les plus responsables du déclin de la nature, transformer les systèmes économiques en faveur de la nature et de l’équité, rendre plus inclusifs et adaptatifs les systèmes de gouvernance, conserver, restaurer et régénérer les lieux de valeur pour les peuples et la nature, et enfin modifier les visions et les valeurs pour reconnaître l’interconnexion humains – nature sont les cinq changements transformateurs à mener d’après les scientifiques.

Notre rôle, à l’OFB en tant qu’opérateur de l’Etat, est de conseiller, d’accompagner les acteurs publics (de l’Etat, des collectivités, mais aussi à l’échelle internationale) et privés (entreprises, associations, acteurs culturels) dans cette voie. Nous contrôlons la mise en œuvre des règles instaurées par les pouvoirs publics, mais nous proposons aussi, nous donnons à voir, nous mobilisons, nous conservons et restaurons. Bref, nous tâchons de construire un chemin pour permettre ces changements transformateurs. A chacun de s’en saisir pour bâtir un environnement durable, vivable et souhaitable pour les dizaines d’années à venir.

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