Menu
Libération
Interview

En Bretagne, «créer du lien pour protéger les milieux aquatiques»

Grâce à des ateliers et des cartographies, une association bretonne tente de sensibiliser les habitants au rôle essentiel de l’eau et développe l’attachement aux rivières.

A Riec-sur-Belon (Finistère). (JM Roignant /Abaca)
ParMarine Dumeurger
correspondante à Nantes
Publié le 20/12/2025 à 13h13

Restauration des rivières, protection des nappes phréatiques ou des zones humides, lutte contre l’érosion… En partenariat avec l’Office français de la biodiversité, retour sur quelques initiatives pour préserver la nature.

Un caillou à histoires qui émerge d’un ruisseau par-ci, un arbre remarquable en bord de rivière par-là, puis un peu plus loin, un trou d’eau où se nichent des écrevisses… ou des ondines. En Bretagne, région humide par excellence, l’eau sinue, ruisselle, disparaît sous terre, s’étend en marécages, un réseau hydrographique dense et ramifié, joliment nommé chevelu. Le plus souvent, cette multitude de petits fleuves côtiers prend leur source au centre du territoire avant d’aller se jeter dans la mer en estuaires, ces abers bretons si photogéniques. Qu’il soit promeneur, pêcheur, kayakiste, ou simple habitant, ici, tout le monde ou presque a une histoire avec cet élément omniprésent. Cette relation, l’association Eau et rivières de Bretagne entend la mettre en image. Grâce à une cartographie dessinée par tous, elle crée du lien dans la population et place l’eau au centre, comme un bien commun à préserver. Chargée de mission, Aurélie Besenval revient sur ce travail de collecte et de partage.

Pouvez-vous nous décrire cette initiative, celle de sensibiliser à l’eau à travers notre relation à elle ?

Ma mission est de réfléchir à la manière dont on travaille notre attachement aux rivières. Il se trouve que l’eau, depuis un moment, devient un sujet de préoccupation fort. La population s’en inquiète et elle a bien raison. Pourtant, elle se sent souvent impuissante et nous cherchons donc une façon de la rassembler, de diffuser de l’information et de créer un espace où elle est partie prenante. Depuis 2019, nous avons mis en place un outil : l’atlas socioculturel des rivières. Dans un premier temps, nous travaillons aux côtés de différents publics concernés par cette thématique, avant de l’étendre à tout le monde. Cela peut être des collectifs citoyens, des associations de protection de l’environnement, de sauvegarde du patrimoine, des clubs sportifs, de randonnée, de kayak ou encore des gestionnaires de l’eau, comme les commissions locales, ces instances de gouvernance de l’eau d’une rivière, de sa source à l’embouchure.

Avec ces personnes, l’idée est de cartographier leur relation à l’eau, en partant du terrain ?

Oui, dans les faits nous organisons des explorations du territoire, des marches et des temps où chacun vient avec son savoir sur l’eau. Il peut recouvrir des domaines très larges, correspondre à des connaissances techniques, historiques mais aussi s’avérer plus intime, des histoires, des souvenirs. Ensemble, nous allons voir comment la rivière a été aménagée, grâce à des ponts, des fontaines, des lavoirs. Ou parler de vécus, d’histoires de famille avec la rivière. Après le collectage vient ensuite le moment de la cartographie qui consigne cette culture disponible et ses évolutions. Ce travail se veut sensible et critique parce qu’il illustre aussi comment le milieu se transforme.

Finalement, ces cartes doivent devenir un outil de dialogue. Elles rassemblent les gens, ouvrent les discussions. Grâce à elles, nous espérons casser les a priori entre pêcheurs, écologistes, agriculteurs ou gestionnaires. Créer du lien pour protéger les milieux aquatiques. Car ce territoire est le nôtre et l’eau, un bien commun.

Quels sont les vécus qui ressortent de vos travaux ?

Dans les terres, les rivières accueillent des lieux de baignade, c’est un peu «la plage du pauvre». On y trouve encore beaucoup de lavoirs. Le rapport au religieux y est fort car les sites sacrés étaient souvent construits sur des points d’eau. On recense également des histoires avec les plantes, les animaux, comme la loutre. Menacée, elle réapparaît peu à peu dans les rivières. Nocturne par instinct de survie, elle ne l’est pas à l’origine et on peut aujourd’hui la réapercevoir en journée. On constate aussi un fort attachement à certains poissons, le saumon par exemple, un animal totem. Dans la mythologie celte, c’est le poisson de la connaissance et son parcours de vie le rend mythique, puisqu’il naît dans une rivière, part en mer jusqu’au Groenland et revient se reproduire puis mourir à l’endroit où il est né. Dans la partie estuarienne, on retrouve une culture plutôt maritime, une relation à la navigation, à la pêche à pied.

Dans la même rubrique